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Fernando Botero à cœur ouvert

C’est le plus célèbre des artistes colombiens vivants. Peintre, sculpteur, au fil des ans, il est devenu une véritable icône pop connue dans le

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Fernando Botero à cœur ouvert

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C’est le plus célèbre des artistes colombiens vivants. Peintre, sculpteur, au fil des ans, il est devenu une véritable icône pop connue dans le monde entier. Ses personnages aux formes voluptueuses ont marqué à jamais l’histoire de l’art contemporain et s’arrachent à prix d’or. Euronews a rencontré Fernando Botero à Spoleto. Jusqu’au 20 septembre, la ville italienne lui consacre une exposition, l’occasion de découvrir 48 sculptures en plâtre provenant de la collection personnelle de l’artiste.

Point of view

"Quand j'ai commencé à percer en tant qu'artiste, impossible de trouver une galerie, personne ne regardait mes tableaux, il fallait que ce soient des toiles abstraites"

Alberto de Filippis, euronews :
“Fernando Botero, merci d‘être avec nous.”

Fernando Botero :
“C’est un plaisir.”

Alberto de Filippis, euronews :
“On connaît vos bronzes. Pourquoi avoir choisi de mettre en lumière vos oeuvres en plâtre à Spoleto ?”

botero expo courtesy Ansa

Fernando Botero :
“Tout d’abord parce qu’organiser une exposition de mes sculptures en bronze est très compliqué, car beaucoup d’entre elles appartiennent à des collectionneurs privés ou publics. Et puis, quand il réalise une sculpture, l’artiste conserve toujours une épreuve en plâtre, qui correspond à l’original de l‘œuvre. J’en possède toute une collection dans mon atelier de Pietrasanta, ici, en Italie et puis j’ai eu cette opportunité d’en présenter une cinquantaine à Spoleto. J‘étais ravi de l’invitation du Festival de Spoleto et de disposer d’un si bel espace d’exposition, c’est un rendez-vous prestigieux.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Comment naît l’inspiration dans votre peinture ?”

Fernando Botero :
“C’est difficile à dire. J’ai commencé à faire des œuvres en m’intéressant de près au volume, intuitivement. Ces formes pleines me donnaient beaucoup de satisfaction. Et puis, je me suis plongé dans l’histoire de l’art, j’ai voyagé en Italie et je me suis intéressé à la peinture italienne du ‘Quattrocento’ (XVe siècle) et du ‘Trecento’ (XIVe siècle), Giotto, Masaccio, Piero della Francesca, Paolo Uccello, et tant d’autres artistes. Cela m’a aidé à rationaliser l’importance du volume en peinture. Mon œuvre s’inspire de nombreuses choses : l’art étrusque, l’art précolombien, des arts populaires. C’est un mélange, un grand cocktail qui se passe dans l’esprit d’un artiste. Mais après quand le public contemple l‘œuvre, un seul nom lui vient : celui de Botero. C’est un Botero, inutile de réfléchir. C’est une œuvre qui m’appartient. Mais évidemment, si l’on cherche bien, on retrouve mille influences.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Vous avez déclaré : ‘je ne peins pas des femmes grosses’. D’où vous vient cet intérêt pour le volume ?”

botero ballerine courtesy Chaussons Verts

Fernando Botero :
“En fait, le volume permet d’exprimer une certaine forme de sensualité, de plasticité. L’introduction du volume fut la cause ou, disons, la révolution la plus importante qu’ait connu l’art. À savoir cette illusion de créer, sur une surface plane, l’idée d’espace, l’idée de l’existence de choses en volume. C’est ce que j’ai fait, et ce fut une révolution extraordinaire. Mais au-delà de ça, c’est aussi une question de sensualité des formes qui produit une stimulation particulière quand on regarde un tableau. En tout cas, c’est comme cela que je le ressens, c’est ma façon de penser et de réfléchir sur l’art. Le volume, en tant qu‘élément plastique et sensuel, continue de me paraître extrêmement important en peinture.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Peindre est un plaisir. Mais je me souviens du tableau que vous avez dédié à votre fils décédé. Un enfant sur un cheval et cette tristesse que l’on pouvait lire dans le regard de l’animal. Ce doit être très dur parfois de se dévoiler aux autres à travers une peinture ?”

