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"Le jour où nous avons fui" : le récit des enfants réfugiés du Nord-Kivu

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"Le jour où nous avons fui" : le récit des enfants réfugiés du Nord-Kivu

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En République Démocratique du Congo, les enfants vivant dans la région du Nord-Kivu sont les témoins de combats inter-ethniques incessants. Ils livrent, à euronews, leur histoire.

“Moi j’ai peur de la guerre. Parce que, pendant une guerre, des gens peuvent venir et, d’un coup, tuer ton père ou ta mère”, raconte le jeune Antoine Mbabazi.

“On est sans nouvelles de ma maman. On ne sait pas où elle est partie”, explique, en préambule, Esta Janine Kaiti, une adolescente avant de revenir sur le moment crucial où elle a dû quitter sa maison. “Les coups de feu fusaient de partout. Ma maman m’a réveillée et m’a dit qu’il fallait partir. Quand nous sommes arrivées au centre de Masisi, il y avait énormément de monde. A un certain moment , dans le centre Masisi, je n’ai plus vu ma maman”. Difficile de dire ouvertement que sa maman est décédée et qu’Esta Janine est désormais orpheline.

“Pendant une guerre, des gens peuvent venir et, d’un coup, tuer ton père ou ta mère”

“Quand ces gens-là te trouvent chez toi, ils prennent tout ce que tu as. Si tu n’as pas de chance, ils viennent avec des couteaux et ils te déchirent le corps et te découpent en morceaux”, renchérit Antoine.

“L’histoire d’Antoine est similaire à celle d’Esta Janine et à celle de dizaines de milliers d’enfants dans le Nord Kivu, théâtre des derniers développements d’une guerre qui dure depuis plus de 20 ans en République Démocratique du Congo”, indique Monica Pinna, l’envoyée spéciale d’euronews en RDC.

750 000 déplacés dans le Nord-Kivu

Comme Antoine et Esta, 750 000 personnes ont fui leur foyer dans le Nord-Kivu. Elles ont trouvé refuge dans des camps, comme celui-ci : le camp Kalinga à Masisi.

Ces enfants ont tout perdu. Mais ils retrouvent doucement le chemin de l‘école grâce au travail sur le terrain du Conseil norvégien pour les Réfugiés et aux fonds de l’Union européenne dans le cadre du programme “Les enfants de la paix”.

Enfants-soldats ou esclaves sexuels

L’accès à l‘éducation est primordial pour sortir ces enfants des méandres de la guerre et de ses atrocités.

“Les enfants sont souvent une cible de choix pour beaucoup de groupes armés et les risques principaux sont liés au recrutement direct par certains groupes armés. Les enfants peuvent être utilisés pour des tâches domestiques, pour des tâches purement militaires, avec des enfants engagés dans le conflit, et également dans certains cas, et notamment pour les filles, avec le risque de devenir des esclaves sexuelles”, explique Frédéric Bonamy, de l’Office européen d’aide humanitaire et de protection civile (ECHO).

L‘école, un espoir pour l’avenir

Esta Janine Kaiti revient sur sa vie, ces derniers mois :
“Je vendais des choses par ci, par là, et je me suis dit : mon père et ma mère sont morts, est-ce que je continue, comme ça, avec ce petit commerce toute ma vie? Alors, quand j’ai vu les autres aller à l’école, je suis allée m’inscrire”.

Antoine, lui, n’est pas “allé à l‘école pendant deux ans” parce que ses parents “n’avaient pas d’argent”. “Pendant ce temps-là, j’allais chercher du bois de chauffe que je vendais et l’argent servait à ma famille. La vie était vraiment devenue trop dure pour moi”, se souvient le garçon à contre-coeur.

Leur école a été brûlée, l’an dernier, lors d’affrontements inter-ethniques. Elle a pu être reconstruite grâce à une partie de l’argent obtenu par l’Union européenne pour son Prix Nobel de la Paix.

Mais le chantier de l‘éducation est immense dans le Nord-Kivu : moins de 40% des enfants déplacés suivent des cours.

Ici, 600 élèves s’entassent dans les salles de classe : six fois plus que l’an dernier. Et c’est une victoire, malgré l’exiguïté des lieux, pour l’ONG norvégienne, qui a financé l‘éducation des plus défavorisés.

“Je me suis inscrite dans cette école parce que je voudrais pouvoir changer ma vie”, assure Esta Janine.

Outre la promesse d’un avenir meilleur, l‘école offre aussi à ces enfants de RDC une bouffée d’insouciance, une denrée trop rare dans le Nord-Kivu.