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Réfugiés de Domiz : redevenir un enfant loin de la Syrie

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Réfugiés de Domiz : redevenir un enfant loin de la Syrie

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Assise dans la tente familiale du camp de réfugiés syriens de Domiz, au Kurdistan irakien, Rojda, 11 ans, apporte la dernière touche à son dessin : des larmes sur la joue d’une fillette – un autoportrait.

“Cette fille n’est pas heureuse. Il ne lui reste plus rien,” explique-t-elle à notre reporter, Monica Pinna.

Plus loin dans le camp, Omar, 14 ans, se confie : “ce que j’ai vu, personne ne l’a vu. J’ai vu des avions de combat, des missiles, des mitrailleuses et des tanks. J’ai eu une peur pas possible.”

Rojda et Omar, sont des enfants de la guerre, celle qui déchire la Syrie depuis plus de deux ans. Issus de la minorité kurde, quand il a fallu partir, il y a environ sept mois, leurs famille ont mis le cap sur le Kurdistan irakien. Mais les villes n’ont pas voulu de ces réfugiés venus de Syrie. Le camp de Domiz a donc été dressé au milieu de nulle part, loin de toute civilisation.

Domiz est le plus grand camp de réfugiés syriens du Kurdistan irakien. 60.000 personnes vivent ici, pour moitié des enfants. Omar et Rojda, comme les autres enfants, portent les cicatrices d’une guerre qui a bouleversé leur vie. Ils aspirent à la normalité.

“J‘étais à l‘école quand ils ont bombardé le bâtiment, se souvient Rojda. Ma maman est venue me chercher pour me cacher de l’armée syrienne”.

“On s‘était habitué à la guerre. On arrivait même à dormir sous les tirs des hélicoptères,” assure Omar.

Pour Rojda, l’exil a été tout d’abord synonyme de séparation d’avec les siens. “J’ai quitté Damas, mais mes parents et ma famille sont restés là-bas, raconte-t-elle. Au fond de moi, j‘étais très triste parce qu’ils étaient là-bas et pas moi. Je me suis demandée pourquoi ils ne venaient pas me chercher. Il devait y avoir une bonne raison. Ils étaient dans notre maison qu’on avait mis des années à construire.”

Sa mère, Hadya Hibrahim Hamko, explique : “nous avions économisé pendant 9 ans pour payer notre maison à Damas”. Cette femme de 43 ans, le visage marqué par les épreuves, ne peut plus contenir ses larmes. “Nous ne sommes restés que huit jours dans notre maison. Après, les avions nous ont bombardé et nous sommes partis,” parvient-elle à dire.

Rojda, Omar et leurs familles respectives ne voulaient pas quitter la Syrie. Mais la violence, la peur et la pauvreté ont fini par les pousser à traverser la frontière vers le Kurdistan irakien. Rojda et Omar ont perdu plus d’un an de scolarité. Ils n’ont pas pu retourner en classe cette année dans la mesure où les trois écoles du camp sont déjà bondées. Leur alternative : les espaces d’accueil pour jeunes et enfants ouverts en avril par l’ONG française ACTED (Agence d’Aide à la Coopération Technique et au Développement).

Ibrahim Khalil est lui aussi réfugié. Il étudiait les langues à Homs. Il a quitté la Syrie pour ne pas être enrôlé de force dans l’armée ou dans les rangs des rebelles. Arrivé à Domiz, il a voulu donner du sens à sa vie dans le camp. Il a rejoint ACTED pour travailler à la protection des enfants.

“Nous mobilisons de nombreuses stratégies avec les enfants traumatisés, explique-t-il. Le principe de base consiste à se concentrer sur les qualités et aptitudes positives de l’enfant, puis à construire sur ces fondations afin que l’enfant soit capable de supporter la vie ici et d’aller de l’avant.”

Omar, comme tous les enfants ici, s’est plié à des exercices visant à évaluer son traumatisme. L’espace d’accueil propose des activités culturelles et thérapeutiques supervisées, pour ceux qui en ont besoin.Omar est très concentré : “c’est une leçon de Kurde. C’est très important pour moi parce que c’est ma langue maternelle et elle était interdite en Syrie.”

Rojda elle, apprécie les instants d‘évasion que lui offre l’espace d’accueil : “on joue, on apprend des pièces de théâtre, on nous raconte des histoires. C’est bien parce ça nous permet d’oublier et de ne pas trop penser.”

Les deux centres, pour jeunes et pour enfants, ont bénéficié des fonds du prix Nobel de la paix décerné à l’Union européenne. Des fonds consacrés à l’initiative “Enfants de la Paix” qui vient en aide aux enfants victimes de conflits. Prévus au départ pour 250 jeunes et enfants, ils accueillent plus de 1.000 enfants par semaine. Il faudrait beaucoup plus pour les 30.000 enfants du camp.

Ibrahim Khalil avoue être inquiet. “Je pense que si la situation dure trop longtemps, les enfants du camp ne pourront pas retrouver une vie normale. Même si les enfants sont plus résistants, ils ne pourront plus mobiliser cette résilience s’ils continuent à vivre en camp,” dit-il.

Des milliers d’enfants attendent à la frontière syrienne de pouvoir gagner la sécurité d’un terrain de jeu. Mais à Domiz, chacun sait qu‘échapper à la guerre veut aussi dire être loin de chez soi, en dehors du temps et sans opportunité.