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"Pour sortir de la crise, il faut une autre Europe"


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"Pour sortir de la crise, il faut une autre Europe"

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Guy Verhofstadt est le Président de l’Alliance des Liberaux et Démocrates pour l’Europe au Parlement européen, et le candidat du groupe pour la Présidence de la future Commission Européenne.
Il nous livre sa vision de l’Europe, et de ce que doit être le rôle de la Commission Européenne.

Guy Verhofstadt:

L’Europe d’aujourd’hui a ete mal gérée pendant les années passées. Ce qu’il faut c’est une autre Europe. Ce qu’il ne faut pas faire c’est retourner vers l’arrière et se retrancher derrière les frontières nationales, ce n’est certainement pas une solution. Mais continuer comme on le fait maintenant, comme les socialistes et les conservateurs le proposent, ce n’est pas une solution non plus.

Donc il faut convaincre les citoyens en disant voilà, pour sortir de la crise, il faut une autre Europe. C’est a dire il faut une Europe beaucoup plus intégrée. Et cette intégration de l’Union Européenne va être le moteur pour créer davantage de places de travail et de croissance économique.

On peut le comparer un peu avec ce qu’a fait Jacques Delors dans le temps. Il a lancé l’idée du marché intérieur, et ca a été le moteur de la croissance en Europe pendant 15 ans, 20 ans. Il faut faire exactement la même chose maintenant c’est à dire : l’union bancaire doit de nouveau faire de sorte que l’argent sorte des banques vers l‘économie réelle parce que pour le moment ce n’est pas le cas.Le marché unique des capitaux en Europe va faire baisser les taux d’intérêt en Europe, puisque ces taux sont trop élevés, certainement pour les PME.

La politique commune énergétique doit faire baisser les prix de l‘énergie en Europe, parce qu’ils sont plus élevés qu’aux Etats- Unis.
Le marché unique au niveau des services et au niveau digital doit faire renaître l’innovation dans un domaine où on a un retard gigantesque comparé aux américains! Toutes les grandes entreprises, Google, Facebook, Twitter, sont toutes des entreprises américaines.

Voila la solution pour la crise!
La solution pour la crise ce n’est pas de se retrancher derrière les frontières nationales, ce n’est pas comme certains le disent, de recommencer avec les dettes, en faisant des déficits et des dettes. La solution c’est vraiment d’utiliser plus d’Europe pour sortir de la crise.

Valerie Gauriat: il y a un repli identitaire, nationaliste, extrème…il va falloir compter avec lors de ces elections..

Guy Verhofstadt:

Oui parce qu’il n’y a pas d’alternative! S’il n’y a pas d’hommes politiques qui ont le courage et la vision pour dire aux citoyens voilà la direction, voilà la sortie de la crise, c’est normal que les gens ont peur pendant une période de crise et alors tombent dans le piège des nationalistes, qui disent voilà, c’est clair c’est simple, tous nos problèmes vont disparaître si on va se retrancher derrière les frontieres nationales! Il ne va plus y avoir de changement climatique, la migration illégale va s’arrêter, la crise financière va disparaître…naturellement, ce sont des mensonges! Tous ces problèmes ne peuvent qu‘être résolus au niveau européen.

Le changement climatique ca ne s’arrête pas à la frontière! Et la crise financière, les produits toxiques qui viennent de l’autre côté de l’Atlantique ne vont pas s’arrêter à la frontière non plus. Donc il faut une régulation au niveau européen. La meme chose pour les défis énergétiques. On le voit maintenant. On est trop dépendants des russes et on est pas capables de réagir d’une manière convenable quand il s’agit par exemple de l’affaire de la Crimée ou de l’Ukraine. Parce qu’on est dépendants d’importations de la Russie.

Tandis qu’entretemps les américains sont devenus complètement indépendants. Ils sont devenus net exportateurs de produits énergétiques. Nous nous sommes encore des grands importateurs, surtout de la Russie.

Voilà le vrai défi; c’est de dire aux gens, ne croyez pas les nationalistes! C’est des mensonges! On l’a déjà vu de multiples fois dans le passé. Sortir de la crise, c’est vraiment ensemble qu’il faut le faire avec une toute nouvelle approche oùon utilise l’Europe comme le moteur de croissance.

