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Deux bouddhistes birmans condamnés pour meurtres


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Deux bouddhistes birmans condamnés pour meurtres

La justice birmane a condamné deux personnes de confessions bouddhistes à la prison pour meurtre nous apprend l’AFP ce 8 juillet. Ils étaient poursuivis dans le cadre des émeutes à caractère religieux qui avaient fait au moins 44 morts à Meiktila à la fin du mois de mars.

Ils ont été respectivement condamnés à sept et huit ans de prison pour leurs rôles dans les émeutes et les meurtres qui ont frappés la ville de Meiktila, dans le centre du pays. Ces jeunes de 21 et 24 ans font parti des 49 personnes poursuivies pour meurtre dans cette affaire, mais seraient les premiers bouddhistes à être effectivement condamnés. Le jugement du premier avait été rendu le 28 juin ; les autorités l’avaient appréhendé sur les lieux des violences.

Depuis mars, au moins dix musulmans avaient été condamnés à des peines allant de 2 à 28 ans de prison. Parmi eux, le propriétaire du magasin où tout avait commencé, sa femme et un employé, condamné en avril à 14 ans de prison.

Le 20 mars 2013, une dispute éclate entre le propriétaire musulman d’un magasin d’or et des clients bouddhistes. Les émeutes qui ont suivi ont vu la mort d’un moine bouddhiste, ce qui a enflammé le conflit et mené à la mort de près de 44 personnes, et le déplacement de 12 000 autres.

Un racisme ordinaire ?

Mosquées, écoles islamiques incendiées, la cible de ces violences est facilement identifiable : les musulmans, et plus spécifiquement les Rohingyas, ethnie musulmane originaire des régions du Bengale. Pourtant présent dans le pays depuis plus d’un siècle, les 800 000 Rohingyas du Myanmar sont toujours perçus par l’opinion birmane comme des étrangers, des immigrés illégaux qui viendraient saper les fondations culturelles de l’état birman. Ils ne sont pas seulement perçus comme étrangers, ils le sont également d’un point de vue légal : depuis 1982, une loi les a déchu de leur citoyenneté, ne peuvent donc pas se déplacer sans permission officielle, ne peuvent pas posséder de terres.
C’est donc une persécution institutionnelle qui vise les Rohingyas, devant laquelle la communauté internationale semble fermer les yeux. Le président birman Thein Sein a même déclaré le 12 juillet 2012 qu’ « Il est impossible d’accepter [la présence] de ces Rohingyas entrés illégalement [en Birmanie]. Ils ne font pas partie de [leur] système. »
Human Right Watch dénonçait fermement la levée des sanctions économiques à Rangoon par l’Union Européenne le 22 avril 2013. Moins de six mois auparavant, l’Etat de l’Arakan, au sud-ouest du pays, était le théâtre en juin et en octobre de violentes exactions envers la minorité Rihongyas, très présente dans cette région. A l’origine de ces émeutes : en mai, le viol et le meurtre d’une femme arakanaise, qui avait provoqué en représailles la mort de dix musulmans Rohingyas. A la mi-juin, l’état d’urgence est décrété, mais les associations de protections des droits de l’homme dénoncent l’inaction de l’armée et de la police. Ceux-ci auraient même participé aux violences, selon Human Right Watch. Les conflits auraient fait près de 80 morts d’après les chiffres de l’état birman, et le déplacement de 52 000 personnes.

Ce nettoyage ethnique semble être le produit d’un cocktail explosif : une islamophobie savamment entretenue par les autorités religieuses et politiques du pays, mêlée à des relents de ressentiment liée au passé colonial.
En effet, les Rohingyas auraient pris parti pour le colon britannique durant la conquête de la Birmanie par l’Empire Britannique au XIXème siècle.

Il y a également le cas de la communauté des moines bouddhistes qui encouragent le nationalisme et la persécution des musulmans. C’est le cas de Wira Thu , enseignant moine bouddhiste au monastère de Ma Soe Yein, que les médias ont surnommés « Le Ben Laden bouddhiste ». Il ne se cache pas de dénoncer la présence des musulmans dans son pays, ou d’attiser les violences entre groupes religieux. Il est même allé jusqu’à qualifier Ang San Suu Kyi de « traître à la nation » pour avoir osé parler des violences envers les Rohingyas pendant son discours à l’occasion de la remise de son Prix Nobel.

Ang San Suu Kye avait pourtant été montré du doigt dans la communauté internationale pour ne pas prendre position sur les violences faites aux minorités musulmanes. En mai, elle a brisé son silence en condamnant la politique de natalité imposée aux Rohingyas. Cette loi existe pourtant depuis 1994, mais n’était pas ou très peu appliquée jusqu’à ces derniers mois. Elle prévoit une limite maximum de deux enfants par famille pour les membres de la minorité.

Les Rohingyas semblent dans une impasse : face à un pays qui ne veut pas d’eux, et qui est pourtant le leur, ils tentent parfois de partir, et rejoindre le Bangladesh. Pourtant, là-bas non plus on ne veut pas d’eux : les autorités des frontières ont refoulés à plusieurs reprises des immigrés Rohingyas qui tentaient d’entrer dans le pays.

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