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Tchernobyl n'a pas dissuadé l'Ukraine de recourir au nucléaire

Zaporijia est l’une des quatre centrales nucléaires ukrainiennes en activité. Elle est formée de six réacteurs, chacun d’une capacité installée de

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Tchernobyl n'a pas dissuadé l'Ukraine de recourir au nucléaire

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Zaporijia est l’une des quatre centrales nucléaires ukrainiennes en activité. Elle est formée de six réacteurs, chacun d’une capacité installée de 1000 MW. La centrale a été construite sous l‘ère soviétique, comme Tchernobyl.

Le responsable de l’installation, Oleh Dudar, est arrivé en 1986, l’année de la catastrophe. “Ce qui est arrivé à Tchernobyl ne peut pas se produire ici, assure-t-il. Car nous avons un autre type de réacteur et
aussi parce qu’il y a une enceinte de confinement. Celle-ci empêcherait des substances radioactives de s‘échapper en cas de problème. Tandis que Tchernobyl ne disposait que d’un renforcement de la structure, qui s’est avérée incapable d‘éviter les rejets radioactifs
dans l’atmosphère.”

Les enceintes de confinement, des dômes coiffant chaque réacteur, sont présumées pouvoir supporter la chute d’un avion et un tremblement de terre de degré 7 sur l‘échelle de Richter. Voilà qui peut expliquer pourquoi, lorsque le conflit entre la Russie et l’Ukraine a éclaté dans l’est du pays, à seulement 300 km, il n’y a pas eu de panique chez les travailleurs de la centrale, en confiance.

Une confiance en l’installation telle que la direction de la centrale a décidé d‘étendre la durée de vie de deux des réacteurs. D’au moins dix ans. “Il est bien plus économique de moderniser et d’allonger la durée de vie d’un réacteur que d’en construire un nouveau, précise un ingénieur de la centrale, Serhiy Hurin. On le met aux nouvelles normes,
son équipement est remplacé et l’exploitation peut alors se poursuivre plus longtemps que le terme initialement prévu.”

Cette mise à niveau est soutenue financièrement par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et par
le programme nucléaire de l’Union européenne (UE), Euratom. Mais les écologistes émettent, eux, des doutes sur la qualité de la rénovation des réacteurs. Ils se demandent si elle respecte effectivement les meilleures normes de sûreté, comme le prétend le gouvernement.

“L‘énergie nucléaire ne peut pas vraiment être sécurisée en raison des risques technologiques que cette industrie porte, soutient un membre du Centre national de l‘écologie, Oleksiy Pasyuk. Et si la centrale fonctionne au-delà de sa durée de vie prévue, cela veut dire qu’une partie de son équipement sera détériorée car on ne peut pas remplacer tous les éléments. Cela accroît donc le risque d’accident.”

Il doute également de la sécurité de l’installation en cas de conflit militaire. “A l‘époque des études sur les conséquences d’un crash aérien, on avait une certaine perception des dégâts que pourrait causer un appareil, poursuit-il. Mais depuis, le monde a changé et il y a maintenant des Boeing qui effectuent des liaisons intercontinentales.
Enfin, il y a 15 ans, on n’avait pas envisagé le risque de conflit militaire. Maintenant, c’est une réalité.”

Tchernobyl, trente ans après, reste une menace pour l’Europe. La communauté internationale apporte sa contribution financière à la réalisation d’une infrastructure géante, véritable arche de confinement,
consistant à recouvrir, donc à isoler, le réacteur numéro 4, source de contamination. Mais pour de nombreux Ukrainiens, rien ne pourra jamais effacer les cicatrices de la catastrophe du 26 avril 1986.