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Elections européennes : les Verts prêts à ferrailler


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Elections européennes : les Verts prêts à ferrailler

Le top départ de la campagne pour les élections européennes est donné chez les Verts. Ce week-end, ils ont confirmé leurs deux candidats à la présidence de la Commission européenne, le Français José Bové et la jeune Allemande Ska Keller, que nous avons rencontrée.

“ Évidemment, nous, les Verts, nous serions comblés si nous avions un succès tel aux élections européennes qu’il nous permettrait de prendre la présidence de la Commission. Et c’est le sens de notre candidature. Mais nous sommes réalistes, et nous savons que ce ne sera probablement pas le cas “, reconnaît-elle.

Réaliste mais volontaire, l’eurodéputée de 32 ans défend l’idée d’un grand tournant écologique, seul à même selon elle de faire repartir la croissance et l’emploi.

“ Je crois que notre force, c’est tout d’abord notre engagement plus que tout autre parti pour une prise de conscience environnementale, pour la protection du climat, martèle Ska Keller. Et cela fait partie des choses qui peuvent nous sortir de la crise, parce que nous parlons de la crise européenne, nous parlons du chômage. Il faut en sortir. Et nous en sortirons seulement avec les idées des Verts, en créant des emplois précisément dans ces secteurs qui protègent notre environnement. “

En tant que membre de la commission parlementaire sur les libertés civiles, Ska Keller est particulièrement attentive aux questions de migration.

“ Ce qui me tient à cœur, ce sont les droits des réfugiés, parce que l’Europe devient une forteresse, y compris une forteresse digitale. Et l’Union européenne investit des centaines de millions d’euros dans le verrouillage, dans les drones, dans les détecteurs de battements de cœur et ce genre de choses. “

Quant au débat avec de vieux routards de la politique, il ne lui fait pas peur, bien au contraire.

“ J’aime me battre. Batailler pendant la campagne électorale, c’est pour moi le meilleur moment de la politique, parce que ça veut dire aller à la rencontre des gens, tester ses idées, voir si ces idées font écho, si les gens y adhèrent. “

Dans leur manifeste, les Verts promettent notamment plus de justice sociale et la préservation des normes européennes à l’heure où se négocie l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis.

Pour pousser plus loin la réflexion sur la place des Verts dans le spectre politique européen et leurs thèmes de campagne, nous avons interviewé Matthias Krupa, le correspondant à Bruxelles du magazine Die Zeit :

Rudolf Herbert, euronews : “ Les Verts européens ont choisi deux candidats : Ska Keller et José Bové. Or les verts allemands ont nommé Rebecca Harms comme tête d’affiche. Ska Keller étant elle aussi allemande, ne pensez-vous pas que les électeurs auront du mal à s’y retrouver ? “

Matthias Krupa : “ Oui, cela peut créer de la confusion. D’autant que cette jeune allemande qui a été élue candidate numéro un au niveau européen arrive en troisième position sur la liste allemande pour des raisons de politique interne au parti national. Ce n’est certainement pas un bon début pour les Verts dans cette campagne. “

euronews : “ Le préambule du manifeste pour les élections européennes commence par cette phrase : l’Europe est notre avenir et notre maison. Est-ce que les Verts européens sont si européens que cela ? “

Matthias Krupa : “ Si l’européisme signifie dire adieu à l’Etat-nation et remplacer tout ce qui est national, alors les Verts en sont loin. En même temps, c’est exactement ce qui est actuellement difficile à concevoir pour de nombreux citoyens et électeurs : l’idée de laisser derrière eux leur Etat-nation. Ils y sont attachés. Et cela conduit les Verts dans un position défensive. Ils sont peut-être à l’avant-garde, mais ils ne sont pas un parti en phase avec cette période. “

euronews : “Au Parlement européen, ils sont actuellement le quatrième parti le plus important et ils sont en pointe sur de nombreux dossiers, pas seulement l’environnement ou l‘économie verte. Est-ce que les Verts sont devenus ce qu’on appelle un parti traditionnel ? “

Matthias Krupa : “ Le problème des Verts, c’est que leurs dossiers naturels comme l’environnement, le changement climatique, et au niveau européen des dossiers comme la politique d’asile, ne sont pas forcément ceux jugés prioritaires à cause des années de crise. Et même s’ils ont beaucoup gagné en expertise économique, ici au Parlement, ils ne sont pas élus sur leur programme économique. “

euronews : “ La Commission européenne veut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030. Les Verts demandent un objectif de 55%. Ce n’est pas un peu contre-productif pour les affaires ? “

Matthias Krupa: “ Les Verts n’ont plus l’exclusivité dans leurs dossiers de prédilection. Ce ne sont pas tant les Verts eux-mêmes qui sont devenus un parti traditionnel, mais leurs revendications qui le sont devenues, et donc ils ne peuvent se démarquer qu’en jouant la surenchère. “

euronews : “ Le symbole des Verts, Daniel Cohn-Bendit, va se retirer de la scène politique. Est-ce que ce sera une grande perte pour les Verts ? “

Matthias Krupa: “ C’est certain. Cohn-Bendit, et c’est ironique a été au cours de la dernière décennie – peut-être même au cours des 20 dernières années qu’il a passées au Parlement européen – une figure transnationale, un personnage qui a été présent en France, en Allemagne et même dans certains autres pays. En ce sens, il a été un véritable politique européen. Et au moment où l’Europe veut être mieux incarnée, où il y a des candidats aux plus hauts postes, il se retire en raison de son âge et de sa santé. Oui, c’est un gros problème pour les Verts. “

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