botero pedro horse courtesy Panoramio

Fernando Botero :
“Le tableau auquel vous faites référence est très important pour moi. Je le considère peut-être même comme le tableau le plus important de toute ma vie. C’est le portrait de mon fils Pedrito qui est mort dans un accident de voiture. C’est la première toile que j’ai peinte après ce terrible accident : j’ai mis tout ce que mon âme et mon cœur exprimaient dans ce tableau. Donc oui, c’est un tableau qui en dit long sur moi et sur mes pensées et sur la peinture. Ce tableau se trouve dans le département d’Antioquia, à Medellín.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Trouver son propre style doit être plutôt bouleversant, car il n’y a pas pire juge que soi-même. Où avez-vous puiser le courage de vous y risquer ?”

Fernando Botero :
“J’ai commencé à faire ce que je fais : de la peinture figurative, qui donne de l’importance au thème, à la forme, etc., à un moment où tout le monde peignait des choses abstraites. Quand j’ai commencé à percer en tant qu’artiste, impossible de trouver une galerie, personne ne regardait mes tableaux, il fallait que ce soient des toiles abstraites, c‘était la grande mode du moment. Donc, ça a été très difficile. Mais, par chance, je me suis accroché à mes convictions selon lesquelles la peinture, d’une certaine manière, doit être comme celle que je peins. Et j’ai eu le succès que l’on sait. Parce que je suis resté fidèle à mes idées.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Vous n‘êtes pas indifférent à ce qui se passe dans le monde. Avez-vous fait de la politique à travers votre œuvre ?”

botero Abou Ghraib courtesy Berkeley Edu

Fernando Botero :
“J’ai abordé des sujets politiques. J’ai réalisé une série sur la violence en Colombie, une série sur la torture dans la prison irakienne d’Abou Ghraib. J’ai souvent évoqué les dictateurs, les juntes militaires à l‘époque où ils étaient légion en Amérique latine. Je m’intéresse à la politique comme tout le monde. Je m’informe de tout ce qui se passe, je suis ému par beaucoup des événements actuels. La question de l’immigration des pays pauvres vers l’Europe est dramatique aujourd’hui. J’ai les mêmes centres d’intérêt que le reste des gens. Parfois, je m’exprime à travers la peinture pour dire des choses sur un sujet.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Vous avez passé une grande partie de votre vie en dehors de votre pays d’origine. Quelle relation avez-vous avec la Colombie ?”

Ferndando Botero :
“Ma relation avec ce pays est excellente. J’y ai une maison et je passe au moins un mois par an en Colombie. J’ai 2 musées : celui de Bogotà à qui j’ai fait une donation et celui de Medellín que j’ai moi-même créé. Ce musée possède 200 de mes œuvres, c’est moi qui ai inventé son nom et j’ai réussi à ce que le gouvernement trouve un lieu d’implantation extraordinaire. C’est un peu comme ma création. Ces musées sont deux des grandes sources de satisfaction que j’ai eues dans ma vie, pouvoir faire cela pour mon pays.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Actuellement, la guérilla des Farc et le gouvernement colombien travaillent à un cessez-le-feu. Quelle est votre position sur ces négociations ?”

Fernando Botero :
“Je suis optimiste et j’espère qu’un accord de paix sera signé. Ce sera un grand soulagement pour le pays. Si on y parvient, le pays pourra se développer en sécurité très rapidement. Je suis admiratif de ce que fait le président (colombien), ce qui est loin d‘être le cas de tout le monde. Beaucoup de gens s’opposent au processus de paix, mais je crois que c’est formidable.”

Alberto de Filippis, euronews :
“Fernando Botero, merci !”

Fernando Botero :
“Merci, merci.”