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Subventions, dons, prêts : l'éducation à tout prix

Dans les pays en développement ou au sein de familles qui ont peu de moyens, il est souvent très difficile d’avoir accès à une éducation de qualité

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Subventions, dons, prêts : l'éducation à tout prix

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Dans les pays en développement ou au sein de familles qui ont peu de moyens, il est souvent très difficile d’avoir accès à une éducation de qualité pour un coût abordable. Dans cette édition, nous examinons deux solutions au Rwanda et au Brésil, un pays où se pose encore plus qu’ailleurs, une question cruciale : est-ce aux étudiants de supporter les coûts ?

L’Unesco estime que 26 milliards de dollars sont nécessaires pour fournir à tous, une éducation de base dans les pays à faible revenu. Où trouver cette somme colossale ? Et comment la dépenser ? Une organisation met en oeuvre un modèle novateur. Elle travaille notamment au Rwanda.

Rwanda : des dons pour le gouvernement

Au Rwanda, près de 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Dans le district de Burera dans le nord du pays, Jean De Dieux Mwumvirangoma, fermier aimerait donner un meilleur avenir à ses cinq enfants. “La raison pour laquelle on les envoit à l‘école, dit-il, c’est qu’on veut les préparer à gérer leur vie future, je veux qu’ils aillent à l‘école pour être capables de bâtir un meilleur Rwanda.”

L’un de ses fils est scolarisé en dernière année de primaire au sein de l‘école publique Jean de la Mennais qui compte 1250 inscrits âgés de 3 à 18 ans. L’Etat rwandais a largement accru son budget dédié à l’enseignement depuis dix ans, considérant qu’une éducation de qualité pouvait permettre de résoudre une partie des problèmes du pays.

Mais l’aide de donateurs comme Le Partenariat mondial pour l‘éducation reste nécessaire. “Le gouvernement rwandais est extrêmement impliqué dans le développement de son système éducatif, explique Dhar Subrata qui travaille pour cette organisation. Il s’est doté d’un plan stratégique dédié à ce secteur qui est global et axé sur les résultats,” précise-t-il.

De 2007 à 2014, le Rwanda a reçu 175 millions de dollars du Partenariat mondial pour l‘éducation. Et d’autres allocations sont en cours de versement.

L’an dernier, l’organisation a lancé un nouveau modèle de financement : pour prétendre à une aide, les gouvernements et leurs partenaires doivent d’abord préparer un programme spécifique de réformes éducatives. Si la demande est acceptée, seul 70% du financement est versé d’emblée, le reste le sera en fonction des progrès réalisés. “Premier élément : bien sûr, évaluer les résultats scolaires ; deuxième élément : se concentrer sur les données – des données détaillées et de qualité – pour qu’on puisse être informé de ce qui se passe sur le terrain, souligne Papias Musafiri, ministre rwandais de l‘éducation. Le nouveau modèle de financement, poursuit-il, donne aussi la priorité à l’enseignement en maternelle parce qu’on pense qu’en préparant les enfants tôt, ils sauront mieux lire et compter.”

Au Rwanda, le reste de l’aide servira à encourager cet enseignement précoce. Et cela passe par la formation d’enseignants de classes maternelles. Un métier que sont en train d’apprendre des étudiants dans un centre à Kirambo. Nous rencontrons l’une d’entre elles, Claudine Nishimwe : “Les professeurs nous aident à savoir comment on peut se préparer à enseigner aux enfants en maternelle, indique-t-elle avant d’ajouter : On a aussi d’autres cours sur l‘éducation précoce dans des matières comme la psychologie, les mathématiques, les études sociales, le français, l’anglais, etc.”

La mobilisation est là, mais il faudra d’autres efforts et d’autres financements pour que tous les enfants rwandais aient accès à un enseignement en maternelle.

Brésil : des prêts étudiants privés complètent l’offre publique en la matière

S’endetter pour financer ses études est une décision qui ne se prend pas à la légère. Au Brésil où les universités publiques sont sélectives et les études dans le privé coûtent cher, le prêt est-il la solution ? Voyons comment une étudiante s’en sort.

La journée s’annonce chargée pour Camila Brandao Macedo, 26 ans, en cinquième année de faculté de droit. Le jour, elle est en stage ; le soir, elle se rend en cours. Ses parents n’ayant pas les moyens de financer ses études, elle y parvient grâce à un prêt étudiant. Sa mère la soutient dans sa démarche. “Ce prêt, c’est une bonne chose parce qu’elle devait faire des pieds et des mains pour obtenir une bourse, insiste Celia Regina Brandao Macedo. Elle a entendu parler de ce type de prêt, c‘était beaucoup plus simple et les intérêts étaient assez faibles, c’est très positif parce qu‘à l‘époque, on ne pouvait pas l’aider,” reconnaît-elle.

Il y a quelques années, alors qu’elle travaillait dans le tourisme, la jeune femme a choisi de changer de carrière dans le but de devenir avocate. Et elle ne manque pas de volonté avec son stage la journée et ses cours du soir de 19h à 23h, même si le rythme est soutenu. “Mon emploi du temps au quotidien est épuisant, avoue Camila. Je me lève tôt pour aller travailler ; après, je vais à l’Université et en plus, je dois lire beaucoup et étudier beaucoup, donc c’est très fatiguant,” confirme-t-elle.

Au Brésil, les études coûtent cher et l’Etat a réduit son budget destiné aux bourses en raison de la crise économique. De plus en plus d‘étudiants n’ont donc pas d’autre choix que de se tourner vers les sociétés spécialisées dans les prêts étudiants. Camila fait partie des quelque 50.000 souscripteurs du prêt PRAVALER proposé par une même entreprise. Elle perçoit près de 80 euros par mois pour couvrir la moitié du tarif des cours qu’elle suit au sein d’“Estacio”:http://cursos.estacio.br/?estado=RJ&FormaIngresso=V&gclid=CjwKEAjw1f6vBRC7tLqO_aih5WISJAAE0CYwsDQ_K8Cw26txu-Jva6eqpOg98C0KNxrK2uu8VpzASBoC0uHw_wcB. “Je ne pourrais pas suivre ces cours sans ce prêt, leur prix total serait beaucoup trop élevé pour moi, estime la jeune femme.

Pour sa professeure de droit, Terezinha Fernandes de Oliveira, les prêts jouent sur la motivation des étudiants qui les contractent. “Ceux qui touchent ce financement comme Pravaler sont plus motivés parce que pour eux, c’est une nécessité et ils ont la volonté d‘être responsables et de rembourser les cours qu’ils suivent,” assure-t-elle.

Ce jour-là, Camila rencontre le PDG d’ Ideal Invest, la société où elle a souscrit son prêt. C’est un système où les étudiants trouvent leur compte, assure Carlos Furlan, car ils ont la possibilité de payer la moitié du tarif de leurs études après l’obtention du diplôme.

Pour lui, l’offre de prêt privée est indispensable aux côtés des prêts que propose le ministère brésilien de l‘éducation. “Il y a deux systèmes de prêts étudiants – privé et public -, déclare-t-il. En particulier au Brésil, de nombreux étudiants ont besoin d’un soutien financier pour pouvoir aller à l’université et si on n’avait pas les deux systèmes, on ne serait pas capable de satisfaire tous ceux qui veulent faire des études, mais sont limités financièrement,” affirme-t-il.“Dans les prêts publics, renchérit Camila, il y a beaucoup plus de bureaucratie et c’est plus lent que le système privé.”

Pour attirer de nouveaux élèves, certains établissements prennent parfois à leur charge, les intérêts de ces prêts privés étudiants.