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Compétences et emploi : comment faire coïncider les deux ?


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Compétences et emploi : comment faire coïncider les deux ?

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La population européenne est vieillissante. Les jeunes sont de moins en moins nombreux, d’où un vivier d’actifs qui se réduit et qui doit travailler en étant productif bien sûr pour supporter le poids d’une forte proportion de personnes âgées.

Commençons par faire un état des lieux en mettant en parallèle les emplois et les compétences : dans l’Union européenne, 23 millions de personnes sont au chômage. Près de la moitié des employeurs affirment qu’ils ne trouvent pas de demandeurs d’emploi avec les qualifications requises. Deux millions d’emplois ne sont ainsi pas pourvus.

Pour les 40% des actifs européens qui sont peu qualifiés en informatique – compétences qui deviennent de plus en plus indispensables – et les 14% qui ne le sont pas du tout, des offres d’emploi leur échappent. Or en 2020, 90% des emplois en Europe nécessiteront d’avoir ces connaissances. On estime que 825.000 postes seront vacants pour cette raison.

Par ailleurs, en 2025, la majorité des emplois exigera un niveau élevé de qualifications. Le niveau de qualifications intermédiaire s’annonce lui aussi riche en opportunités d’emploi.

Quant aux 5 millions d’Européens actuels qui ont quitté l‘école prématurément, 40% d’entre eux sont aujourd’hui en recherche d’emploi. En 2025, ils s’exposeront à un chômage de longue durée car peu d’emplois leur seront accessibles.

Parlons à présent des efforts pour aider les chômeurs de longue durée à retrouver un emploi : ces dernières années, avec la crise, plus de 12 millions d’Européens ont été au chômage pendant plus d’un an. Ce sont majoritairement des hommes dont certains hautement qualifiés. Des projets visent à les aider dont ceux financés par le Fonds social européen et le Fonds européen de développement régional. Mais en la matière, il faut mêler aide publique et initiatives privées. C’est ce que nous avons constaté en Irlande et en France.

Dans le canton de Dublin, nous rencontrons Ronan Cunningham qui est resté deux ans sans emploi. Ce diplômé en droit a travaillé plusieurs années avant de créer son entreprise, mais celle-ci n’a pas survécu à la crise. “A l‘époque, je ne savais vraiment pas quoi faire parce que j‘étais dans le flou total, raconte Ronan Cunningham, j’avais acquis un peu d’expérience dans un petit cabinet juridique, mais je n‘étais pas totalement formé. J’ai entendu parler de l’“Innovation Academy”, ajoute-t-il, je me suis intéressé à cette formation, j’ai postulé et heureusement, j’ai été reçu.”

Irlande : un tremplin vers l’emploi pour les chômeurs

Ronan Cunningham a suivi des cours dans cette “Academy” pendant six mois dans le cadre de “Springboard” – tremplin en français -, une initiative publique qui depuis 2011, a permis de faire acquérir à quelque 30.000 personnes, des compétences intéressantes sur le marché de l’emploi. Grâce à cette formation, Ronan a lui lancé sa société de promotion du footgolf, un nouveau sport en Irlande. “J’ai réussi à trouver un terrain de golf et ensuite, tout l’enjeu consistait à ouvrir le plus vite possible,” souligne Ronan Cunningham, aujourd’hui propriétaire de Footee Ireland et président fondateur de l’Association irlandaise de Footgolf.

Mais pour permettre à un grand nombre de demandeurs d’emploi de revenir dans le jeu, les initiatives privées sont aussi les bienvenues. Ainsi, parfois, des entreprises s’offrent les services de consultants pour reclasser leurs cadres au sein de leurs effectifs ou leur faire accéder à un autre emploi. Nous rencontrons l’un de ses professionnels dans le quartier de la Défense à Paris. Evelyne Catherineau, manager des équipes Transition de carrières au sein de Right Management, les accompagne : “De plus en plus de personnes doivent passer par une formation pour retrouver un emploi parce que le monde du travail change, les métiers changent, indique-t-elle, donc ils doivent absolument être à jour de leurs compétences. On voit actuellement plus de besoins en mobilité interne de la part des entreprises, ajoute-t-elle, parce qu’elles ont le souhait de motiver leurs collaborateurs à rester en leur sein plutôt que de les en faire sortir.”

