DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Non, la photo de François Hollande au sommet de l’OTAN n’a pas été recadrée


monde

Non, la photo de François Hollande au sommet de l’OTAN n’a pas été recadrée

Depuis vendredi, jour où euronews l’a choisi comme image du jour, la photo de François Hollande regardant dans une autre direction que ses homologues lors du sommet de l’OTAN a fait du chemin.

Elle a dans un premier temps beaucoup fait rire sur les réseaux sociaux. Le contexte alors négatif pour le président français a beaucoup fait pour la popularité de cette photo, au-delà du « Hollande-bashing », un exercice de moqueries et de critiques, plus ou moins sérieuses, à l’encontre du président.
Quelques jours avant, son ex-compagne a sorti un livre très détaillé sur leur vie commune à l’Elysée, un secrétaire d’Etat a été poussé dehors pour défaut de déclaration fiscale et un sondage lui a donné un taux historiquement bas d’opinions favorables. Certains y verront donc une métaphore de ses préoccupations, quand d’autres y verront une image de sa lenteur ou de sa politique qu’ils jugent à contre-temps…

Puis dans un second temps, de nombreuses voix s’élèvent pour dire qu’il s’agit d’un recadrage mal intentionné, une seconde image (edit : truquée), montrant la chancelière allemande Angela Merkel aux côtés de François Hollande regardant dans la même direction que lui.

edit – 11/09/14. Nos confrères de Libération témoignent que cette image de @croisepattes, auteur du site DozoneParody, est un photomontage de deux photos.

Pourtant entre-temps, l’auteur de la photo originale, Ieuan Berry, un tout jeune photographe accrédité par l’OTAN, dément avoir recadré sa photo. Contacté par euronews, il nous a confirmé qu’il n’avait non seulement pas recadré cette photo, mais qu’il ne l’avait pas cadrée ainsi intentionnellement : « Je voulais me focaliser sur Obama et Cameron avec mon objectif 75mm et ne cherchais pas à mettre Hollande dans mon cadre. Il s’est trouvé là, dans le coin. » Il nous a précisé : « je ne savais même pas à quoi ressemblait François Hollande jusqu’à un peu plus tard dans la journée », avant d’ajouter : « je ne cherchais pas à lui nuire. J’aurais beaucoup aimé le rencontrer ».

“Je ne cherchais pas à mettre Hollande dans mon cadre. Il s’est trouvé là.”
Ieuan Berry

Tout est donc dans le cadrage, le timing du déclenchement et la lecture qui en a été faite par le public et non, dans ce cas précis, dans l’intention de l’auteur. C’est d’ailleurs ce qui nous avait amusé, au point de retenir cette image comme photo du jour : le clin d’œil à un contexte hors-champ.

Les spectateurs et commentateurs de cette image ont alors tout à coup semblé redécouvrir un élément inhérent à la notion de cadrage, que ce soit en photo ou en vidéo. Un élément que l’on peut utiliser pour faire « dire ce que l’on veut » aux images.

Pour preuve, l’autre polémique qui a surgi deux jours plus tard lorsque la députée européenne UMP Nadine Morano et le journal Libération ont débattu sur le taux de remplissage d’un amphithéâtre à coup de photos différemment cadrées. Dans les deux cas, la légende accentue le discours porté par la photo.

Un autre exemple de cette question du cadrage, intrinsèquement sans fin, date de février dernier. Sur son compte Twitter, un membre du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l’ONU poste un message, effacé depuis mais toujours visible sur certains sites de presse, avec la photo d’un enfant manifestement seul dans le désert : « des membres de l’ONU ont trouvé Marwan, quatre ans, traversant le désert seul après avoir été séparé de sa famille fuyant la Syrie. »
Un récit nuancé le lendemain par un autre membre du HCR qui explique que l’enfant était certes séparé de sa famille mais pas seul ; il était dans un groupe de réfugiés, photo à l’appui.

Enfin, un autre exemple tragique est cette photo restée célèbre d’un enfant mal nourri surveillé par un vautour. Son auteur, Kevin Carter, gagne un prix Pulitzer en 1994 pour cette photo intitulée « Sound of silence » (le bruit du silence). Il se suicidera la même année.
En 2011, José Maria Luis Arenzana, photographe, raconte à Alberto Rojas, un photojournaliste espagnol décidé à enquêter sur cette photo et à retrouver l’enfant ou ses proches, que ce bébé n’était pas abandonné. « Il était à quelques mètres du centre de soins, près de son père, de personnels médicaux. Le bracelet en plastique interpella aussi Rojas car cela constituait un signe évident de prise en charge du bébé par une organisation humanitaire » écrit Le Monde. Alberto Rojas finit par retrouver le père du bébé qui explique que la présence d’un vautour ne pouvait pas choquer dans le village car ils sont très nombreux dans la région. Encore une question de regard et de discours porté sur l’image et son cadre qui délimite un choix, une narration, qu’elle soit volontaire ou non.
Lire l’article du Monde sur l’histoire de cette photo

Prochain article

monde

Vidéo - Une nouvelle fuite crédible de l'iPhone 6 ?