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Etat islamique, changement climatique, Ebola : Ban Ki-moon nous répond


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Etat islamique, changement climatique, Ebola : Ban Ki-moon nous répond

Une multitude de crises globales : guerre, terrorisme, maladie ou changement climatique, l‘état des lieux inquiète. Les dirigeants mondiaux sont réunis à New-York pour un sommet sur le climat et l’Assemblée générale des Nations unies. Ces questions sont à l’agenda de ces rencontres et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki Moon les évoque avec Isabelle Kumar.

Isabelle Kumar, euronews :

Le monde semble assez effrayant en ce moment. Le maintien de la paix et de la sécurité sont au cœur du mandat de l’ONU, avez-vous le sentiment que les choses s’emballent en ce moment, comme si elles devenaient hors de contrôle?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

L’ONU est à la tête de la lutte contre tous ces défis, y compris, l’organisation Etat islamique, l‘épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Bien sûr, il y a beaucoup d’autres problèmes, au Sud-Soudan, en République centrafricaine, en Libye, en Somalie. Il semble que nous vivons dans un monde de crises multiples, mais quand le monde est uni, nous pouvons gérer ces crises. Il est bon et encourageant de voir de nombreux dirigeants du monde entier assister à l’Assemblée générale de l’ONU. C’est le bon moment, ils doivent démontrer leur leadership. L’unité dans un même but est vraiment importante.

  • Ban Ki-moo exerce depuis juin 2011 son second mandat de secrétaire général à l'ONU, qui s'achèvera fin décembre 2016
  • Le réchauffement climatique est une question clé pour Ban Ki-moon, qu'il qualifie d'"enjeu déterminant pour notre époque".
  • Il est devenu le huitième secrétaire général des Nations unies le 1er janvier 2007, succédant au Ghanéen Koffi Annan.
  • Ban Ki-moon est un diplomate et homme politique sud-coréen
  • Il est né le 13 juin 1944

Isabelle Kumar, euronews :

Nous avons demandé à nos téléspectateurs mais aussi aux internautes de participer à cet entretien. Parmi eux, Dominik Gora vous demande si vous pouvez identifier la plus grande menace à l’heure actuelle.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Cette Assemblée Générale se consacre à trois crises parmi les plus importantes. Tout d’abord, le terrorisme de l’Etat islamique, qui menace l’humanité tout entière. Nous devons l’aborder avec une unité et une solidarité très fortes. Deuxièmement, le changement climatique; c’est une question déterminante pour le monde dans lequel nous vivons. Nous devons contenir la hausse de la température mondiale en dessous de 2 degrés. Si nous n’agissons pas maintenant, nous devrons payer un tribut encore plus lourd.
Enfin, l‘épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest.
Voilà les trois crises les plus critiques, les plus importantes et les plus sérieuses, qui requièrent une action urgente, une mobilisation de ressources massive et une volonté politique, et c’est ce qui nous a rassemblés ici aujourd’hui.

Isabelle Kumar, euronews :

Le président américain Barack Obama a dit qu’il pouvait utiliser l’Assemblée générale de l’ONU pour rallier plus de monde dans la lutte contre le groupe Etat islamique, Il dit qu’il veut “dégrader et détruire” ce groupe. Mais pensez-vous qu’il soit possible de détruire une organisation comme l’Etat islamique?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Nous avons besoin de soutien concerté et sans réserve, et de solidarité pour faire face et lutter contre ce terrorisme, Nous devons donc mobiliser toutes les ressources. J’apprécie le président Obama, les leaders de l’Europe occidentale comme la France et le Royaume-Uni, l’Australie… Tous sont vraiment prêts à engager des moyens, et il y a encore beaucoup d’autres pays . Et si ce n‘était pas le cas, je crains que ce groupe terroriste ne se répande dans le monde entier.

Isabelle Kumar, euronews :

Seriez-vous prêt à négocier, vous le diplomate des diplomates, avec l’Etat islamique?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Nous avons vu la barbarie, le tragique, l’inacceptable, des agissements inqualifiables avec la décapitation ou la brutalité. Et c’est ce que nous devons d’abord vraiment examiner. Nous devons afficher la forte détermination de la communauté internationale : nous ne tolèrerons pas ce groupe terroriste.

