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Julia Kristeva : un pape pour une société qui a besoin de sens et de pères

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Julia Kristeva : un pape pour une société qui a besoin de sens et de pères

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Notre correspondant à Paris a rencontré la philosophe et psychanalyste Julia Kristeva, auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels “cet incroyable besoin de croire’‘. Elle confie à Euronews ses impressions sur le nouveau pape, et ses réflexions sur la foi au 21ème siècle.

Giovanni Magi, euronews : Qu’attendez-vous d’un nouveau Pape, qui vient d’Amérique du Sud, et qui se fait appeler François?

Julia Kristeva : Je crois que c’est un grand spirituel. Il devrait l‘être. C’est une sorte de jésuite avec toute la dimension mystique du jésuitisme, et qui va assumer cette contradiction : d‘être à la fois dans la tradition, et de faire le maximum vers le social, comme Jésus sur la croix : un bras à gauche, un bras à droite, et cela demande énormément de confiance en soi et dans sa foi. Prendre le nom de François, ce n’est sans doute pas un hasard. Prendre celui là pour la première fois, est une manière de ressusciter une figure ecclésiale comparable à celle qu’a jouée François au XIIIème siècle. Ce pape jésuite, qui nous dit : ‘‘je viens de la fin du monde’‘, nous dit-il aussi : ‘‘je veux réformer l‘Église, et la rendre solide comme François l’a fait”?

Euronews : On sait ce que le pape représente pour les chrétiens, pour les croyants. Mais que représente-t-il pour ceux qui n’ont pas la foi, mais qui restent tout de même collés devant leur téléviseur pendant le conclave?

Julia Kristeva : On se demande en effet: pourquoi cette audience? Nous sommes dans une ère de technique, où tout passe par la télévision. On n’a jamais eu autant de moyens techniques pour rendre cela visible. Mais, je crois qu’il y a une grande demande de la part de la société moderne, qui est une société qui manque de sens, et qui manque de pères. Nous manquons de sens, parce que nous ne croyons plus à la politique, nous ne croyons plus à la finance. L’humanisme, que je représente, a du mal à se refonder. Nous connaissons la solidarité plus ou moins, mais n’arrivons pas à la réaliser. La religion catholique nous dit que c’est possible et nous, qui ne croyons pas, nous voyons. Mais peut être (que c’est possible, alors) donnez nous l’exemple. C’est une curiosité humaine de chercher ces dimensions de la foi qui cherchent des valeurs, qui donnent de valeurs.”

Euronews : Peut-on parler d’un besoin de croire pour les hommes et les femmes?

Julia Kristeva : Mon expérience psychanalytique m’a appris qu’il existe un besoin pré-religieux, pré-politique, de croire, qui habite tout être parlant. En tout cas, homo sapiens est habité par cela, et on le voit dans l‘éducation des enfants. Dès la petite enfance, cet investissement de la figure tierce, qui est le papa, après le corps à corps mère-enfant, est un investissement psychique, qui est une reconnaissance. Le père me reconnait, je le reconnais. Ce besoin là existe dans toutes les populations depuis la nuit des temps, et les langues ont très bien préservé cela. On a fait des recherches, par exemple en sanscrit, il existe une racine, qui est la racine ‘‘cred-srada’‘ : ‘‘credo’, qui est la foi, mais cela donne aussi crédit’‘, qui est l’investissement. Nous sommes en difficulté aujourd’hui, et du côté du crédit et du coté de la foi.