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La traque des jouets dangereux
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Plus de trois milliards de jouets sont fabriqués et vendus chaque année dans le monde. C’est notamment le cas d’une poupée destinée au marché finlandais. Mais vous ne la verrez jamais dans les rayons des magasins : elle n’a pas été autorisée à la vente car elle contient 19% de substances chimiques dangereuses, bien plus que la limite de 0,1% autorisée en Europe. Comment sont menés les contrôles sur la sécurité des produits et notamment des jouets ? Et de quels droits disposent les consommateurs ?

Pour trouver des réponses, direction la Finlande, l’un des pays européens qui délivrent le plus de notifications sur des jouets dangereux. La liste des produits retirés de la vente – qu’il s’agisse ou non d’objets pour les enfants – est mise à jour chaque semaine sur l’index Rapex, le réseau d’alerte rapide de l’Union.

Juste avant la ruée des achats de Noël, l’autorité finlandaise en charge de la sécurité des consommateurs, a rappelé cinq jouets. Anna Pukander, responsable de la sécurité des consommateurs au sein de l’autorité finlandaise, nous présente l’un d’entre eux : “ce type de cochon a des yeux qui se détachent facilement et contient des phtalates en trop grande quantité,” explique-t-elle, “ils sont présents à hauteur de 40%. Avec ces yeux qui se détachent, il y a un risque de suffocation s’ils sont avalés,” souligne-t-elle, “et les phtalates sont toxiques pour le système reproducteur.” Parmi les autres jouets retirés, un costume pour ours en peluche qui contient lui aussi trop de phtalates – ces substances chimiques généralement utilisés pour assouplir les plastiques – ; une voiture en bois avec de petites pièces et un arc et ses flèches trop percutantes.

“On a un bon niveau de coopération avec le laboratoire des douanes et les autorités douanières,” assure Anna Pukander, “de cette façon, on met en place un système qui nous permet de déceler les jouets dangereux à la vente.”

Si l’autorité finlandaise retire les produits de la vente, le laboratoire des douanes les stoppe avant qu’ils n’arrivent dans les rayons des magasins. Chaque année, entre 600 et 800 échantillons de jouets y sont testés. Lorsqu’un objet est reconnu non conforme, il peut soit être renvoyé au fabricant, soit être détruit.

“On ne peut pas tester tous les articles importés, on intervient sur une petite partie des importations, mais bien entendu, on sait où il y a des risques,” explique Janne Nieminen, le directeur du Laboratoire des douanes, “cette année, on a contrôlé environ 700 échantillons et ils se sont avérés non-conformes dans environ 10% des cas,” ajoute-t-il, “il s’agissait principalement de non-conformité au niveau chimique et mécanique.”

Les consommateurs ont le droit d‘être correctement informés sur ce qu’ils achètent. Ils doivent tout d’abord être attentifs au marquage CE certifiant que le produit respecte les exigences européennes en matière de sécurité, de santé et d’environnement.
Si un article ne mentionne pas ce label, cela suffit pour le faire retirer de la vente.

Pour autant, méfiance… Ce marquage ne fait pas tout. “Il y a toujours la possibilité d’avoir des produits contrefaits ou un usage abusif du marquage CE,” insiste Fabien Fédy, avocat du Centre européen des consommateurs finlandais ; “bien sûr, les autorités de contrôle, mais aussi les magasins qui vendent les jouets et les fabricants sont responsables, il y a des exceptions,” souligne-t-il, “mais la plupart du temps quand vous avez le marquage CE sur un produit, c’est un bon indicateur garantissant que l’objet répond aux critères de sécurité de la législation européenne.”

Parmi la multitude de labels, le symbole d’interdiction pour les moins de trois ans est l’un des plus importants. Cette mention obligatoire avertit de certains risques : ils doivent être spécifiés.

Au-delà des étiquettes, le détaillant reste le premier interlocuteur à solliciter. “Parfois, les produits ne sont pas utilisés correctement ou il y a tout simplement un problème avec l’article,” explique Paola Radyman, responsable d’un magasin de jouets, “dans ce cas, on fait une réclamation auprès de ceux qui nous vendent les produits : c’est important,” assure-t-elle, “parce que de cette manière, les fabricants peuvent apprendre que certains de leurs jouets ne respectent pas toujours les normes.”

Mais pour vérifier le niveau de sécurité d’un jouet, reste à savoir quels objets peuvent être considérés comme tels. La directive européenne dans ce domaine donne une définition large : elle englobe les objets qui ne sont pas nécessairement conçus pour jouer avec.

Qu’en est-il alors, de ces décorations et de ces pièces de collection trouvés dans le magasin de Paola Radyman ?

Pour une locomotive en métal où il est indiqué qu’elle est destinée uniquement aux adultes, Fabien Fédy estime qu’elle pose problème car elle “ressemble à un jouet, il devrait y avoir un avertissement,” affirme-t-il, “par exemple une phrase qui dirait qu’il ne doit pas être utilisé par des enfants.”

Dans ce contexte, quels sont nos droits quand le jouet ou tout autre produit qu’on a acheté ne nous donne pas satisfaction ? On peut retourner dans le magasin où l’achat a eu lieu ou consulter l’autorité de contrôle de notre pays. D’après le Centre européen des consommateurs, il y a différents cas de figure. “Si le produit est défectueux, le consommateur a deux ans pour effectuer un retour,” explique Fabien Fédy.

“Si le produit ne lui convient pas et dans le cas où l’achat s’est fait sur internet, le client dispose d’un délai de rétractation d’au moins sept jours pour casser le contrat,” poursuit-il, “il n’a pas à donner de raisons, il suffit de renvoyer l’article pour obtenir un remboursement.” Enfin, ajoute l’avocat, “si vous achetez un jouet dans un magasin, vous ne disposez d’aucun droit en matière de retour, il n’y a pas de délai de rétractation.”

Nous achetons une peluche en Finlande pour l’offrir à une petite fille en France. Nous décidons de faire vérifier le jouet par un organisme de certification pour être certain qu’il ne présente aucun danger.

Rappelons que les fabricants sont responsables du niveau de sécurité de leurs produits et peuvent choisir de ne pas les soumettre à des tests réalisés par un tiers.

Au sein du Laboratoire national français de métrologie et d’essais, Laurence Wachenheim, chargée de tests, nous explique quels types d’essais elle réaliserait sur notre peluche si un importateur voulait la commercialiser en France. “Tout d’abord,” explique-t-elle, “on peut faire un essai de traction des coutures pour vérifier que l’enfant n’ait pas accès au rembourrage car il risquerait de s‘étouffer avec”.

Notre tigre a résisté au niveau des coutures, mais un test plus féroce l’attend : celui de l’inflammabilité. Il s’agit de mesurer la vitesse de propagation des flammes. Si elle est trop élevée, l’enfant pourrait être grièvement blessé si sa peluche prend feu. “La vitesse de propagation de flamme sur cette peluche est nettement inférieure à 30 millimètres par seconde,” précise Laurence Wachenheim, “donc le jouet est conforme à l’inflammabilité.”

Pas d’inquiétude, ce jouet ne présente pas de danger. Notre tigre en peluche est juste légèrement abîmé par les tests !

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