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Allemagne : la haine des migrants se banalise en Saxe, région de l'est


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Allemagne : la haine des migrants se banalise en Saxe, région de l'est

“Quelque chose ne va pas en Saxe !”, c’est la secrétaire d’Etat chargée de l’intégration au sein de la “grande coalition” allemande (conservateurs de la CDU plus sociaux-démocrates du SPD), Aydan Özoguz, qui le dit. “Ceux qui applaudissent pendant que des maisons brûlent, ceux qui effraient les réfugiés se comportent de façon atroce et répugnante”, renchérit le ministre de la Justice, Heiko Maas. A juste titre, les actes de violence à l’encontre des migrants syriens et irakiens qui se multiplient dans l’Etat régional de Saxe, peuvent sérieusement inquiéter les partis traditionnels, de droite comme de gauche, qui gouvernent ensemble à Berlin. D’autant plus que dans cette région de l’ancienne Allemagne de l’est, la xénophobie ambiante est parfaitement assumée par les militants du parti populiste AfD et du mouvement anti-islam Pegida.

Le dernier incident grave, qui a fait déborder le vase de “la honte” (terme employé par des quotidiens et des responsables politiques allemands ce lundi), s’est déroulé ce week-end à Bautzen, près de Dresde. Un ancien hôtel de la ville, qui était aménagé pour servir de foyer à environ 300 réfugiés demandeurs d’asile, est parti en fumée à la suite d’un incendie dont l’origine semble criminelle, d’après les premiers constats faits par la police : des traces de produits permettant d’aviver les flammes ont été décelées. Il n’y a pas eu de victime mais la scène à laquelle ont assisté les secours et les policiers à leur arrivée sur les lieux a de quoi faire frémir et réfléchir les Allemands, et d’ailleurs les autres européens. Plusieurs dizaines de personnes sont venues voir le départ du feu en manifestant une joie “non équivoque”, selon la propre expression de la police. Au moins trois des spectateurs ont essayé de gêner les pompiers, mais une fois les perturbateurs évacués, l’intervention a eu lieu (voir la vidéo ci-dessous).

Deux jours plus tôt, jeudi soir dernier, cette fois à Clausnitz, toujours dans le land de Saxe, un autre événement notable avait démontré l’hostilité des habitants envers les migrants qui fuient leurs pays en guerre. Une centaine de personnes, rassemblées devant un centre d’accueil, avaient tenté d’empêcher l’arrivée d’un bus avec 24 réfugiés à bord. “Dehors !”, “Rentrez chez vous !”, l’agression allait durer une heure avant que les forces de l’ordre n’interviennent…d’une manière un peu trop musclée, non pas contre les manifestants mais contre certains réfugiés, notamment un adolescent, comme l’a montré plus tard une vidéo filmée au moment des faits. L’ambiguïté de la police à Clausnitz continue d‘être critiquée dans le pays.

“Après la honte de Clausnitz et Bautzen, se demande le quotidien berlinois B.Z., pourquoi toujours la Saxe ?”


Il ne s’agit pas ici d’amplifier ces deux derniers débordements xénophobes. Malheureusement, les statistiques officielles sont imparables : en 2015, les agressions violentes menées par des mouvements populistes et d’extrême droite contre des réfugiés ont atteint le millier en Allemagne, soit deux fois plus qu’en 2014. Cette année-là (on ne dispose pas encore des chiffres de 2015 pour chaque région), un bon nombre avaient eu lieu dans l’est du pays. Et en 2016, depuis à peine deux mois, 231 attaques racistes ont déjà été recensées par des ONG allemandes, 47 ont été menées dans la seule région de Saxe. Comme par hasard, c’est à Dresde, la capitale régionale, qu’est né fin 2014 le mouvement ouvertement islamophobe Pegida (si l’on traduit : “Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident”). C’est aussi en Saxe que le parti populiste AfD (“Alternative pour l’Allemagne”), et le parti néo-nazi NPD font leurs meilleurs scores aux élections locales.

Le scrutin régional se rapproche à grande vitesse dans le land de Saxe, c’est pour mars ! L’AfD, dopé par la crise des migrants, n’arrête pas de monter dans les sondages, 17% des voix selon le tout dernier. La chancelière allemande, Angela Merkel, qui a qualifié ce qui s’est passé à Bautzen de “profondément honteux”, a sans doute un peu de souci à se faire…

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