Valerie Gauriat: vous avez parlé d’une grande alliance européenne multipartite ?

Guy Verhofstadt:

En tous cas nous sommes l’alternative pour les eurosceptiques et les nationalistes, mais au même moment nous sommes l’alternative pour les conservateurs et les socialistes..Parce que enfin, disons le, ils disent presque exactement la même chose, tout d’abord, ils gèrent ensemble l’Europe, bon. Dans la moitié des pays c’est les conservateurs qui sont au pouvoir, dans l’autre moitié c’est les socialistes. Mais le résultat est exactement le même, c’est la crise !
Et donc il faut d’autres recettes. C’est à dire ne pas tomber dans les recettes du passé, ca veut dire faire des dettes pour sortir de la crise; ca ne fonctionne pas, au contraire ca a été la source de beaucoup de nos problèmes d’aujourd’hui.
Pour sortir de la crise, vraiment, voyons ce que les chinois font, les indiens font, les américains font; ils travaillent ensemble et ils lancent des politiques communes et des stratégies au niveau de leur empire on va dire parce que ce ne sont pas des nations, ce sont des empires. Il faut faire exactement la même chose!
Comment peut-on se défendre contre par exemple les pratiques de dumping des chinois, quand ils mettent des panneaux solaires sur nos marchés? Comment on peut le faire ? En commencant une guerre individuellement contre les chinois ? Les pays tous seuls vont négocier un accord avec les chinois ? Ca ne va jamais marcher! C’est l’Europe qui doit faire ca! Qui doit montrer sa force dans des négociations pareilles. Et c’est seulement ensemble qu’on peut le faire.

Mais il faut le dire. Ce que je dis ici ce n’est pas nouveau. Dans toutes les analyses qui sont faites au niveau mondial, on dit exactement la même chose.
Le FMI fait un rapport sur les problèmes de l’euro, on dit il faut intégrer! Il faut faire un saut en avant dans l’intégration européenne. Le ministère des finances américain fait des analyses sur la crise en Europe, ils disent exactement la même chose! L’OCDE à Paris, l’organisaiton des pays le splus riches au niveau mondial fait une analyse de la crise et dit cela..Tout le monde sait ca!
Ce n’est que nos hommes politiques qui n’ont pas le courage de le faire! Et la conséquence en est que les gens tombent alors en désarroi, ils ont peur, ils tombent dans les mensonges des nationalistes. Voilà. C’est ca la tragédie de l’Europe pour le moment.

Valerie Gauriat:
Imaginons : vous devenez president de la commission europeene, quelle est la premiere vchose qzue vous faites concrètement?

Guy Verhofstadt:

C’est surtout changer la manière de travailler; et donc utiliser directement la Commission Européenne comme un vrai gouvernement européen, qui prend la tête des opérations, qui développe une vision, et qui met des paquets législatifs sur les bancs du parlement et les bancs du Conseil.
Justement pour obliger les Etats, pour obliger le Conseil Européen à prendre ses repsonsabilités!

Maintenant ce n’est pas le cas.
J’ai eu de multiples discussions, débats avec Monsieur Barroso; à qui j’ai dit, mais pourquoi, si vous avez la vision, vous ne le traduisez pas dans un paquet législatif qui oblige le Conseil européeen ? Comme Delors le faisait dans le passé. Il avait une idée du marché intérieur, il mettait la proposition sur la table. Et finalement on l’a eu!

Ce que fait Monsieur Barroso, il téléphone d’abord à Paris puis à Berlin, ou plutôt l’inverse, d’abord à Berlin puis a Paris, et ce n’est qu’au moment où il a le feu vert de ces deux pays qu’il ose présenter quelque chose.
Mais ce n’est pas comme ca qu’on va sortir de la crise!
Puisque les grands Etats défendent leurs propres intérêts; et ce qu’il faut défendre aujourd’hui, c’est l’intérêt du citoyen européen.

Valérie Gauriat: Quoiqu’il en soit la Commission n’a pas pouvoir de décision!

