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La course au Vatican est lancée


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La course au Vatican est lancée

Le Saint-Siège est désormais vacant. Après un Polonais et un Allemand, de quelle origine sera le nouveau pape? Les bookmakers parient déjà sur un Italien ou un Africain. Mais, dans le passé, ils se sont souvent trompés.

Les réunions, qui précèdent le Conclave, vont permettre aux cardinaux d‘établir le profil du successeur de Benoît XVI. Pour l’heure, aucun grand favori ne se dégage, mais plusieurs ‘‘papabilis’‘ circulent avec insistance. Parmi eux figurent l’Italien Angelo Scola, le Québécois Marc Ouellet, le Brésilien Odilo Scherer, le Ghanéen Peter Turkson ou encore l’Américain Timothy Dolan.

Le prochain pape sera-t-il dans la continuité, ou au contraire dans la rupture du précédent pontificat? Il héritera en tous cas de certains scandales, en premier lieu ‘‘Vatileaks’‘, cette affaire de fuites de documents confidentiels qui a révélé des luttes de pouvoir au sein de la curie romaine. Mais il y a aussi les scandales financiers et les affaires de pédophile qui ont terni l’image de l‘Église.

Deux philosophies s’opposent avant le conclave : poursuivre le nettoyage entrepris par Benoît XVI, ou tourner la page des affaires. Lors de sa dernière audience devant les cardinaux, Joseph Ratzinger a prôné l’unité de l‘Église. ‘‘Parmi vous se trouve le futur pape, à qui je déclare ma soumission et mon obéissance inconditionnelle.”

La fumée blanche s‘échappera de la chapelle Sixtine après de longues et intenses discussions. Tous les cardinaux devront alors mettre leurs divisions de côté, et se ranger derrière le nouveau pape.

Cardinal Severino Poletto : ‘‘le Seigneur a déjà en tête le nom du nouveau pape’‘

Il est le cardinal italien le plus âgé du Conclave. L’archevêque émérite de Turin, Severino Poletto, bientôt 80 ans, avait voté en 2005 pour l’élection de Benoît XVI, à qui il vient de faire ses adieux. Il va devoir désormais élire son successeur.

Manuel Scarpellini, Euronews : Cardinal, on est à la fin d’une période historique et inédite, d’un pontificat troublé. Comment vivez-vous ce moment, vous qui avez assisté à la dernière audience du pape?

Severino Poletto : Je le vis avec un grand esprit d’admiration et d‘émotion à l‘égard du pape Benoît XVI, par rapport à ce grand geste de courage, d’humilité et d’ amour qu’il a eu envers l‘Église et Jésus Christ, car il a dit, lors la dernière audience générale, je le cite : ‘‘j’ai réfléchi, prié, essayé de comprendre. Ce geste, d’une certaine gravité, que je sais avoir réalisé, je l’ai fait avec une grande sérénité, parce que j’ai mis Jésus Christ et le bien de l‘Église avant le bien de ma personne’‘.

Euronews : Pendant le Conclave, vous, les cardinaux, devrez tenir compte des affaires délicates que le prochain pape aura à affronter : la pédophilie au sein du clergé, la finance obscure, l’enquête sur Vatileaks. Ces affaires vont-elles compliquer votre choix?

Severino Poletto : Je ne crois pas, car nous devons choisir le meilleur. Nous devons demander au Seigneur qu’il nous aide à choisir celui que le Seigneur a déjà choisi. Le Seigneur a déjà en tête le nom du nouveau pape. Concernant les problèmes que l‘Église a pu rencontrer, il ne faut pas exagérer, car il y a beaucoup d’exagération. Je ne les nie pas : le pape, lui-même, a demandé pardon, il a dit sa honte, et il a certainement souffert concernant cette affaire de fuites de documents secrets. Mais ce sont des faits qui font partie de l’histoire des créatures humaines, y compris des religieux, qui peuvent avoir des faiblesses. Mais il ne faut pas généraliser, elles ne conditionnent pas le choix de la personne. Le choix de la personne doit être motivé par une vision spirituelle de l’homme que le Seigneur nous suggère, et que, personnellement, je n’ai pas encore en tête, car j’ai un tableau blanc devant moi. L’homme, que le Seigneur nous suggère, saura, avec sa spiritualité, sa foi, sa préparation culturelle, pastorale, conduire l’église sur la route de Jean Paul II et de Benoit XVI.

Euronews : Craignez-vous que le processus de l‘élection puisse durer longtemps, à cause, peut-être, des divisions internes qui existent parmi les cardinaux ?

Severino Poletto : Les divisions internes au sein du Collège des cardinaux sont à mon avis une invention des journalistes, car aussitôt après l’annonce de la démission de Benoît XVI, certains quotidiens italiens parlaient déjà des papabilis.

Euronews : Dans quelques heures s’ouvrent les congrégations générales qui seront chargées de préparer l’avenir. Comment imaginez-vous l‘Église de demain ?

Severino Poletto : L‘Église dont je rêve, mais qui réalise déjà ce rêve, est celle qui annonce l‘Évangile. Le pape sortant, le démissionnaire Benoît, qui restera toujours dans notre mémoire comme un pape, a décrété “l’année de la foi”; il a fait l’année dernière un synode sur l’évangélisation, dans le but justement de rappeler à tout le monde l’importance d’une nouvelle évangélisation, afin d‘éviter que la foi s’affaiblisse, surtout dans des nations qui ont une très longue tradition catholique, comme c’est le cas en Europe.

Euronews : Quel message, quel vœu souhaitez vous adresser au pape sortant, et au prochain pape?

Severino Poletto : Un message de grande affection, de reconnaissance, et d‘émotion pour le niveau très élevé de son ministère. Quant au vœu que je fais au prochain pape, c’est d‘être plein de grâce, de ressentir le soutien de l’esprit du Seigneur, de la grâce de Dieu, et de sentir aussi le soutien, l’appui et la communion de nous tous.

Euronews : Y-aura-t-il un nouveau pape ?

Severino Poletto : Il reste encore un mois. J’espère que tout le travail de préparation des congrégations du Conclave ne durera pas plus d’un mois. Ce serait assez problématique si cela devait durer plus longtemps.

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