Ce genre d’initiatives permet aussi à ceux qui risquent de perdre l’emploi de se réorienter sur des postes où ils peuvent faire progresser leur carrière. D’après les dernières études, les opportunités d’emploi en Europe se trouvent majoritairement dans les professions libérales, puis dans les services. Ces postes se trouvent plutôt en Allemagne, au Royaume-Uni et en France qu’en Irlande par exemple. Dans ce pays où le taux de chômage atteint 10%, le parcours de Ronan est en tout cas, un exemple réussi de requalification. “Depuis le lancement de notre activité, indique-t-il, j’ai embauché cinq personnes et puis je gagne bien ma vie pour ma part, j’espère pouvoir recruter du monde dans les années qui viennent.”

Pour avoir une vision européenne de cette question, nous avons interwievé Marianne Thyssen, Commissaire européenne pour l’emploi, les affaires sociales et les compétences.

“Les cursus de formation et le parcours des travailleurs doivent se correspondre”

Maithreyi Seetharaman, euronews :
“Quelle est la situation réelle en Europe ? Est-ce qu’on manque de compétences ? Ou est-ce dû au fait que le marché du travail a totalement changé ?”

Marianne Thyssen :
“Il y a un peu de tout cela. On constate que plus de deux millions de postes sont vacants et c’est en grande partie dû à un manque de compétences. On ne peut pas faire de généralités à l‘échelle de toute l’Union européenne, on ne peut pas avoir une approche uniforme. Par exemple, dans la région de Toulouse où se trouve un bassin d’emplois dédié à l’aérospatial, on a besoin de compétences différentes de celles demandées à Londres où le secteur de la finance est prépondérant.
Ce qui est important, c’est que les cursus de formation et le parcours des travailleurs se correspondent pour bien voir ce dont on aura besoin à l’avenir. Les deux chemins peuvent se rejoindre plutôt que de rester séparés.”

euronews : “S’ils doivent se rejoindre, des réformes structurelles sont nécessaires dans de nombreux pays. Est-ce réalisable ?”

Marianne Thyssen :
“Nous demandons aux Etats membres de se doter d’un système de protection sociale qui soit moderne. Ils doivent protéger et soutenir les demandeurs d’emploi, mais aussi leur donner des opportunités d’emploi et aider les chômeurs de longue durée.

On agit de manière concrète par le biais de propositions adressées aux Etats membres en leur disant : “D’abord, faites une évaluation individuelle de toutes ces personnes et examinez quel est leur potentiel, quelles sont les difficultés, quels sont les obstacles à surmonter pour qu’elles reviennent sur le marché du travail. Est-ce un problème de compétences ou d’une autre nature ?”

Ensuite, on proposera d‘établir une sorte de contrat : d’un côté, les instances publiques doivent apporter toute une série d’aides ; de l’autre, les demandeurs d’emploi doivent s’engager à suivre ce parcours.

Ce qui est très important, c’est que les chômeurs de longue durée soient bien repérés en tant que tels pour qu’avec le temps, ils ne perdent pas leur motivation à suivre une formation, etc.”

Un restaurant réputé et social en Cornouailles

Parlons maintenant des efforts pour soutenir la formation professionnelle. La Garantie pour la jeunesse et plus globalement, l’Initiative pour l’emploi des jeunes dotée de six milliards d’euros s’efforcent de combler le fossé entre compétences et emploi. Mais ces programmes et ces apprentissages aident-ils vraiment les jeunes à se lancer dans une carrière sur le long terme ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus dans un restaurant un peu particulier au Royaume-Uni.

Une pincée de sel, une bonne dose d’efforts, ajoutez-y des formateurs bien préparés et des stagiaires très motivés et vous obtenez Fifteen. Installé dans la région des Cornouailles, Fifteen Cornwall est un restaurant réputé et une entreprise sociale. Chaque année, de jeunes chômeurs défavorisés de 16 à 24 ans s’y forment au métier de chef. “Sur les cent apprentis qui ont participé à notre programme, indique Karl Jones, chef de la formation et du développement, 80% exercent encore en tant que chefs. Même ceux qui n’ont pas fini leur formation avec nous continuent sur cette voie, poursuit-il, beaucoup travaillent dans des restaurants et des hôtels.”

