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Une Europe qui peine à réagir après le rejet du plan de sauvetage par Nicosie


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Une Europe qui peine à réagir après le rejet du plan de sauvetage par Nicosie

Ambiance morose à Bruxelles après le rejet du plan de sauvetage par le Parlement chypriote. C’est en effet la première fois qu’un pays européen dit “NON” à un tel plan. Au Parlement européen, on veut des explications…

“Que s’est-il passé dans la matinée de samedi ?” demande Guy Verhofstadt, chef des Libéraux au Parlement européen.

Dans la nuit de vendredi à samedi, les Européens ont brisé, contre toute attente, le sacro-saint principe de la garantie des dépots bancaires, avant de retourner leur veste quelques heures plus tard.

Après deux jours de silence, la Commission européenne peine à se justifier : “Même si le plan de sauvetage chypriote ne correspondait pas en tout point aux propositions et aux préférences de la Commission européenne, explique Olivier Bailly, porte-parole à la Commission européenne, elle se devait de le soutenir car les alternatives mises en avant étaient à la fois plus risquées et moins à même de soutenir l‘économie chypriote.”

Les Européens campent donc sur leurs positions. La balle est dans le camp chypriote, explique-t-on à Bruxelles. Il n’est pas question de revoir à la hausse le montant de l’enveloppe accordée à Nicosie.

“Je pense que la marge de manoeuvre côté européen est extrêment étroite, explique Zsolt Darvas, expert à l’Institut Bruegel. Je vois assez mal comment les Allemands pourraient dire : Ok les Chypriotes ne veulent pas taxer les riches dépositaires russes, donc les contribuables allemands vont mettre la main au porte-feuille.”

En parallèle, les autorités chypriotes ont entamé des négociations avec les Russes.
Une attitude qui déplait à certains responsables européens à commencer par le président du Parlement européen.

“Nous avons besoin d’une solution européenne, une solution au sein de l’Union européenne, au sein de la zone Euro détaille Martin Schulz. Je pense que nous ne devrions pas montrer au reste du monde que l’Europe n’est pas capable de régler ses propres problèmes, au sein de ses propres structures.”

Rendons-nous à Boston où nous attend Athanasios Orphanides, Gouverneur de la Banque centrale chypriote de 2007 à 2012. et actuellement maître de conférence à l’Institut de technologie du Massachusetts. M. Orphanides, bienvenue sur Euronews.

Euronews
“Que va-t-il se passer à Chypre ? Y-a-t-il un plan B ?”

Athanasios Orphanides
“J’espère que les Chypriotes et les Européens réfléchissent à un plan B. Le résultat de la décision des gouvernements de la zone Euro c’est en fait d’avoir poussé Chypre dans les bras de la Russie. C’est un bien triste développement pour le projet européen.”

Euronews
“En parlant de la Russie, quel rôle peut jouer Moscou ?”

Athanasios Orphanides
“La Russie a quasi un monopole en matière de fourniture de gaz à l’Europe continentale et comme vous le savez, il y a d’importantes réserves de gaz naturel au large des côtes méridionales de l‘île. D’un point de vue économique, le chantage des gouvernements européens a poussé Chypre à collaborer avec la Russie. Et cela va entraîner une hausse des prix du gaz, il y aura un coût économique énorme pour l’Europe. J’espère que les dirigeants européens vont prendre leurs responsabilités et trouver une solution européenne à ce problème avant que la situation ne s’empire.”

Euronews
“Pensez-vous que les Allemands vont changer de position alors qu’ils ont dit qu’ils ne voulaient pas payer ?”

Athanasios Orphanides
“Franchement, c’est malheureureux de continuer à écouter ce genre de commentaires qui ne sont pas constructifs de la part de l’Allemagne. Je dois dire que ce n’est pas surprenant. Tout le monde sait que la raison pour laquelle on a fait du chantage à Chypre est à chercher dans une dispute interne entre Européens, en lien avec les élections allemandes en septembre.”

Euronews
“Que va-t-il se passer dans les prochains jours quand les banques vont ré-ouvrir ? Quelles peuvent être les conséquences en Grèce, en Espagne et au Portugal ?”

Athanasios Orphanides
“Compte tenu de la situation actuelle, il est très difficile d’envisager une réouverture des banques avant de trouver une solution. Pour réponde à votre deuxième question, il faut mettre les choses en perspective : les Européens se sont réunis et ont demandé au gouvernement chypriote de confisquer une partie des dépôts dans les banques chypriotes. Comment le titulaire d’un compte en banque espagnol, par exemple, va-t-il être assuré que les Européens ne feront la même chose en Espagne dans les prochains mois ?”

Euronews
“Envisagez-vous une sortie de Chypre de l’Union européenne ?”

Athanasios Orphanides :
“Pensez-vous que ce soit réellement ce que souhaitent les citoyens espagnols, français ou même allemands ? Souhaitons-nous vraiment tuer le projet européen ? Personnellement, j’ai toujours été un Européen convaincu et j’ai toujours cru à l’intégration communautaire, mais je commence à douter. Les citoyens des différents Etats membres ne sont pas traités de la même façon.”

Euronews
“Est-ce que c’est le début de la fin de la zone Euro ?”

Athanasios Orphanides
“Si les gouvernements européens ne reviennent pas sur les décisions prises le week-end dernier, oui je le crois.”

Euronews
“Merci d’avoir répondu à nos question M. Orphanides.”

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