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Quel sera l'impact du scandale Volkswagen sur le secteur automobile ?


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Quel sera l'impact du scandale Volkswagen sur le secteur automobile ?

L’heure n’est plus au show mais à la gestion de crise chez Volkswagen. Le constructeur allemand tente de limiter l’impact de sa tricherie pour conserver la confiance des consommateurs, avides de savoir de quoi sont vraiment faits ses moteurs diesel.

11 millions de véhicules concernés

Le numéro un mondial de l’automobile estime que 11 millions de voitures sont concernées par cette affaire et prévoit une réserve de 6,5 milliards d’euros pour essayer de faire face.

A la pompe, les propriétaires de voitures de la marque se sentent trahis, ébranlés eux aussi par la révélation de la supercherie et par ses conséquences sanitaires.

“Je suis consternée que ce genre de choses soit possible. Je suis vraiment embarrassée de conduire une Volkswagen diesel et je ne sais même pas si j’ai le droit de rouler ne serait-ce qu’un kilomètre supplémentaire”, réagit Ute Jalas, dans la région de Cologne.

Les tests anti-pollution remis en cause

Le scandale Volkswagen est un séisme dont les répliques se font déjà sentir, notamment au niveau des fameux tests anti-pollution. Leur fiabilité est remise en cause car le niveau d‘émissions relevé lors des tests serait inférieur à celui généré par un moteur en condition de conduite réelle.

Des émissions d’oxydes d’azote pouvant être jusqu‘à cinq fois supérieures aux relevés test

Ce serait particulièrement vrai pour les Nox, la famille des oxydes d’azote, responsables de problèmes respiratoires et de maladies cardiovasculaires.

D’après l’ONG qui a contribué à révéler la supercherie (International Council on Clean Transportation), les émissions de ces NOx seraient jusqu‘à cinq fois supérieures sur route.

Les enjeux en terme de santé publique sont donc considérables puisqu’un véhicule sur deux en Europe est équipé d’un moteur diesel.

Le secteur automobile : 14% du PIB en Allemagne

En Allemagne, on craint une réaction en chaîne car l’industrie automobile représente 14 % du PIB.

En 2014, Volkswagen a vendu 9,5 millions de véhicules dans le monde.
Les exportations de voitures et de pièces détachées ont rapporté plus de 200 milliards d’euros à l’Allemagne.

Le constructeur automobile très proche des autorités publiques

De quoi faire trembler les autorités politiques, particulièrement en Basse-Saxe où Volkswagen a son siège.

Les relations entre le constructeur automobile et le gouvernement du Land sont très importantes.

Le Land de Basse-Saxe détient en effet 20% des actions du groupe.

Le ministre-président et le ministre des finances siègent ainsi au conseil de surveillance du constructeur automobile.

Une onde de choc

Pour faire le point sur cette crise – qui ne fait que commencer – euronews a interrogé Pascal Pennec, rédacteur en chef adjoint d’Auto Plus, magazine français consacré à l’automobile.

Fabien Farge, euronews :
“Volkswagen, symbole de la qualité et de la fiabilité est désormais montré du doigt pour avoir triché. Son PDG, Martin Winterkorn, a dû renoncer à son poste, signe de l’ampleur de la crise”.

Pascal Pennec, rédacteur en chef adjoint d’Auto Plus :
Un séisme pareil, c’est absolument incroyable. Dans l’histoire automobile, c’est quand même assez rare que des affaires prennent une telle ampleur. Il faut dire que là, c’est un problème de triche et la triche a été reconnue. Donc, là, forcément, le PDG est quasiment obligé de sauter, c’est la régle.

Fabien Farge, euronews :
“Est-ce vraiment un cas isolé de triche ou peut-on s’attendre à d’autres révélations pour d’autres constructeurs ? Car les enjeux sont énormes”.

Pascal Pennec, Auto Plus :
Les enjeux sont évidemment considérables, surtout en Europe où le diesel occupe des ventes très importantes, notamment en France où on est à plus de 60% des ventes. Toute l’ampleur de l’affaire évidemment pour l’instant concerne les Etats-Unis dans le sens où il semblerait logique qu’il n’y ait que là-bas qu’ils aient eu besoin de tricher dans la mesure où satisfaire les normes environnementales américaines est beaucoup plus compliqué qu’en Europe. Ce qui semblerait supposer qu’en Europe on n’ait pas eu besoin de tricher, semble t-il, mais évidemment des enquêtes ont été lancées un peu partout et on verra ce qu’il en est. Par contre, la suspicion maintenant se porte aussi sur les autres constructeurs qui vendent des diesels aux Etats-Unis, notamment BMW et Mercedes.

Fabien Farge, euronews :
“Fleuron de l’industrie automobile allemande, avec son célèbre slogan “Das Auto”, Volkswagen voit son image sérieusement atteinte. Selon vous, c’est toute l’industrie automobile allemande qui est danger ?”

Pascal Pennec, Auto Plus :
Il n’y a pas que l’industrie allemande qui est en danger. On peut considérer que tous les constructeurs qui vendent des diesels aujourd’hui sont sous le coup de cette menace. Alors, est-ce que ça va être des mesures de rétorsion au niveau des états, au niveau des consommateurs ? En tous cas, le doute est là. On se demande si tout le monde triche ou ne triche pas. Encore une fois, ça semble peu plausible pour l’Europe, puisque passer les normes environnementales, c’est quand même pas si compliqué que ça. Par contre, pour les prochaines étapes de normes environnementales, ça va être beaucoup plus compliqué. Donc là, est-ce que les constructeurs automobiles vont réussir à passer ces normes à des coûts raisonnables ou pas ? Il va falloir ajouter tellement de dispositifs anti-pollution que cela coûtera trop cher.

Fabien Farge, euronews :
“Il y a un vrai problème de confiance aujourd’hui? Le consommateur peut encore avoir confiance ?”

Pascal Pennec, Auto Plus :
Le consommateur, vous savez, s’il s’agissait d’un problème de sécurité, il serait vraiment en colère et se méfierait. Mais, en ce qui concerne la pollution finalement, bon, ça concerne les autres. Il y a une forme d‘égoïsme de l’automobiliste qui veut que, bon, si on peut ne pas polluer, tant mieux. Mais si on pollue, c’est la fatalité. C’est pas de sa faute, c’est la faute du constructeur. Donc, cela ne devrait pas avoir des conséquences terribles, sauf si effectivement on découvrait qu’il y a une supercherie générale, que toutes les voitures ne peuvent plus rouler mais enfin ça, c’est de la science-fiction.

Fabien Farge, euronews :
“D’un point vue plus technique. Les moteurs diesel sont de nouveau sur la sellette avec ce scandale. N’est-ce pas le moment de laisser la place aux moteurs électriques ?”

Pascal Pennec, Auto Plus :
Le jour où une voiture électrique sera capable d’afficher les mêmes performances qu’une voiture diesel, on en reparlera, mais pour le moment c’est le jour et la nuit. Imaginez qu’en faisant le plein, avec ça, vous faites 1000 kilomètres. C’est un coût incroyablement bas alors qu’une voiture électrique cela coûte encore cher, l’autonomie est très faible. On ne peut pas comparer. Par contre, le diesel utilisé pour rouler sur autoroute et sur route c’est irremplaçable. On ne peut échapper au diesel pour l’instant, on n’a pas les solutions techniques suffisantes aujourd’hui.

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