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France : des gestes médicaux sans consentement sur des patients endormis ?


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France : des gestes médicaux sans consentement sur des patients endormis ?

Des documents tirés du site de l’université de médecine Lyon Sud font grand bruit dans la sphère médicale et médiatique française. Dans un but pédagogique, des touchers vaginaux et rectaux seraient parfois pratiqués par les étudiants sur des patients sous anesthésie générale sans leur consentement préalable. Béatrice Kammerer, auteure du site Les vendredis intellos, est l’une des premières à avoir fait remonter ces informations.

Déjà signalées par le blog « Sous la blouse » en 2011, aucune preuve ne démontrait l’existence de ces pratiques de formation. Mais le 28 janvier 2015, un tweet de @KarimIBZT, pharmacien en industrie et spécialisé en droit de la santé, renvoie vers un document de la rubrique formation de l’université de médecine Lyon Sud. Ce dernier indique que “l’examen clinique de l’utérus et des annexes par le toucher vaginal et le palper abdominale” peut se faire “en apprentissage au bloc sur patientes endormies.”

“Ce n’est pas la pratique majoritaire, bien heureusement, mais ces documents prouvent qu’elle a eu lieu à un moment ou un autre. Il font douter du fait qu’elle ait totalement disparu à l’heure actuelle” précise Béatrice Kammerer.

“Les médecins disent que ces pratiques n’ont plus lieu depuis 30 ans. Mais il y a 30 ans, il n’y avait pas internet.”

La réaction du corps médical et de l’université de médecine Lyon Sud est quasi instantanée. Gênée par la visibilité de ces documents, elle les retire du site et dément dans la foulée.

“Les médecins disent que ces pratiques n’ont plus lieu depuis 30 ans. Mais il y a 30 ans, il n’y avait pas internet. Comment les documents ont-ils donc pu être mis en ligne en 2010 ?” Pour Béatrice Kammerer, la défense vive des universités et des médecins sur ces questions s’oppose aussi aux témoignages d’étudiants en médecine.

“Le culte du secret que l’on trouve parfois dans le monde médical n’est pas favorable aux patients, ni même à leur propre pratique. Ce ne sont plus des pratiques acceptables. La question du consentement doit systématiquement être posée. Et je pense d’ailleurs que la majorité des patientes accepteront de contribuer à la formation des futurs médecins, à condition qu’on leur demande leur avis”, ajoute-t-elle.

Une tribune pour interpeller la classe politique

Béatrice Kammerer a publié, ce vendredi, une tribune sur son site à l’attention de Marisol Touraine, Ministre de la Santé et Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle y précise sa démarche :
“En 2006, la faculté de Nantes a fait mener une enquête sur l’éthique de ses pratiques de formation. Nous voudrions que toutes les universités fassent ce genre d’enquête, et plus particulièrement en acceptant des spécialistes non-médecins sur les questions d’éthique. Avec les réactions que certaines universités ont eu, il est difficile de penser qu’elles soient prête à le faire.”

Dès le lendemain de la publication de cette tribune, Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée du Droit des Femmes, s’indigne aussi de ces pratiques (qui ne concernent pas que les femmes) et souhaite que la classe politique française se penche sur cette question.

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