Isabelle Kumar, euronews :

La stratégie est si compliquée quand vous êtes confrontés à un groupe comme l’Etat islamique. Vous sentez-vous à l’aise alors qu’une coalition de pays engage des combats militaires en Irak sans l’aval des Nations Unies?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

En principe, les moyens militaires ne sont pas tout.
Si on regarde les quatre années de crise syrienne, cette tragédie a fourni un terreau fertile au terrorisme, qui y a pris racine. C’est une situation très dangereuse et ce que l’on attend des dirigeants mondiaux, quel que soit leur pays, c’est qu’ils soient à l‘écoute de leur peuple. Quels sont leurs défis, leurs doléances, leurs aspirations?

Isabelle Kumar, euronews :

Mais soutenez-vous la campagne de bombardements en Irak, qui est menée par les Etats-Unis et la France?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

J’ai soutenu les opérations militaires en Irak menées à la demande du gouvernement irakien. Bien sûr, nous avons besoin de la solidarité de tous les pays qui ont les moyens et la volonté de remédier à cette situation, car il s’agit d’une menace contre l’humanité.

Isabelle Kumar, euronews :

Et qu’en est-il de la Syrie? Que faire avec la Syrie? La stratégie ici est loin d‘être claire. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères dit : “La Syrie et l’Iran sont nos alliés naturels dans ce combat”. Il marque un point, êtes-vous d’accord avec lui?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Il est encourageant de voir un consensus émerger au sein de la communauté internationale sur le fait qu’il faut explorer toutes les voies pour remédier au terrorisme.

Isabelle Kumar, euronews :

Mais la Syrie et l’Iran devraient-ils être plus impliqués?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Les Etats membres du Conseil de sécurité sont activement engagés dans des consultations, pour discuter des différentes options sur cette question, y compris comment engager une action avec la Syrie.

Isabelle Kumar, euronews :

Mais une résolution serait à peu près impossible au niveau du Conseil de sécurité ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Le Conseil de sécurité, sous la présidence du président Obama, va aborder ces questions de combattants étrangers et de terrorisme. J’espère que le Conseil de sécurité sera vraiment uni et trouvera une bonne solution à ce problème.

Isabelle Kumar, euronews :

Le président syrien Bachar el-Assad peut-il devenir un allié dans ce combat contre le groupe Etat islamique?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

La situation actuelle est une conséquence de la situation syrienne, il ne doit pas l’envisager comme une cause. Il devrait également faire tout ce qu’il peut pour lutter contre le terrorisme.
Ensuite, il y a une coalition de plus en plus large au sein de la communauté internationale.

Isabelle Kumar, euronews :

Pourrait-il faire partie de cette coalition?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Pour le savoir il faut attendre de voir quelles options seront prises.

Isabelle Kumar, euronews :

Les modalités de la guerre semblent se désintégrer, sur le plan moral. Nous assistons à des décapitations, mais nous voyons également que les enfants sont de plus en plus ciblés, non seulement en Irak, mais aussi en Syrie et lors du récent conflit entre Israéliens et Palestiniens où vous avez évoqué “un scandale moral”. Le changement des règles de la guerre, est-ce le visage de la guerre moderne ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

C’est un scandale moral. Nous avons une Déclaration universelle des Droits de l’homme, ce n’est pas comme si nous n‘étions pas dotés de recommandations et de principes.
Ce sont les gens qui ne les respectent pas…. A moins que la communauté internationale ne soit pleinement unie, qu’il y ait un dialogue entre les chefs religieux, les dirigeants politiques et la société civile et qu’il y ait un appel très clair venant de tous les peuples du monde, pour les exhorter à écouter ces appels.

