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Chypre : le pays est sauvé mais à quel prix ?

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Chypre : le pays est sauvé mais à quel prix ?

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L’accord signé entre la zone euro et Chypre a pour effet de réduire considérablement la taille du secteur bancaire chypriote, jugé surdimensionné par rapport à son économie puisqu’il représente huit fois le PIB de l‘île.

La deuxième banque du pays, Laïki Bank sera mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera divisée en deux : une “bad bank” qui disparaîtra à terme et une “good bank” où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100.000 euros qui bénéficient d’une garantie publique dans l’Union européenne. Au sein de Bank of Cyprus, les titulaires de dépôts supérieurs à 100.000 euros subiront une ponction de 30% de leurs avoirs selon le porte-parole du gouvernement chypriote, mais cette information reste à confirmer.

Parmi les autres efforts demandés à Chypre figure la hausse de 10 à 12,5% de l’impôt sur les sociétés, la réalisation de réformes structurelles, des privatisations et un engagement dans la lutte contre le blanchiment d’argent.
En échange : 10 milliards d’euros seront fournis par le pare-feu de la zone euro, le mécanisme européen de stabilité.

Le plan de sauvetage du système bancaire chypriote


  • Ce plan de sauvetage se traduit par une importante restructuration du secteur bancaire de l‘île.

  • La deuxième banque du pays, la Laiki Bank (dite “Popular Bank” en anglais), sera mise en faillite. Elle sera scindée entre une “bad bank”, structure de défaisance amenée à disparaître progressivement, et une “good bank”, où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100 000 euros, qui bénéficient d’une garantie publique dans l’Union européenne (UE).

  • La première banque du pays, la Bank of Cyprus, reprendra à terme les dépôts garantis de Popular Bank. Elle reprendra aussi les dettes de Popular Bank envers la Banque centrale européenne (BCE), qui s‘élèvent à 9 milliards d’euros. Cette dernière continuera d’apporter des liquidités à la Bank of Cyprus.

  • Une ponction d’environ 30% à 40% sera appliquée sur les dépôts auprès de la Bank of Cyprus à compter de 100 000 euros. Ces dépôts seront donc gelés, et serviront à régler les dettes de Laïki, et à recapitaliser la Bank of Cyprus.


Euronews :
“Avec nous aujourd’hui Daniel Gros, Directeur du centre d’Etudes européennes basé à Bruxelles. Bienvenue sur Euronews. Les marchés sont dans le vert après l’accord conclu entre Chypre et ses bailleurs de fond, même si – fait inédit – l’une des plus grandes banques de l‘île va devoir fermer. Quelles leçons faut-il tirer de cet accord ?”

Daniel Gros :
“Je pense que les gens se sont déjà habitués à l’idée que si une banque a un problème aujourd’hui, ce doit être un problème pour les créditeurs de la banque et pas pour les gouvernements. Je pense que ce principe est acquis, qu’il est cohérent, et c’est pour cela que les marchés ont bien réagi.”

Euronews :
“Le gouvernement chypriote n’a pas pu éviter de lourdes pertes pour les gros déposants comme les Russes. D’autres petits pays pourraient être confrontés au même genre de situation qu‘à Chypre, comme le Luxembourg ou la Slovénie, y-a-t-il encore un risque de contagion ?”

Daniel Gros :
“Non, le risque de contagion devrait être limité. Le cas de Chypre était vraiment unique sur plusieurs aspects. Le Luxembourg a aussi un secteur bancaire surdimensionné mais il est très différent de celui de Chypre : les principaux actionnaires au Luxembourg sont d’autres banques de la zone Euro. Donc le gouvernement luxembourgeois ne sera jamais responsable de ce qui peut se passer au Luxembourg. Donc les épargnants des grands pays comme en Italie ou en Espagne ne devraient pas être inquiets et donc le risque de contagion ne devrait pas être important.”

Euronews :
“Si c’est une bonne solution pour la zone euro, il semble que l’accord obtenu ne soit pas aussi satisfaisant pour les citoyen et l‘économie chypriotes. On craint des conséquences désastreuses : chômage, récession et austérité. Le modèle allemand a donc encore une fois prévalu ?…”

Daniel Gros :
“C‘était, si vous voulez, la moins mauvaise solution pour le peuple chypriote, parce qu’avec les pertes qui seront assumées par les créditeurs des banques, les citoyens chypriotes n’auront pas à payer davantage d’impôts. Mais le fait que l‘économie va plonger, qu’il y aura des pertes d’emplois, cela nous le savons. C’est inhérent au fait que le modèle économique chypriote est à reconstruire et que cela va prendre du temps.”

Euronews :
“On voit des gens manifester leur colère dans les rues à Chypre et le modèle allemand est à nouveau largement critiqué…”

Daniel Gros :
“Je pense que le principal responsable c’est le gouvernement chypriote qui a fait passer les dirigeants allemands et la troïka pour les méchants, pour ceux qui voulaient taxer les chypriotes alors qu’en fait c‘était tout le contraire.”

Euronews :
“Donc ce que vous dites c’est qu’on aurait pu aboutir à un accord dès le premier Eurogroupe et éviter ainsi toutes les difficultés de la semaine dernière ?”

Daniel Gros :
“Il était nécessaire d’avoir un peu de théâtre pour que les chypriotes puissent montrer qu’ils pouvaient dire “non”. Et en effet, le Parlement chypriote a montré qu’il pouvait dire “non”. Donc ils ont dit “non” puis il se sont dit : “Humm, si nous faisons ça, le coût pour notre économie va être extrêmement important. Donc à la fin ils se sont mis d’accord sur une solution aux dégâts limités.”

Euronews :
“Pensez-vous que cet accord va influencer les discussions sur la future union bancaire et sur la façon de mettre les contribuables à contribution pour sauver les banques à l’avenir ?”

Daniel Gros :
“Dans le futur, ce sera la Banque centrale européenne qui sera chargée de la supervision. Elle aura accès à toutes les informations qui sont nécessaires pour ce genre de négociations et elles seront disponibles pour la troïka et donc les bailleurs de fond pourront dire : “à ces conditions, on peut suivre le modèle d’union bancaire parce que le danger pour nous contribuables est vraiment limité.”