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Décryptage du "printemps roumain"

Sophie Desjardin a interviewé Luca Niculescu, rédacteur en chef de RFI Roumanie et de Digi24, pour évoquer la démission du Premier ministre Victor Ponta, ce "printemps roumain" qui secoue le pays.

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Décryptage du "printemps roumain"

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Des dizaines de milliers de personnes descendant dans la rue, du jamais vu depuis la chute du communisme. C’est le gouvernement qui est hué, après le tragique accident dans une boîte de nuit de Bucarest.

Point of view

Cette tragédie a été le symbole d'un engrenage d'incompétences et de corruption

Un nouveau Premier ministre par intérim est nommé, c’est le ministre de l’Education.

Il remplace Victor Ponta, qui cette fois accepte de s’en aller, après avoir résisté longtemps. En 2012, Victor Ponta refusait de démissionner après des accusations de plagiat avérées. En juin dernier, le Parlement avait refusé de lever l’immunité du Premier ministre accusé de corruption.

La rue aura eu raison de Ponta. La rue en a eu assez de la corruption. Mais il aura fallu ce drame, vendredi, l’incendie d’un discothèque qui n’avait pas les autorisations nécessaires pour recevoir du public, il a fait 32 morts et près de 200 blessés.

Entretien avec Luca Niculescu

Sophie Desjardin a interviewé Luca Niculescu, rédacteur en chef de RFI Roumanie et de Digi24, pour évoquer la démission du Premier ministre Victor Ponta, ce “printemps roumain” qui secoue le pays.

“On peut lire un peu partout dans la presse ce matin “le drame de la discothèque a fait chuter le gouvernement roumain”, mais ce n’est pas ça qui l’a fait chuter n’est-ce-pas ?”

Luca Niculescu :
“Non, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase si vous voulez, la tension s‘était accumulée depuis longtemps, il y avait un mécontentement général suite à plusieurs affaires qui s‘étaient passé dernièrement. Ce qui s’est passé avec la boîte de nuit vendredi soir, cette tragédie a été aussi le symbole d’un engrenage d’incompétences et de corruption au niveau local et central qui ont révolté les gens de Bucarest.”

“Pourquoi maintenant ? Quelque chose a changé dans la société ?”

Luca Niculescu :
“Ecoutez, c’est une génération nouvelle si on peut dire, les gens qui ont entre 25 et 35 ans, ce sont eux qui sont descendus dans la rue. Ce sont des gens qui représentent l’or gris (matière grise) de la Roumaine. Ce sont des gens actifs qui ont un emploi et qui ne veulent pas quitter la Roumanie, qui veulent se créer un destin ici, contrairement à d’autres générations qui ont préféré partir, quitter la Roumaine, parce que la Roumanie a perdu 4 millions de personnes ces 10-12 dernières années. Donc ces gens veulent créer une société en Roumanie et ils sont en train de se battre pour elle.”

“Il y a quelques mois lors de ses démêlés judiciaires, Victor Ponta avait refusé de démissionner, il disait alors “la démocratie ne s’exerce pas dans la rue”. Hier, il a déclaré : “j’espère que la démission du gouvernement va satisfaire les gens qui étaient dans la rue”. Que s’est-il passé en cinq mois à peine ?”

Luca Niculescu :
“C’est-à-dire qu’il y a beaucoup plus de gens qui sont descendus dans la rue avant-hier. Il faut dire qu’il n’ y avait pas eu autant de monde dans les rues de Bucarest depuis 1990 tout de suite après la chute du régime communiste. Il y avait 40 000 personnes hier à Bucarest, il y en avait 40 000 dans d’autres villes aussi. Peut-être que pour un pays comme la France, ce n’est pas beaucoup, mais pour la Roumanie c’est vraiment très important, c’est un chiffre important parce que les Roumains ne descendent pas souvent dans la rue. Donc face à ce tsunami, face à cette lame de fond représentée par les manifestations, il est parti.”

__Que peut faire le président, sorte d’ovni politique élu l’an dernier à la surprise générale sur la base d’un programme anti-corruption. Quelles sont ses options maintenant ?”_

Luca Niculescu :
“Ecoutez, le président a une mission très délicate. D’un côté, il doit garder le contact direct avec les gens qui protestent dans la rue. De l’autre, il ne doit pas trop s‘éloigner de la classe politique parce que le Premier ministre qu’il va nommer sera aussi approuvé par un parlement qui est dominé par cette classe politique que les gens dans la rue sont en train de rejeter en bloc, donc le président doit respecter une sorte d‘équilibre très fragile, et c’est la première fois qu’il est face à ce défi, on va voir comment il va se débrouiller.”

“Il y aura des élections. Rappelons qu’en 2012, les sociaux-démocrates du PSD avait obtenu 58 % des voix. Derrière, le centre droit était à 16 %, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’alternative à cette classe politique dont le peuple ne veut plus ?”

Luca Niculescu :
“Pour l’instant, on peut dire que non parce que ce sont les mêmes grands partis qui dominent le paysage politique, mais il y a des pas qui ont été faits, des lois qui ont été changées. Par exemple, depuis quelques mois à peine, on peut créer un parti politique en Roumanie avec trois membres seulement, avec trois personnes alors que l’année dernière encore, il fallait 20 000 membres. Donc, vu l’ampleur de la contestation, il est possible que celle-là débouche sur une énergie aussi politique et qu’on ait de plus en plus de partis politiques qui vont être créés et qu’on verra peut-être l‘émergence de nouveaux leaders.”