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Israël - Hamas : comment éviter l'embrasement?


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Israël - Hamas : comment éviter l'embrasement?

De part et d’autre, la douleur. A quelques jours d’intervalle, les familles des trois adolescents israéliens retrouvés morts et celle du jeune palestinien brûlé vif enterraient leurs proches, dans un contexte de jour en jour plus tendu, au bord de l’explosion. De part et d’autre, les extrémismes sont à l’oeuvre, sapant jour après jour les espoirs d’apaisement.

Est-ce le meurtre du jeune palestinien par des extrémistes juifs, qualifié par le premier ministre israélien de “crime abominable” qui incite Israel à la retenue? Est-ce la crainte d’une troisième intifada dont on voit déjà les prémices? La crainte d’une confrontation généralisée?

En tous cas, Benjamin Netanyahu est dans l’embarras. Obligé de réagir, sous pression de l’aile droite de son gouvernement, dont certains faucons réclament une action punitive d’envergure contre le Hamas, il jongle entre un discours de fermeté et une attitude responsable, comme l’a exprimé son porte-parole Mark Regev : “le Hamas est une organisation terroriste, elle doit être vaincue. En ce qui concerne les relations d’Israël avec la bande de Gaza, nous voudrions maintenir le calme aux frontières. Le problème, c’est que le Hamas ne le permet pas. Ces trois dernières semaines, il y a eu cent cinquante tirs de roquettes de Gaza vers Israël. Evidemment, nous devons agir pour protéger notre peuple.”

Les raids “ciblés” qui s’abattent sur Gaza ces jours-ci en représailles aux tirs de roquettes suffisent déjà à attiser la colère du Hamas. Ses militants réclament vengeance, et promettent un embrasement si Israël devait accentuer les opérations. Mushir Al Masri, porte-parole du Hamas : “le peuple palestinien soutient la résistance. Toute attaque contre Gaza ouvrira les portes de l’enfer pour l’occupant. Le Hamas ne restera pas les bras croisés.”

L’enfer, c’est ce que ces Israéliens ne veulent pas. Des voix pacifiques que Netanyahu sait devoir écouter. Eux manifestent contre une escalade de la violence, ils rejettent toute action d’Israël qui pourrait réactiver l’engrenage de la violence.

Alors que l’Etat hébreu renforce la sécurité à la frontière avec la Bande de Gaza, tous ont entre leurs mains les clés de cet épisode sous haute tension. De l’action des uns dépendra celle des autres.

Freddy Eytan, ancien diplomate israélien et politologue dans un centre de recherche à Jérusalem, répond aux questions de notre envoyé spécial, Luis Carballo. “Première question : Benjamin Netanyahu a un dilemme : attaquer ou ne pas attaquer le Hamas? Quelle est l’option la plus probable?”

Freddy Eytan : “Benjamin Netanyahu est Premier Ministre pour la troisième fois donc il a de l’expérience et il croit effectivement que nous devons avoir une certaine dissuasion, le message doit être dissuasif. Netanyahu se trouve dans un grand dilemme effectivement parce qu’il a une coalition assez difficile à gérer. Il y a l’extrême-droite qui veut à tout prix comme Lieberman, Bennett, et d’autres, lancer une opération de grande envergure. Ce que Netanyahu ne fera pas. Mais effectivement il faut répondre par un message dissuasif. On ne peut pas laisser ou tolérer le meurtre de trois adolescents et ne pas riposter. Il y a des ripostes et des raids ponctuels à chaque fois qu’il y a un lancement de missile ou de roquette contre les villages israëliens. C’est la stratégie de Netanyahu de longue date. Netanyahu n’est pas un belliqueux, il ne s’est pas lancé dans des opérations béliqueuses comme l’a fait Olmert au Liban ou à Gaza”.

Luis Carballo : “L’armée israélienne définit le Hamas comme une organisation sans ressource. Qu’en est-il ? Le Hamas est-elle vraiment une organisation aussi destructurée que le prétend l’armée israélienne?”

Freddy Eytan : “Le mouvement Hamas, qui est considéré comme un groupe terroriste par la communauté internationale, se trouve de plus en plus isolé. Parce que la donne géopolitique a changé. Parce qu’il y a un nouveau président en Egypte et en Egypte il y a un président qui veut mettre en quarantaine la filiale des Frères Musulmans, puisque effectivement le Hamas ce sont les Frères Musulmans. Le Hamas se trouve en difficulté parce qu’il se trouve de plus en plus isolé au sein même du monde arabe puisque les Frères Musulmans sont en baisse de popularité, mais d’un autre côté on voit que le Hamas essaie de revenir sur la scène internationale et surtout sur la scène arabe, d’engranger des points favorables à sa cause. Mais il a des difficultés financières. Il ne peut pas payer les 40 000 fonctionnaires, il ne peut pas leur donner des salaires et ça c’est un problème aussi.

En outre le Hamas, qui se trouve dans une situation difficile, ne peut pas contrôler toutes ses troupes. Il y a le Jihad Islamique, il y a les brigades Izz el-Din al-Qassam, il y a d’autres groupuscules qui essaient de casser la trêve, parce que le Hamas souhaite la trêve, la trêve à long terme, d’un an et demi, deux ans et donc ne pas fermer la porte aux Israéliens.

Ce qui se passe c’est que nous nous trouvons dans une situation où le Hamas n’est pas capable de lancer des opérations importantes parce qu’il sait qu’Israël ripostera de façon foudroyante contre le Hamas et peut-être avec une opération de grande envergure, c’est une éventualité, mais d’un autre côté il veut gérer, il veut prouver qu’il est plus fort que le Fatah”.

Luis Carballo : “Est-ce que vous voyez les signes d’une troisième Intifada en marche ? Est ce que c’est juste une explosion de rage temporaire ou quelque chose de plus sérieux?”

Freddy Eytan : “La première Intifada qui a éclaté, c‘était suite à un accident de voiture, en décembre 1987 à Gaza. Donc aujourd’hui, on ne peut pas savoir ce qui va se passer demain au Proche-Orient ou au Moyen-Orient. Tout est volatile, tout change et donc il faut être prudent”.

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