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Le spectre de la déflation en Europe


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Le spectre de la déflation en Europe

En avril, dans la zone euro, l’inflation s’est avérée plus faible que prévue et inférieure à l’an dernier. À l‘échelle de l’Union européenne, la situation est une fois encore, très similaire. Dans le détail, la Grèce, la Bulgarie, Chypre, la Hongrie, la Slovaquie, la Croatie et le Portugal sont tous en déflation tandis que les autres Etats membres, en particulier dans la zone euro, connaissent une inflation faible.

La Bulgarie, par exemple, pays le plus pauvre de l’Union, subit depuis plus d’un an, ce ralentissement économique qui est dû en grande partie à la décision prise par le gouvernement bulgare de baisser les tarifs réglementés de l‘électricité. Dans le pays, les prix de certains produits ont baissé : s’agit-il pour autant, d’un paradis pour le shopping ? En réalité, les consommateurs n’achètent pas plus comme nous avons pu le constater auprès d’un épicier qui malgré ses efforts, a du mal à générer des profits.
Autres conséquences fâcheuses : en Bulgarie, comme ailleurs, quand les produits sont moins chers, le chiffre d’affaires est moindre pour les entreprises qui les fabriquent, ce qui entraîne de plus faibles rentrées d’argent pour l’Etat et éventuellement, des emplois supprimés et des salaires réduits. Or il est urgent de déterminer les causes de toute déflation et d’anticiper son éventuelle aggravation car celle-ci peut s’avérer néfaste, en particulier pour les Etats et les ménages lourdement endettés.

Dans cette édition, nous avons également recueilli le point de vue de Peter Praet, chef économiste et membre du Directoire de la Banque centrale européenne. Il a évoqué “cette pression à la baisse des prix [qui] est davantage de nature structurelle : c’est le résultat de la morosité économique,” dit-il, “donc nous avons mené une politique monétaire conciliante qui passe par des taux d’intérêt proches de zéro, mais aussi par d’autres outils.”
Il indique par ailleurs que la BCE a identifié des opportunités d’actions dans “le processus de transmission de [notre] politique via les crédits aux petites entreprises en général”.

Certains experts estiment que l’Europe risque de traverser comme le Japon, vingt ans de marasme économique. “La déflation est un risque tant que les gouvernements continuent d’agir comme des entreprises, de manière trop pro-cyclique,” indique par exemple, Mariana Mazzucato, professeur en économie de l’innovation à l’Université du Sussex (Angleterre). D’autres affirment que pour contrer ce risque de déflation qui touche aussi des économies plus solides, de nouvelles politiques sont nécessaires. Ainsi selon Bruce Stokes, du think tank américain Pew Research Center, “nos enquêtes ont montré que les Allemands qui sont historiquement les plus allergiques à l’inflation, les plus effrayés par le spectre de l’hyper-inflation des années 20, s’en inquiètent beaucoup moins que de nombreuses autres populations en Europe”, insiste-t-il avant d’ajouter : “ce qui veut dire qu’il devrait exister une plus grande marge de manœuvre en matière de politique monétaire.”

Quant à savoir si l’Europe peut suivre le même chemin que le Japon qui vient tout juste de sortir de vingt ans de marasme économique, “il y a beaucoup de points communs entre les deux situations”, souligne William H. Saito, conseiller spécial auprès du gouvernement japonais. Le Japon a été “l’un des premiers pays au monde à connaître un déclin et un vieillissement de sa population”, dit-il. “Dans ce cas, des prévisions macro-économiques sont bouleversées”, poursuit-il, “les personnes âgées veulent que l’on maintienne leurs revenus fixes ; de manière correcte ou incorrecte, du point de vue d’une personne âgée, la déflation est une bonne chose.” L’Europe sait que pour éviter ce genre de scénario, il lui faudra tenir compte non seulement des besoins de la population âgée actuelle, mais aussi de ceux des générations futures.

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