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L'Union européenne dubitative sur l'Italie


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L'Union européenne dubitative sur l'Italie

A Bruxelles, on redoute une paralysie politique en Italie. La Commission européenne appelle le pays à honorer ses engagements budgétaires et à poursuivre les réformes, et dans les couloirs du Parlement européen, on s’inquiète de voir le mouvement anti-européen 5 étoiles
devenir le premier parti d’Italie.

“ Le parlement sera rempli de personnes qui n’ont aucune expérience politique et pas de vrai programme économique sur lequel s’appuyer. “ , regrette le conservateur britannique Charles Tannock. “ Ils disent qu’ils sont contre l’euro, hostiles aux eurocrates et tout cela, mais au final, ils doivent aussi contribuer à la formation d’un gouvernement. Il y a un pays à diriger. “

“ J’espère qu’il y aura un engagement de la part du gouvernement et du parlement à poursuivre le programme de réformes pour rendre l’Italie vraiment compétitive et pour un avenir meilleur en Italie comme dans l’Union européenne “ , nous confie l’eurodéputé allemand Elmar Brok.

Quant à l‘élu socialiste Jo Leinen, il dit espérer “ un virage vers des alternatives constructives, qui soit représenté par la gauche en Europe, sans populisme et sans nationalisme, et de ce point de vue, nous devons tirer les leçons des élections italiennes “ ,conclut-il.

Ci-dessous, l’interview faite par notre journaliste Fariba Mavaddat avec l‘éditorialiste de “ The Economist “ Anton La Guardia :

Euronews : “ De toute évidence, les Italiens ont envoyé un signal non seulement à Bruxelles mais aussi à l’Allemagne, à Angela Merkel, la championne de l’austérité. Qu’est-ce que cela signifie ? “

Anton La Guardia : “ Je pense que la leçon donnée par l’Italie n’est pas claire, parce que plusieurs voix se sont exprimées. C’est un des problèmes avec ces élections. Le vote a été fragmenté dans de multiples partis. Et je pense que s’il y a un message, c’est celui d’une grande lassitude des Italiens, lassitude avant tout vis-à-vis des dysfonctionnements du système politique qui a échoué depuis les années 90 et l’effondrement du système des partis. Deuxièmement, je pense qu’il y a aussi un message anti-austérité. De nombreux partis ayant eu un bon score ont porté ce message contre l’austérité, mais il n’en reste pas moins que l’Italie a une dette de plus de 120% du PIB, et les gens qui disent être opposés à l’austérité ne vous disent pas vraiment ce qu’ils comptent faire avec cette dette publique. Le problème – et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle une telle dette a été accumulée – c’est que le pays n’a pas vraiment eu de croissance sur une bonne partie des dix dernières années. Et personne n’apporte de solution à ce problème de croissance. “

Euronews : “ Au-delà des craintes de chaos politique, il y la question de la fiabilité de l’Italie en tant que partenaire européen. Comment voyez-vous cela ? “

Anton La Guardia : “ L’Italie est plus qu’un partenaire, elle est un membre fondateur de l’Union européenne et c’est un grand pays malgré ses problèmes. Cela signifie que c’est un pays plus difficile à intimider. Vous pouvez bousculer les Grecs, vous pouvez bousculer des pays plus petits en disant : si vous ne le faites pas, nous vous couperons l’aide, nous pouvons vivre sans la Grèce. Mais c’est un message beaucoup plus difficile à délivrer à l’Itlaie parce qu’elle est trop grande pour être sauvée, trop grande pour recevoir un plan d’aide, trop grande pour que l’on puisse se permettre sa perte. “

Euronews : “ Mais comme vous venez de le dire, le pays n’a pas de croissance et il en a besoin. Comment l’obtenir si vous devez suivre un programme d’austérité et que les gens votent contre ces mesures d’austérité ? Comment résoudre ce problème ? “

Anton La Guardia : “ L’austérité à elle seule ne résoudra pas les problèmes de croissance, et sur le court-terme, sans doute qu’ils empireront. Ce dont l’Italie a besoin, ce sont des réformes structurelles pour la rendre plus compétitive, elle a besoin d’un système politique qui fonctionne, elle a besoin d’un système judiciaire qui fonctionne. Elle a besoin de recherche/développement, et pour tout cela il faut un bon gouvernement. Or l’Italie n’en a pas eu depuis très longtemps. Cela requiert des réformes structurelles que les Italiens semblent rejeter et qui sont impopulaires parce qu’elles vont à l’encontre de certains intérêts. Dans un système monétaire où l’inflation doit être faible, l’Italie a du mal surnager. Elle doit décider si elle va mener les réformes nécessaires pour vivre dans cet environnement et pour profiter de l’euro ou si elle est prête à le quitter. Mais personne ne sait encore comment un pays peut faire pour quitter l’euro. “

Euronews : “ Il semble que le fossé entre l’Italie et l’Allemagne, et même entre plusieurs pays et l’Allemagne, est en train de se creuser. Est-ce le cas ? “

Anton La Guardia : “ Oui, le fossé économique et compétitif s’est creusé, et même en ces temps de récession, les prix continuent de grimper en Italie. Est-ce que cela peut changer ? Oui, si les réformes sont menées. Les exportations espagnoles sont actuellement en train de devenir plus compétitives, et elle a elle aussi traversé une crise très profonde, et mené un nombre important de réformes. Donc, les choses peuvent changer. Je pense que les résultats des élections d’hier rendront cela difficile. Et il y aura probablement deux options : soit ils tentent de fonder ensemble une large coalition qui pourrait ne pas durer longtemps, soit l’on finira par retourner aux urnes comme ils l’ont fait en Grèce l’an dernier. Il y a eu deux élections avant qu’un gouvernement stable ne soit formé. “

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