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Aragon et Elsa ont failli ne plus vous accueillir chez eux


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Aragon et Elsa ont failli ne plus vous accueillir chez eux

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La maison qui a servi de nid à Louis Aragon et Elsa Triolet pendant presque une vingtaine d’années, où ils ont écrit beaucoup de leurs romans et recueils de poèmes, comment peut-on imaginer qu’elle ferme définitivement sa porte ! C‘était impensable pour l’association qui gère la demeure, construite à Saint-Arnoult-en-Yvelines près de Paris, et pour le public de plus en plus nombreux à la visiter. Pourtant, c‘était ce qui risquait d’arriver très bientôt. L’Etat français, à qui Aragon avait légué la maison, entendait réduire nettement sa subvention cette année, et dans le même temps augmenter le loyer qu’il perçoit. Prise en “sandwich”, l’association Centre de Recherche et de Création Elsa Triolet-Aragon allait tout bonnement étouffer.

Un loyer payé par deux ministères

Comme l’auraient fait le poète et sa compagne, toujours prêts à mener un combat, le directeur de l’association s’est battu comme un lion tout au long de l‘été. “Pour la première fois depuis 1998, explique Bernard Vasseur à Euronews, le ministère de la Culture allait baisser sa subvention de 6% cette année, soit 10.000 euros de moins que d’habitude”. On le sait bien, la crise n‘épargne rien ni personne, ni même la culture et les écrivains français de renom. Alors France-Domaine, chargé au sein du ministère de l’Economie de gérer les biens de l’Etat, allait en rajouter une couche.

Le loyer demandé pour la maison d’Aragon et d’Elsa Triolet devait passer à 30.000 euros en 2013, toujours plus puisqu’il était de 18.000 euros en 2011. Pris à la gorge, Bernard Vasseur comprend qu’il va devoir licencier les sept employés qui font vivre la demeure de Saint-Arnoult-en-Yvelines, puis mettre la clé sous la porte. Mais à force de tractations, de rendez-vous, de pression, d’indignation du public, l’Etat cède. Le loyer est redescendu à 20.000 euros, et le ministère de la Culture accepte d’augmenter sa subvention. En quelque sorte, conclut avec ironie le directeur du Centre de Recherche et de Création Elsa Triolet-Aragon, “C’est le ministère de la Culture qui va payer le loyer de la maison au ministère de l’Economie !”.

Une maison en témoignage d’amour

Tout est bien qui finit bien, sauf pour les finances publiques, mais un gouvernement socialiste qui aurait été responsable de la fermeture de la maison d’Aragon, cela aurait quand même été un comble ! Le poète, mort en 1982, n’aura pas à se “retourner dans sa tombe”. La demeure de Saint-Arnoult-en-Yvelines, bâtie sur le site d’un moulin du XIII ème siècle, continuera à témoigner de son amour mythique pour Elsa Triolet.

Louis Aragon avait spécialement offert cette maison à sa muse d’origine russe en 1951, pour qu’elle s’y réfugie, selon les propres mots du poète “quand Paris t‘épuise de gens, de cris et d’exigences”. Le couple y a écrit de nombreuses oeuvres importantes, et reçu des amis choisis comme Pablo Picasso, Paul Eluard ou Fernand Léger. Aragon, avide de lecture, a engrangé dans la bibliothèque près de 30.000 livres. Et toujours dans cette maison, il a continué de couvrir de poèmes sa compagne, notamment dans “Le Fou d’Elsa” en 1963.

La maison d’Aragon et d’Elsa Triolet reste heureusement ouverte, pour le plus grand plaisir des visiteurs qui sont de plus en plus nombreux (21.000 en 2012). En s’y rendant peut-être à l’occasion des Journées du patrimoine, ils apprendront aussi qu‘à Saint-Arnoult-en-Yvelines, Elsa a écrit son dernier livre avant de mourir en 1970. Son titre semblait prémonitoire : “Le rossignol se tait à l’aube”.


Joël Chatreaueuronews

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