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Du street art comme thérapie à Paris, six mois après les attentats

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Du street art comme thérapie à Paris, six mois après les attentats

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La terrasse du café Le Carillon est pleine, malgré la pluie. Les clients attablés fument et boivent un café, protégé par un large auvent.

Des mères, dont les enfants sont scolarisés dans une école du quartier, ont pris l’habitude de se retrouver ici. Parmi le petit groupe, il y a Diana Kami, une créatrice de bijoux qui vit à quelques mètres du café.

Il y a six mois, l’histoire était tout autre. Alors qu’un terroriste surgissait dans le café et vidait le chargeur de son arme automatique sur les clients présents ce soir-là, Diana était à la maison, en sécurité. En fait, n’ayant pas la télévision, elle n‘était pas au courant du drame qui se jouait si près de chez elle. Jusqu‘à ce que son frère ne lui passe un coup de fil pour savoir si elle allait bien. Et lorsque les sirènes des pompiers, des policiers se sont faites de plus en plus présentes, peu à peu, Diana a commencé à réaliser que ce n‘était pas un vendredi soir comme les autres dans ce quartier si animé de la capitale française.

Le lendemain matin, de la sciure avait été jetée sur le sol du square en face du Carillon pour cacher le sang des victimes et de nombreuses personnes, en pleurs, se succédaient pour déposer des fleurs. Et lorsque sa petite fille de huit ans lui a demandé ce qu’il s‘était passé, elle lui a répondu “qu’un film avait été tourné”. Elle n‘était pas capable de trouver un moyen de lui expliquer la vérité. Tout semblait si irréel.

Le lundi, après avoir déposé sa fille à l‘école, Diana a commençé à peindre le mur de la rue Alibert, pas loin de chez elle. Juste comme ça, spontanément, sans réfléchir. Elle n’avait plus peint depuis des années. Et depuis ce lundi-là, elle a peint, des semaines et des mois.

Avec d’autres habitants du quartier, elle a organisé une opération de financement participatif, sobrement intitulé “Dessine-moi un bouquet”, pour financer le matériel dont elle avait besoin pour peindre. Point question d’argent ici. Les personnes qui se sont impliquées dans le projet l’ont fait avec la même envie. Rapidement, des projets, tels que le “Mur de l’Amour – Love Wall” porté par les enfants de l‘école du quartier et des artistes de rues, se sont greffés à l’initiative lancée par Diana.

Depuis Diana coordonne ces élans, elle milite pour des images positives. Elle a une prédilection pour les arbres, dont elle peint les racines qui s’enfoncent avec force dans le trottoir. Ces racines sont parfois accompagnées de petits textes, comme celui que l’une de ses amis a écrit en arabe. Autre symbole positif, les nombreuses fleurs dessinées par des enfants. La vieille devise de Paris, ressurgie après les attentats de Paris, “Fluctuat nec mergitur”, a également trouvé sa place sur les murs. Diana, par sa démarche, aide et permet à ce quartier multiculturel proche du canal Saint-Martin de surmonter angoisses et peurs liées à ce funeste soir de novembre. Un autre message a trouvé sa place parmi ce patchwork comme ailleurs dans la capitale : “L’amour court les rues”… Comme un signe de défiance à cette atmosphère un peu lourde qui plane encore sur Paris.

A quelque centaine de mètres de là, c’est une autre ambiance qui règne sur la place de République. C’est ici que depuis la fin du mois de mars, le mouvement “Nuit debout” a pris son essor. Jeunes et moins jeunes se retrouvent en ce lieu emblématique de la capitale française pour lutter contre la réforme de la loi travail et refaire le monde dans une ambiance bon enfant. Mais parfois quelques débordements violents émaillent ce rassemblement et vitrines de banques et de magasins éclatent. Alors la police antiémeute intervient et à grands renforts de gaz de lacrymogène fait évacuer la place, encore et encore.

Pendant ce temps-là, Diana, elle, a débuté une nouvelle peinture sur un mur encore vierge. Elle échange avec les passants qui s’arrêtent pour l’encourager dans sa démarche. L’enquête sur les attentats de novembre ne l’intéresse pas. Peu lui importe de comprendre : la faute à qui, quelles responsabilités,… Et, souligne Diana, en savoir plus ne change pas grand chose de toute façon.

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