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Procès du Carlton : quand des hôtels de luxe proposent des "chambres garnies"

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Procès du Carlton : quand des hôtels de luxe proposent des "chambres garnies"

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Avons-nous eu raison de l’appeler “procès du Carlton” ? Le président du tribunal correctionnel de Lille, dans le nord de la France, s’est posé lui-même la question. La comparution du “groupe des hôteliers”, comme on le surnomme au tribunal, qui a débuté mardi et qui constitue le premier acte du procès, devrait permettre de répondre en partie à cette interrogation. Ce n’est pas tant le nom “Carlton” qui est important, même s’il a été mis plus en avant que celui de l’hôtel “des 2 Tours”, mais comment l’établissement de luxe, qui arbore quatre étoiles, a pu se transformer pendant quelque temps en maison proposant des “chambres garnies” ou “chambres avec oreiller”, noms de code répandus dans le milieu de la prostitution haut de gamme pour désigner des “escort girls”.

Il s’agit également pour les juges de “tirer le fil” de toute l’affaire afin de remonter jusqu‘à Dominique Strauss-Kahn, l’ancien patron du Fonds Monétaire International et ancien ministre de gouvernements socialistes, à certains de ses amis chefs d’entreprise qui, comme lui, ne cachent pas faire partie d’un cercle pratiquant le libertinage, et enfin à plusieurs notables de Lille. Le “groupe des hôteliers” rassemble sur le banc des prévenus René Kojfer, ex-responsable des relations publiques à l’hôtel Carlton mais aussi à l’hôtel des 2 Tours, Francis Henrion, ancien directeur du Carlton, et Hervé Franchois, propriétaire de l‘établissement. C’est René Kojfer, âgé de 74 ans, par qui tout a commencé. Il a d’ailleurs été la première personne mise en examen le 7 octobre 2011.

René Kojfer, à droite sur cette photo :

C’est grâce à des renseignements anonymes, affirme la police judiciaire de Lille, que des enquêteurs se sont mis sur la piste de Kojfer. Soupçonné de faire venir des prostituées dans les chambres de certains clients demandeurs, son téléphone portable est notamment mis sur écoute. Et des noms d’hommes d’affaires, de lieux où sont organisées des parties fines dans le nord de la France ou en Belgique, sortent peu à peu…Dans le lot, celui de DSK ne passe pas inaperçu. L’avocat de l’ancien chef des relations publiques du Carlton plaide “des relations entre adultes consentants” : c’est là-dessus que va justement se jouer le procès, les juges vont devoir trancher, après une analyse purement juridique, pour qualifier les faits de libertinage ou de prostitution. Le président du tribunal a déjà annoncé la couleur en expliquant qu’il ne serait pas “un gardien de la morale”, autrement dit que les pratiques sexuelles des uns ou des autres ne l’intéressaient guère dans ce dossier.

Outre Dominique Strauss-Kahn, il y a du beau monde parmi les 13 autres prévenus : un policier qui n‘était autre que le directeur de la sûreté départementale du Nord, un avocat et des patrons d’entreprises. L’un d’entre eux, Fabrice Paszkowski, spécialisé dans le matériel médical, est apparemment le contact privilégié de DSK quand ce dernier a envie de “s’amuser” dans le nord de la France. L’enquête a permis d’accumuler des milliers de textos, échangés entre les deux hommes qui se connaissaient depuis au moins 2006. Là encore, s’agissait-il de soirées libertines ou de “proxénétisme aggravé”, principal chef d’accusation dans ce procès ? En tout cas, les différents interlocuteurs utilisaient des mots codés comme “valises” ou même “marchandises” pour parler des prostituées invitées. Et certaines d’entre elles, au cours de l’instruction, ont utilisé les mots “abattage” ou “carnage“pour définir le genre de rencontres qui étaient organisées, loin, très loin du libertinage…