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Enseignants, il faut se motiver !

Qu’est-ce qui fait un bon enseignant ? Son talent ? Sa motivation ? Aux Etats-Unis et en Inde, nous découvrons deux projets qui poussent les

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Enseignants, il faut se motiver !

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Qu’est-ce qui fait un bon enseignant ? Son talent ? Sa motivation ? Aux Etats-Unis et en Inde, nous découvrons deux projets qui poussent les professeurs à continuer de se former et à améliorer leurs méthodes.

Washington : le professeur devient facilitateur et coach

Dans le quartier d’Edgewood à Washington, les familles de tous revenus se cotoyent et se retrouvent dans un lieu inédit : The Inspired Teaching Demonstration School ou littéralement, Ecole d’application d’enseignement inspiré. Une “inspiration” qui prend la forme de méthodes d’apprentissage toutes particulières : ici, l’enseignant est formé pour jouer un rôle de facilitateur et de coach. Il soutient l‘élève dans son apprentissage et l’encourage à tirer le maximum de son potentiel.

“Pour nous, les enfants viennent à l‘école avec des talents et une curiosité naturelle et c’est ce qui motive nos décisions, souligne la directrice de l‘établissement, Deborah Dantzler William, et voici les questions auxquelles soes équipes s’attachent à répondre : “Qu’y a-t-il de mieux pour eux ? Comment leur montrer qu’ils sont respectés ? Comment les inciter à faire entendre leur voix et s’assurer quelle est la plus importante dans la classe ?” dit-elle.

Dans chaque classe, les enfants sont en petits groupes encadrés par plusieurs enseignants qui les voient comme de futurs adultes et des citoyens responsables. L’idée, c’est de créer un environnement de confiance et de respect qui incite à mieux travailler. Ici parfois, les professeurs s’assoient par terre aux côtés des élèves pour qu’ils discutent en étant à la même hauteur.

“Dans l’enseignement classique aux Etats-Unis, on a cette vision avec des enseignants qui écrivent des informations au tableau et des élèves qui recopient bêtement, indique Jessica Hiltabidel, administratrice du programme. Notre objectif, poursuit-elle, c’est que le professeur incite à la pensée ; bien sûr, il sait davantage de choses que les élèves, il connaît le programme, les normes, mais c’est de sa responsabilité de poser les bonnes questions, d’impliquer les enfants dans un enseignement fondé sur l’investigation : ce qui leur permet de faire leurs propres connections et de mieux comprendre les choses,” insiste-t-elle.

Comprendre, c’est bien le maître-mot de cette méthode d’enseignement. Le professeur met ses élèves au défi de réfléchir sur leur travail et l‘école met les enseignants au défi de repenser leur pratique. Cette auto-évaluation implique d’examiner et de réexaminer le processus d’apprentissage, les contenus et les approches. Une démarche qui concerne en premier lieu, le professeur. “Je pense que cette école d’application me donne vraiment l’opportunité de penser autrement et d’enseigner à mes élèves de la meilleure manière qui soit par rapport à leurs besoins, estime Jon Berg, enseignant en premier cycle de primaire. Quand les enfants sentent qu’on s’intéresse à eux, qu’ils sont égaux et que ce qu’ils pensent compte, alors on crée l’atmopshère de sécurité qu’il leur faut pour qu’ils prennent des risques et fassent des erreurs.”

Faire des erreurs, c’est humain. Les enseignants ont été formés à transmettre ce message qui incite les enfants à se montrer audacieux. Les élèves sont davantage familiarisés avec les contenus et les comprennent mieux. “On les laisse vraiment s’impliquer dans tout ce qu’on leur enseigne et penser par eux-mêmes, souligne Jay Banks, nseignante en premier cycle de primaire, par exemple, ils peuvent aller d’une idée à l’autre comme ils veulent, ils sollicitent leur imagination et leur capacité d’investigation en pensant à tous les aspects de la leçon : c’est vraiment important, ça rend l‘école plus amusante,” lance-t-elle.