Isabelle Kumar, euronews :

Mais l’idéologie est si puissante… Si nous revenons très brièvement à la Syrie et au groupe Etat islamique, l’idéologie est si puissante que nous voyons des jeunes, en nombre, rallier ce groupe. Ils n’entendent pas ce message. Comment contrez-vous cela?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Je suis préoccupé par ce genre d’idéologie, ou par le fait qu’une certaine croyance dicte la croyance des autres – ce qui est absolument inacceptable. Il se peut que nous ne soyons pas capable d‘éradiquer cela du jour au lendemain, c’est pourquoi nous exigeons que les dirigeants mondiaux exercent leur leadership en prenant davantage en compte les aspirations et les douleurs des peuples et en prévenant tout conflit potentiel. C’est très important, et mon message a toujours été très cohérent et fort : écoutez attentivement la voix du peuple. C’est à partir de là qu’on voit tant de conflits intérieurs se développer.

Isabelle Kumar, euronews :

J’ai brièvement mentionné le conflit israélo-palestinien. Les deux parties semblent plus polarisées que jamais, un accord de paix est possible est-il avant la fin de dans votre mandat en décembre 2016 ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Il est encourageant de constater que ce cessez-le feu est largement soutenu. Mais il reste très fragile. C’est pourquoi nous travaillons très dur en parlant aux dirigeants de toutes les parties. Ils ont identifié les problèmes sous-jacents, les racines fondamentales de ces problèmes. Si on ne traite pas les causes profondes, le cessez le feu ne peut être que temporaire et favoriser un autre épisode de violence.

Isabelle Kumar, euronews :

Cela arrive tous les 2/3 ans…

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

C’est très triste et c’est pourquoi j’ai exhorté les dirigeants des deux parties à discuter et ils ont déjà identifié tous les problèmes. Ce qui importe, c’est jusqu’où vous pouvez être flexible et faire des compromis par rapport à votre vision d’un avenir meilleur.

Isabelle Kumar, euronews :

Etes-vous optimiste à ce sujet?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Eh bien je travaille toujours avec optimisme. En tant que secrétaire général, je dois constamment adresser un message d’espoir et d’optimisme. Bien sûr, nous sommes déterminés à reconstruire Gaza.

Isabelle Kumar, euronews :

La reconstruction n’est pas le vrai problème…

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Si la reconstruction a lieu sans qu’une solution politique n‘émerge et ne serve de fondation, alors c’est inutile, comme nous l’avons vu. En 2009, il y eu une série d’incidents. Nous avons reconstruit, et ça a été re-détruit en 2012, re-détruit et re-détruit. C’est pourquoi je dis que nous ne pouvons pas continuer comme ça, construire-détruire, construire-détruire. Cela devrait être la dernière fois que nous construisons. Nous sommes prêts à construire, mais il doit y avoir une solution politique.

Isabelle Kumar, euronews :

Et cette solution doit venir du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela doit être extrêmement frustrant pour vous de voir que cinq nations peuvent brandir leur veto et l’utiliser dans leur propre intérêt.
Nous avons reçu une question de KaryMa qui dit : “Est-ce que les Nations unies peuvent faire quelque chose face à ces nations de l’ONU qui agitent leur veto ?”

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Bien sûr. Les Nations Unies se sont fortement engagées dans ce domaine.Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry et moi-même, nous avons vraiment essayé d’enrayer cette violence en proposant un cessez-le feu avec certains pays clés comme l’Egypte, et il y a beaucoup de pays qui ont aidé. Tout cela devrait être géré par le dialogue politique.

Isabelle Kumar, euronews :

Mais ça doit être très frustrant ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Bien sûr que c’est très frustrant… Mais c’est aussi encourageant de savoir que les membres du Conseil de sécurité discutent activement de la possibilité d’adapter une résolution au Conseil de sécurité, afin, tout d’abord d’aider à reconstruire Gaza, mais aussi d’apporter des mécanismes de surveillance et de vérification efficaces du cessez-le feu.

Isabelle Kumar, euronews :

Penchons nous rapidement sur la situation en Ukraine avant d‘évoquer le changement climatique. L’Ukraine a un accord de paix provisoire. Êtes-vous satisfait de la situation là-bas?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Je suis rassuré de voir que ce cessez-le feu, basé sur le protocole de Minsk est largement tenu, même si nous avons vu des violences occasionnelles se produire.
Nous avons aussi vu une livraison d’aide humanitaire.
L’ONU, dès le début a voulu aider les dirigeants ukrainien et russe à s’asseoir autour de la table pour discuter. Je suis rassuré de voir qu’ils parlent, se rencontrent et échangent par téléphone et je les ai encouragés en permanence à le faire.

