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Turquie : Erdogan promet une nouvelle ère, au péril de la démocratie ?


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Turquie : Erdogan promet une nouvelle ère, au péril de la démocratie ?

Il a réussi son pari : devenir le premier président turc élu au suffrage universel direct. Depuis 11 ans, Recepp Tayyip Erdogan domine la scène politique de la Turquie. Premier ministre autoritaire et tout-puissant, il a transformé la société turque et les piliers de la république laïque fondée en 1923. En un peu plus d’une décennie de croissance, il a fait de la Turquie une puissance économique régionale de premier plan.

Toujours populaire malgré les critiques et les scandales, il est parvenu à mobiliser au delà de ses troupes. Une victoire qu’il revendique par ses ouvertures : c’est sous son mandat que s’engage le processus de paix avec la rebellion kurde.

Paradoxalement, le triomphe du Premier ministre sortant intervient au terme d’une année politique très difficile pour son camp.
En juin 2013, des millions de Turcs descendent dans la rue et dénoncent sa dérive autoritaire et islamiste. La sévère répression de cette révolte met sérieusement à mal l’image du régime.

L’hiver dernier, c’est un scandale de corruption sans précédent qui éclabousse le pouvoir. Le leader de l’AKP dénonce un “complot” de son ex-allié islamiste Fethullah Gülen, avant de purger la police et de museler les réseaux sociaux et la justice.

Aujourd’hui, ses adversaires craignent un règne sans partage sur le pays et une dérive autoritaire à la faveur d’un changement de la Constitution.

Que va-t-il se passer maintenant pour l’AKP et l’opposition turque ? Réponses avec l‘écrivain et directeur de l’institut de sondages turc Konda, Bekir Ağırdır.

Nezahat Sevim, euronews

Avec ce résultat, l’AKP salue son propre dirigeant et fondateur qui accède au palais présidentiel de Çankaya. Comment cela va-t-il affecter l’AKP et ses militants ? Qui ou quelle genre de personnalité peut être le prochain leader du parti de la majorité et le prochain Premier ministre ?

Bekir Ağırdır, directeur de l’institut de sondages Konda

Il y a trois questions et trois réponses paradoxales pour l’AKP.
Il faut un Premier ministre et un chef de parti qui soient en accord avec M. Erdoğan. La seconde condition est que cette personne soit capable de conserver les 45-50% d’intention de vote que possède actuellement l’AKP. De cette façon, le parti sera en position de force pour exiger un changement constitutionnel après juin 2015, une changement réclamé par M. Erdoğan.

Mais la première et la deuxième exigence sont en contradiction entre elles. Et puis il y a une troisième exigence qui est aussi un paradoxe pour l’AKP : les nombreux problèmes de la Turquie en matière de politique étrangère. Un changement de direction est nécessaire dans ce domaine. Alors quand vous prenez en compte ces trois exigences, les noms qui reviennent sont Ali Babacan, Binali Yıldırım ou Ahmet Davutoğlu . Bien sûr, il peut y avoir un candidat surprise.

Nezahat Sevim

Vous avez affirmé dans le passé qu’avec un résultat de 40% pour İhsanoğlu, l’opposition n’aurait pas pu se remettre en question, alors qu’avec 35%, le CHP ( Parti républicain du peuple-NDLR) et le MHP (Parti d’action nationaliste, NDLR) auraient dû opérer un changement. Avec 38% des suffrages, İhsanoğlu’s se situe au milieu : comment cela peut-il affecter l’opposition ? Et le vote pour Demirtaş‘s, quel impact peut-il avoir sur la politique kurde ?

Bekir Ağırdır

Ce résultat clé de 38% avantage les deux leaders de l’opposition. En tenant compte des discours prononcés par les deux dirigeants, comme celui du MHP, il est probable qu’ils continuent dans la même direction sans ressentir le besoin de changer. Mais il existe des divisions en interne au sein de ces deux partis.

Les déclarations du candidat kurde Demirtaş‘s sur la démocratie, les droits de l’homme, que lui-même a défini comme un appel à “un nouveau style de vie”, à une “démocratie radical”, ont aussi obtenu un soutien de la part des Turcs qui ressentent le besoin de l‘écouter.

Je suppose que le soutien du parti kurde HDP aux élections de juin 2015 va être plus important qu’aujourd’hui. Tous ceux en Turquie qui se sentent traités de manière injuste, réclament la démocratie et la liberté. Ils pourraient rejoindre le HDP.

Nezahat Sevim

Parlons des discussions concernant le système présidentiel. Etant donné les intentions d’Erdogan sur le nouveau rôle du président en Turquie, à quel genre de changement radicale ou systématique peut-on s’attendre ?

Bekir Ağırdır

L’AKP après Erdogan pourrait ne pas être en mesure de faire des
changements constitutionnels radicaux comme passer au système présidentiel. Un compromis serait nécessaire avec les autres partis.
On peut s’attendre à quelques changements après juin 2015.
Mais je ne sais pas exactement si ce sera nécessairement un passage au système présidentiel ou un changement plus global, ou encore des changements profonds au niveau des droits et des libertés. On ne peut pas le savoir aujourd’hui car les différents acteurs politiques doivent trouver un compromis.

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