Inspiré par le célèbre chef Jamie Oliver, Fifteen Cornwall est un programme connu au plan international que l’Union européenne aimerait voir reproduit car aujourd’hui, tous les apprentissages ne sont pas aussi qualitatifs.

Grâce à Fifteen, de nombreux jeunes ont pu trouver leur voie comme Jack qui de stagiaire, est passé formateur. “La formation professionnelle, explique Jack Bristow, diplômé et chef junior, c’est beaucoup plus facile pour quelqu’un comme moi, je ne brillais pas vraiment à l‘école, j’ai été au lycée, puis j’allais me lancer dans des études, mais l’approche universitaire, ce n‘était pas pour moi. Cette formation a été un tremplin qui m’a fait gagner plusieurs années de carrière,” conclut-il.

Le projet a vu le jour grâce au soutien financier du Fonds social européen et du Fonds européen de développement régional. Depuis 2006, il a reçu deux millions et demi d’euros auxquels s’ajoute un financement national. Ces dispositifs européens viennent compléter l’Initiative pour l’emploi des jeunes lancée pour favoriser l’accès à l’emploi des moins de 25 ans dans les régions où le taux de chômage les concernant dépassait 25% en 2012.

Aujourd’hui, le taux de chômage des jeunes européens est plus de deux fois supérieur au taux général. 11% des 18-24 ans ont abandonné l‘école prématurèment. C’est pourquoi l’Europe accélère le développement de programmes d’apprentissage et de stage de grande qualité pour les faire correspondre aux demandes des employeurs et doter les jeunes des compétences qu’il leur faut à long terme.

Les projets comme Fifteen sont bénéfiques pour les jeunes qui y participent, mais ils stimulent aussi l’activité locale. Le restaurant par exemple s’approvisionne auprès de producteurs de la région.

Reprenons notre discussion avec la Commissaire Marianne Thyssen.

euronews :
“La question de l’inadéquation des jeunes par rapport au marché du travail a-t-elle changé depuis le début de la crise ?”

Marianne Thyssen :
“On voit encore les conséquences de la crise : il n’y a pas assez d’emplois, beaucoup d’emplois ont été détruits. Quand on regarde cette question de l’inadéquation des jeunes avec les demandes des employeurs, ce qu’on constate, c’est que comme il n’y a pas assez d’emplois et que les exigences sont souvent élevées de la part des employeurs, de nombreuses personnes quand elles ne trouvent pas l’emploi de leur vie acceptent des emplois moins qualifiés et c’est là que se situe le problème, en particulier pour les jeunes parce qu’en raison de la crise, ils n’ont aucune chance d’acquérir une expérience professionnelle. C’est pour cette raison que nous sommes si désireux de promouvoir le système de l’apprentissage parce que cela donne aux jeunes, la chance d’avoir la première expérience dont ils ont besoin.”

“Cette première phase de précarité doit mener à une meilleure opportunité d’emploi”

euronews :
“La qualité de la formation est importante parce que parfois, les jeunes passent d’une place d’apprentissage à une autre sans jamais trouver de véritable emploi.”

Marianne Thyssen :
“Il faut qu’on fasse attention à cela. Quand on voit que des jeunes sont cantonnés à des contrats précaires, de courte durée, qu’ils n’ont accès qu‘à cela, contrat après contrat, ce n’est pas une bonne chose. Il faut accepter cette première phase de précarité, mais elle doit mener à un moment donné à une meilleure opportunité d’emploi.

Donc, faites attention, il ne faut pas accepter qu’un marché du travail se divise entre d’un côté, les jeunes dans la précarité et de l’autre, les plus âgés dans des situations privilégiées. Ce que prévoit notre stratégie pour de nouvelles compétences, c’est que nous allons regarder quelles sont celles qui devraient être requises à l’avenir. Et ce constat sera fait au niveau régional pour bien voir les disparités. Deuxièmement, on veut avoir un meilleur système de reconnaissance des qualifications.”

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