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Fille et enfant soldat : violences, stigmatisation et réinsertion difficile


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Fille et enfant soldat : violences, stigmatisation et réinsertion difficile

Humiliés, manipulés et meurtris, les enfants soldats subissent des violences physiques et psychologiques inacceptables. Parmi eux, ce sont les enfants soldats filles qui se retrouvent les plus exposées aux préjudices liés aux conflits armés. De ce fait, une fois démobilisées, leur réinsertion se heurte à de nombreux obstacles.

L’Unicef estime à 300 000 le nombre d’enfants soldats, filles et garçons confondus. Cependant il est difficile de quantifier ce phénomène vu la diversité et la complexité de ces conflits armés.

Ce que l’on sait, c’est que les enfants soldats constituent une partie des combattants des groupes armés, qu’ils soient gouvernementaux ou non gouvernementaux, dans plus de 17 conflits armés dans le monde.

Les jeunes filles, souvent oubliées, représentent environ 30 à 40 % des enfants enrôlés.

Parfois arrachées à leur famille et village par un conflit, il arrive qu’elles se dirigent elles-mêmes vers les groupes armés. Une fois enrôlées dans une armée, les jeunes filles subissent des entraînements rudes, se voient obligées d’utiliser les armes et de se battre au même titre que les garçons. Ce à quoi il faut ajouter les tâches ménagères et le soin des combattants.

Outre ces mauvais traitements, les jeunes filles, dès leur plus jeunes âge, sont victimes de violences et d’esclavagisme sexuel.

Le viol est une pratique banalisée et utilisée comme une arme de guerre. C’est un outil de punition, de soumission et d’humiliation. Certains violeurs le voient comme une compensation pour leur faible salaire, d’autre comme une nécessité pour réussir les prochains combats. Par la suite, les filles deviennent généralement les « épouses » des combattants ou des chefs.

“J’avais 14 ans lorsque les rebelles m’ont capturée. C’était en 1998. J’étais vierge à cette époque, puis un rebelle m’a violé. Après cela, j’ai servi d’esclave sexuelle. On m’a retenu prisonnière pendant trois ans, depuis le moment où les rebelles ont attaqué jusqu’à la fin de la guerre. Il y avait aussi d’autres filles là-bas qui ont toutes subi le même traitement que moi. Nous avons toutes été très mal traitées », raconte Christiana, jeune femme enlevée par les combattants rebelles de la Sierra Leone, dans un rapport de l'ONG PLAN.

Une réinsertion difficile

Suite à ces violences physiques, psychologiques et sexuelles, toutes ces filles ne survivent pas. Et pour celles qui survivent et qui arrivent à retourner à la vie civile, la réinsertion est une étape longue et difficile, souvent inachevée.

Les violences perpétrées sur les jeunes filles causent des séquelles, invisibles ainsi que physiques, souvent à vie. Les sévices sexuels peuvent provoquer des hémorragies, des blessures internes sévères, des infections et des transmissions de MST et du VIH. Les grossesses peuvent abîmer leur corps du fait de leur jeune âge et les avortements sont souvent effectués dans des conditions de salubrité déplorables.

“Pendant la guerre, notre santé a été gravement atteinte par la violence sexuelle et l’asservissement sexuel. Nous avons besoin de traitements spécialisés pour soigner les infections par la syphilis, ou le VIH-SIDA. Nous sommes nombreuses à avoir besoin de la chirurgie pour réparer nos corps mis à mal par les viols ou les grossesses précoces” témoignage d’un jeune fille de la Commission Vérité et Réconciliation, Sierra Leone.

Les jeunes filles nécessitent des soins médicaux, psychologiques et physiques particuliers. Cependant, les programmes de réinsertions prennent rarement en compte les différences entre les filles et les garçons et donc ne prévoient pas les soins adaptées. A cela s’ajoute l’affaissement des systèmes de santé dans ces zones de conflits.

En zone de conflit, les hôpitaux, dispensaires, médecins et médicaments sont insuffisants pour répondre aux besoins de ces jeunes filles détruites par la guerre. Ils peuvent être aussi inaccessibles s’ils sont surveillés par des forces armées ou s’ils se trouvent trop loin des villages.

Même si les jeunes filles obtiennent des soins médicaux, il reste compliqué pour elles d’accéder à un bien-être social et économique.

Des ex-soldates exclues de leurs familles

Dans certaines régions, la valeur d’une fille pour sa communauté dépend de sa virginité et de sa capacité à engendrer des héritiers.

A leur retour, les ex-soldates sont donc parfois exclues de leurs familles en raison de la perte de leur « honneur », comme en témoigne certaines :

«Certains parents ont rejeté leurs filles qui avaient été capturées et étaient revenues enceintes. Ils appelaient leurs bébés ‘enfants de rebelles’ et jetaient leurs filles à la rue » confie Christina.

“Les gens me considéraient comme moins qu’une femme parce qu’ils disaient qu’une fille qui a fait un enfant sans être mariée doit être bannie de la société ; personne ne doit lui donner à boire et même si son enfant tombe malade personne ne doit lui prêter même 100 francs pour acheter des cachets. Ils ont dit ‘Va-t-en, traînée!’. Personne ne peut vous aider dans ce cas-là », témoigne une jeune maman dans le rapport de l’ONG PLAN.

Stigmatisées et mises à l’écart

Les jeunes filles se retrouvent donc chassées de leurs familles et villages ou stigmatisées par ceux-ci. La stigmatisation des viols et grossesses hors-mariages détruit l’estime de soi de ces filles, qui se replient sur elles-mêmes. Cela complique leur réinsertion dans une société qui les considère comme impures. A cela s’ajoute la peur des membres de la communauté envers ces ex-soldates. Ils se méfient de leur comportement et des idées qu’elles peuvent véhiculer auprès des autres enfants.

D’autre part, les filles ont intériorisé la stigmatisation sociétale dont elles sont victimes. De ce fait, les filles vont moins chercher à participer à un programme de réinsertion. Elles se cachent donc pour des raisons culturelles et un sentiment de honte.

N’ayant pas eu accès à la scolarité pendant un certain temps, elles ne savent que rarement lire et écrire et n’ont pas les moyens de s’offrir une éducation ou une formation.

Une fois séparées de leurs familles, elles se retrouvent vulnérables face à de nouvelles agressions.
La violence sexuelle bouleverse les liens au sein d’une famille et des communautés dans les sociétés ou le statut des filles dépend, entre autres, de leur loyauté sexuelle.

Pour réinsérer correctement les ex-soldates, les ONG préconisent un travail de sensibilisation dans les villages. Par l‘éducation, à propos de la situation de ces filles soldats, la communauté pourrait les accepter et les réintégrer parmi eux, ainsi que leur offrir les soins et l’éducation qu’elles méritent.

« Éduquer une fille c’est éduquer une nation » dit un proverbe africain. Et c’est par l‘éducation que le sort des filles soldats pourra s’améliorer.

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