Dans cette école, on veut faire en sorte que les enfants atteignent le meilleur niveau sans les faire renoncer à leur curiosité intellectuelle et à leur passion pour apprendre.

Inde : des enseignants “créateurs de changement”

Plus de 300 millions d’enfants dans les pays en développement sont scolarisés, mais n’apprennent pas grand-chose.Une crise éducative dont la responsabilité incombe pour une large part, à des enseignants confrontés à un problème de formation, de moyens et de motivation. En Inde, par exemple, chaque jour, un sur quatre est absent. Rashmi Mishra, enseignante indienne, prend elle son métier très à coeur au point d’avoir engagé une grosse dépense. “Je me suis achetée un ordinateur portable pour mon enseignement comme je suis vraiment motivée, raconte-t-elle. Je l’amène en classe tous les jours et cela a un effet positif sur les enfants, je me demande si je n’aurais pas dû l’amener plus tôt,” lance-t-elle.

Rashmi Mishra participe au programme “Enseignants créateurs de changement” mené par STIR Education. Cette fondation repère des professeurs qui innovent, leur propose de se former au contact d’autres, puis les soutient dans l’application de leurs innovations en classe. “Tout le monde dénigre les enseignants : on les considère souvent comme le problème et non comme la solution, indique le président et fondateur de STIR Education, Kumar Jeevan. On veut changer cette image et leur donner confiance pour qu’ils progressent et qu’ils transforment leur profession,” ajoute-t-il.

Rashmi Mishra renchérit : “STIR nous a donné une plate-forme pour nous motiver, explique-t-elle, lors de grandes cérémonies, ils remettent des certificats aux professeurs qui excellent. Du coup, conclut-elle, ces enseignants sont motivés pour exceller et les autres aussi.”

Au total, 12.000 professeurs font partie du réseau mis en place par STIR. Ce qui permet d’avoir un impact sur les conditions d’apprentissage d’un demi-million d’enfants dans plusieurs Etats de l’Inde, mais aussi en Ouganda.

Ici au niveau local, une trentaine d’enseignants échangent régulièrement sur leur pratique et sur les difficultés qu’ils rencontrent en classe. “La première fois que je suis arrivée dans cette école, explique Vandana Gupta,enseignante assistante, les élèves étaient atones, ils écrivaient ce qui était marqué au tableau, ils rêvaient et ne faisaient pas attention à ce que je leur enseignais ; à cette époque, je me sentais vraiment mal. Quand le programme STIR a commencé, indique-t-elle, j’ai adopté de nouvelles méthodes comme faire s’exprimer les enfants à partir d’images : ils commencent par dire des mots, puis des phrases. Je ne reçois rien de plus pour appliquer ces méthodes, je le fais parce que j’aime ce que je fais,” précise l’enseignante.

Du côté des élèves, on salue le changement de démarche : “J’ai eu beaucoup de professeurs différents et parfois, je ne comprends pas le cours rapidement, dit Meher, élève de huitime niveau. Quand c’est Mme Vandana qui enseigne, poursuit-elle, on comprend tout très rapidement.” Alisha sa camarade, précise : “Elle nous donne du matériel pour créer des choses et elle nous dit comment faire, on apprend et puis, on les fait à la maison,” déclare-t-elle.

Le programme “Enseignants créateurs de changement” est mené auprès de chaque professeur, sur trois ans. Un laps de temps nécessaire pour former à ce que la fondation appelle la micro-innovation et l’appliquer en classe. “Les enseignants sont les moteurs du progrès du système éducatif, affirme Sharath Kumar Jeevan, de STIR Education. “Ils sont de véritables acteurs du changement et si on peut rendre leur mentalité positive pour qu’ils aient le sentiment qu’ils peuvent faire la différence, alors un changement énorme est possible,” assure-t-il.

STIR travaille en partenariat avec les gouvernements. L’Etat de l’Uttar Pradesh a par exemple, intégré les méthodes de la fondation à la formation de ses enseignants.