Guy Verhofstadt:

Non, mais elle a le pouvoir d’initier une proposition; c’est la seule institution. Le Parlement ne peut pas le faire. Le Conseil ne peut pas le faire. Et donc si la Commission ne le fait pas, alors rien ne se passe!
Et c’est ca qui s’est passé les dernières années . Je ne dis pas qu’on a pas fait des pas en avant..L’Union bancaire, renforcer le pacte de stabilité, pour que les règles soient appliquées finalement dans l’union monétaire. Mais ce n’est pas assez! C’est toujours.. Ca a toujours été des petits pas, qui nont pas convaincu les marchés, et qui n’ont pas fait revenir la confiance, qui est capitale pour investir dans une économie.

On voit très bien dans l‘économie quel est le problème fondamental en europe, c’est que le transfert d’argent des banques envers l‘économie réelle est bloqué! Et le montant de crédit qui est donné à des entreprises, surtout des PME en Europe baisse mois après mois Encore maintenant. Donc il faut le plus vite possible développer une autre approche, une autre politique, développer une alternative, parce qu’autrement cette crise va continuer.

Valerie Gauriat: Vous vous définissez comme profondément européen; …qu’est-ce que c’est être européen ?

Guy Verhofstadt:

Pour moi c’est surtout appartenir à une civilisation, c’est à dire à la culture européenne. C’est donc lire Proust en France ou un roman russe, ou écouter la musique de Mozart et de Bach; l’architecture qu’on trouve dans toutes les grandes villes européennes et qui est basée sur les mêmes tendances, les mêmes exploits., Pour moi c’est ca l’Europe. L’Europe ca n’a pas été un groupe de pays monolingues, mono ethniques; non ca a ete un mélange de styles, de cultures, de langues; et de cela est sortie une sorte de civilisation européenne qui est unique. Pour moi c’est ca qui est le plus important. D’appartenir à cette civilisation. Il ne faut pas qu’elle disparaisse par manque de courage des hommes politiques d’unifier le continent.

Valerie Gauriat:

ce n’est pas une idee un peu luxueuse en ce moment pour beaucoup de citoyens ?

Guy Verhofstadt:

Ce n’est pas luxueux du tout; c’est la base pour résoudre beaucoup de nos problèmes économiques. Si on comprend cela, qu’on est une civilisation, cela veut aussi dire que par une plus grande intégration au niveau européen on peut surmonter les problèmes économiques.
On peut faire baisser le taux de chômage en Europe, le taux de chômage surtout pour les jeunes. Prenez par exemple Erasmus Plus, un nouveau programme qu’on a lancé maintenant, par lequel des jeunes, pas seulement des gens qui sortent des universités, mais aussi des stagiaires, des jeunes travailleurs, peuvent trouver un boulot dans un autre pays.
C’est l’Europe qui va nous faire sortir de nos problèmes. Et le fait que c’est basé sur une civilisation commune ca doit certainement aider.

Valerie Gauriat: vous gardez toujours un réel enthousiasme une réelle passion ?

Guy Verhofstadt:

Sans la passion la politique n’est pas possible. La passion c’est la base. Si on est pas passionné par la politique il faut faire quelque chose d’autre, mais pas de la politique.
Moi je dis toujours, oui, c’est vrai qu’on essaie de trouver un certain pouvoir; mais le pouvoir justement pour changer les choses! Pour rectifier des injustices dans la société. Un homme poliique qui dit au grand public “je fais de la politique mais ce n’est pas pour le pouvoir”! Alors je me demande pourquoi il le fait.. Pour avoir un statut, un revenu, et tout ca.? Non, c’est nécessaire dans la politique de rechercher une partie du pouvoir pour faire quelque chose de positif dans la société Et il faut le faire avec passion parce qu’autrement ca ne mène à rien du tout.

Valerie Gauriat:

Après les élections, il y aura le choix du nouveau Président de la Commission. Si ce n’est pas vous, que faites-vous ?

Guy Verhofstadt:

Je suis le chef de groupe des liberaux en Europe, je vais continuer; mais c’est vrai que j’espère que les citoyens en Europe peuvent me soutenir pour devenir le chef de l’exécutif en Europe oui.

Valerie Gauriat:
Même si mathématiquement les statistiques ne sont pas très favorable..

Guy Verhofstadt:

Non! mathématiquement il faut une majorité et pour avoir une majorité il faut un accord. Aucun groupe politique au Parlement Européen n’est suffisamment fort pour le faire tout seul. Donc c’est comme dans chaque démocratie, où il y a un système proportionnel, ce sera nécessaire de faire une coalition et de négocier”

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