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Ebola : "Nous n'avons jamais eu à faire face à une telle épidémie auparavant" (Dr Edward Wright)

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Ebola : "Nous n'avons jamais eu à faire face à une telle épidémie auparavant" (Dr Edward Wright)

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Mobilisation générale de la communauté scientifique pour combattre Ebola. À Genève, 200 experts tentent d‘établir une stratégie internationale pour endiguer la pire épidémie de ce virus de par son ampleur, sa complexité et la charge qu’elle impose aux systèmes de santé, selon la diagnostique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

À ce jour, l’arsenal thérapeutique contre Ebola est toujours en cours de développement. Aucun médicament n’a été homologué. Des vaccins et autres traitements sont au mieux en phase expérimentale. Ce qui pose des problèmes éthiques et logistiques.

Pendant ce temps, le virus accélère sa progression. Selon le décompte de l’OMS, 1 900 personnes sont mortes sur 3 500 cas répertoriés. C’est quasiment 500 morts de plus en l’espace d’une seule semaine.

Ebola profite des systèmes de santé fragiles pour progresser. Des systèmes qu’il met à rude épreuve : matériel médical et personnel sanitaire formé manquent. Du personnel sanitaire qui est également en première ligne, 120 d’entre eux ont été tués par le virus.

Les malades aussi font les frais de ce manque de moyens. Lundi, l’un d’entre eux s’est échappé d’un hôpital à Monrovia. Affamé, il cherchait de la nourriture sur un marché quand les médecins l’ont rattrapé.

Le Liberia a le taux d’infection le plus élevé. Avec la Sierra Leone et la Guinée, ce sont les trois pays les plus touchés. Le Nigeria est également affecté, mais dans une moindre mesure. Quant au Sénégal, il a enregistré son premier cas : un Guinéen qui avait passé la frontière.

L’OMS craint que l‘épidémie touche jusqu‘à 20 000 personnes et se répande dans une dizaine de pays. Lundi, l’Union Africaine va justement se réunir d’urgence pour définir une stratégie commune et réévaluer les suspensions des vols et fermetures des ports et frontières. Des mesures qui stigmatisent certains pays et augmentent les souffrances des victimes d’Ebola.

Nial O’Reilly, euronews :
“Nous retrouvons en duplex le docteur Edward Wright de l’Université de Westminster, expert dans ce domaine. Dr Wright, merci d‘être avec nous. Ces experts se réunissent à Genève alors qu’on a ces rapports qui indiquent que le virus accélère sa propagation. Cette conférence n’arrive-t-elle pas trop tard ?”

Dr Edward Wright, Université de Westminster :
“Ce n’est certainement pas trop tard. Toute mesure supplémentaire qui peut être mise en place pour limiter la propagation de ce virus et de la maladie qu’il provoque serait de toute évidence quelque chose de positif qui sortirait de cette réunion. Il faut dire, cependant, qu’il s’agit d’une épidémie sans précédent. Elle a plus que multiplié par deux le nombre de morts causées par ce virus depuis qu’on l’a découvert, il y a quarante ans. Nous n’avons jamais eu à faire face à une telle épidémie auparavant. Nous apprenons tous – en tant que scientifiques, docteurs, experts en santé publique – nous apprenons tous de cette épidémie et nous essayons de faire de notre mieux pour contrôler la maladie.”

euronews :
“En tant que scientifique, êtes-vous inquiet ? Vous l’avez dit, cette crise est sans précédent.”

Dr E. Wright :
“Quand on remet cela en perspective par rapport aux autres maladies comme le paludisme qui tue 800 000 individus chaque année, et le VIH – le virus qui provoque le Sida – qui tue 1,6 million de personnes chaque année. Cela montre que ce virus est quelque chose dont il faut avoir conscience et qu’il s’agit de toute évidence d’une maladie dévastatrice, mais une intervention simple et des stratégies de contrôle peuvent contenir la propagation de cette infection.”

euronews :
“Quels sont les risques engendrés par l’accélération du développement de vaccins ?”

Dr E. Wright :
“Tous les vaccins, tous les médicaments qui arrivent sur le marché et qui sont utilisés pour soigner les infections et les maladies humaines subissent un protocole réglementaire très strict. Mais dans le cas d’une urgence sanitaire publique telle que celle que nous rencontrons aujourd’hui avec Ebola, nous mettons en œuvre cette fameuse “accélération” des traitements et vaccins expérimentaux qui étaient en cours de développement depuis un certain nombre d’années. Nous en savons déjà beaucoup sur ces vaccins et ces traitements anti-viraux, ce qui nous permet de savoir dans quelle mesure accélérer le processus pour passer aux tests sur l’homme.”

euronews :
“Vous connaissez le traitement qui a été donné à l’infirmier britannique qui avait contracté le virus Ebola. Que pouvez-vous nous dire de ce traitement et de son efficacité ?”

Dr E. Wright :
“50 % des gens en Afrique qui ont contracté ce virus ont survécu, grâce à une simple réhydratation et des soins palliatifs ou d’accompagnement. Le patient britannique William Pooley qui est récemment sorti du Royal Free Hospital de Londres, a reçu ce sérum soi-disant secret, qui consiste en un cocktail d’anticorps qui ciblent le virus. Au cours de l‘épidémie actuelle, sept personnes ont pris ce sérum, cinq d’entre elles ont survécu et deux ont malgré tout succombé à l’infection. Mais comme je l’ai dit, nous constatons un taux de survie de 50 % chez les gens qui n’ont pas pris ce traitement. La question de l’efficacité du ZMapp, ou de ces vaccins potentiels en cours de développement reste donc ouverte à la discussion.”