Isabelle Kumar, euronews :

La perte de la Crimée, est-ce le prix de la paix ? Pensez-vous que l’Ukraine va récupérer la Crimée?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

J’ai déjà exprimé assez clairement notre position : l’intégrité territoriale et la souveraineté de nos pays devraient être pleinement respectées, comme le stipule la Charte des Nations Unies. J’exhorte de nouveau les dirigeants de l’Ukraine et de la Russie à se réunir et à discuter avec sincérité, de paix et de sécurité, et pas seulement en Ukraine, mais dans toute la région, ce qui relève d’une autre dimension, car la crise peut affecter la sécurité politique, mais aussi l‘économie mondiale.

Isabelle Kumar, euronews :

Un autre problème qui peut affecter l‘économie mondiale et qui vous tient à coeur, c’est celui du changement climatique. Vous dites que c’est ce qui détermine notre monde d’aujourd’hui. Nous entendons sans cesse qu’il faut agir maintenant, alors je vous pose une question envoyée par Enea Egoli : “pouvons-nous encore inverser le changement climatique” ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Nous pouvons si nous agissons maintenant. Cette réunion au sommet est presque la dernière occasion de s’engager pour les dirigeants mondiaux, les patrons d’entreprise et les responsables de la société civile. D’abord pour maintenir la hausse des températures sous le seuil des deux degrés Celsius et réduire les émissions pour qu’elles correspondent à ce niveau, mais aussi pour mobiliser les marchés et la finance afin de soutenir l’adaptation et la réduction des émissions de nombreux pays en développement qui n’en ont pas la capacité. Tout le monde doit être sur le pont.

Isabelle Kumar, euronews :

Tout le monde devrait être sur le pont… Mettre sur pieds ce sommet est une grande réussite, mais vous devez être déçu que les dirigeants indien chinois et russe restent à l‘écart ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

J’ai discuté de cette question en profondeur avec les dirigeants chinois et indien. En raison d’une incompatibilité d’agendas, ils ne sont pas en mesure d‘être ici en personne. Mais la Chine est représentée par un haut-responsable, qui est le n°3 dans sa hiérarchie politique.

Isabelle Kumar, euronews :

Mais cela n’envoie-t-il pas un mauvais message?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Le Premier ministre indien vient, même si il ne sera pas présent au sommet en soi, il arrive le 27 et il assistera à l’Assemblée générale. Je m’attends à ce qu’il engage le gouvernement indien dans des objectifs plus qu’ambitieux.

Isabelle Kumar, euronews :

Vous devez parfois avoir envie de pleurer parce que ça a été un tel combat pour arriver là où vous êtes aujourd’hui, et il y a encore beaucoup d’obstacles à franchir ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Bien sûr qu’il y a encore tant d’obstacles à franchir. Mais nous avons un temps très limité. Je suis rassuré de voir qu’un maximum de dirigeants, plus de 125, participent au Sommet. Il y a là des Premiers ministres, des chefs d’Etats, des rois, mais aussi plusieurs dizaines de ministres des Finances et de l’Environnement. C’est le plus grand rassemblement qu’on ait jamais vu.
Et puis il y a la marche pour le climat à New York …

Isabelle Kumar, euronews :

Et c’est sans précédent, vous allez vous joindre à cette marche…

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

C’est sans précédent pour un secrétaire général de l’ONU, de rallier une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes, pour faire entendre une voix forte.

Isabelle Kumar, euronews :

Si je vous demandais de résumer votre message, quand vous avez le megaphone en main et que vous êtes dans les rues de New-York ?

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU :

Agir maintenant. Si nous ne le faisons pas maintenant, nous devrons payer plus cher. C’est notre monde et notre planète qui brûlent aujourd’hui. Au nom de la prospérité, nous devons laisser à nos enfants une planète durable écologiquement, socialement et économiquement. Il s’agit de notre monde et du monde des générations futures. Nous aurons une responsabilité morale et politique.

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