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Brexit ? Le rêve du Kremlin

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Brexit ? Le rêve du Kremlin

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Leur dernière rencontre bilatérale date de 2014. David Cameron et Vladimir Poutine ne sont pas très proches. Ni en terme d’idées, ni en terme d’intérêts. Le Premier ministre britannique est souvent vu par Moscou comme l’allié le plus proche de Washington au sein de l’Union européenne, et de fait très éloigné idéologiquement des intérêts et positions russes.

Si la plupart des leaders européens et de nombreux non-européens se sont exprimés sur le Brexit et majoritairement prononcés en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union, la position officielle russe, c’est précisément l’absence de position. Aucune déclaration officielle n’a été faite sur le sujet.

En revanche, tout le monde, à commencer par David Cameron, pensent savoir ce que Vladimir Poutine pense du Brexit.

Voici ce qu’il déclarait, en février 2016, devant la chambre des communes :

Parmi tous les dirigeants et politiciens que j’ai pu rencontrer à travers le monde, parmi nos amis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Amérique, personne ne veut que l’on quitte l’Union européenne. La seule personne qui pourrait vouloir qu’on quitte l’Union européenne, selon moi, c’est Vladimir Poutine.

Il faut se poser la question en ces termes : qui serait heureux de nous voir partir ? Vladimir Poutine le serait sans doute.

Quels seraient les intérêts ou non de la Russie à un Brexit ? Beaucoup d’analyses sont faites autour de ce thème. Quel serait le type de relations que Vladimir Poutine souhaiterait développer avec les leaders européens à l’avenir ? Les questions restent entières.


“Le Brexit, un appel d’air pour Moscou”


Notre journaliste russe Natalia Marshalkovich a posé ces questions à Alexander Baunov, expert au Carnegie Center de Moscou.

Quels sont les attentes russes concernant le référendum britannique ? Récemment, David Cameron déclarait qu’un Brexit rendrait Vladimir Poutine heureux.

Alexander Baunov :

En effet, si vous regardez les talk-show à la télévision russe ou si vous écoutez ce que disent les médias russes, ils saluent tous le Brexit pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la plus évidente. La diplomatie russe, la politique étrangère russe, a deux reproches à faire à l’Union européenne.
Petit un, elle est trop dépendante des Etats-Unis. Poutine et le ministre russe des Affaires étrangères pensent que les décisions les plus importantes de Bruxelles sont influencées par Washington. Petit deux, au sein de l’Union, il y a une disproportion dans la place laissée aux petits partenaires de l’Europe de l’Est.

Et nous devons nous rappeler que le Royaume-Uni est vu comme le pays le plus pro-américain au sein de l’Union et aussi comme le plus enclin à écouter les craintes et les opinions des Européens de l’Est, des pays baltes en particulier. Par conséquent, le Brexit, du point de vue du Kremlin, créerait un appel d’air qui ferait de l’Union européenne un partenaire plus accessible sans le Royaume-Uni. C’est la première grande raison.

La seconde raison, c’est qu’on peut y voir une sorte de vengeance psychologique des politiciens russes. Le désir de rejoindre l’Union européenne est devenu, pour les anciens pays satellites de l’URSS et pour les anciennes républiques soviétiques, une sorte d’objectif national, menée par leur rejet de la Russie et le rejet de leur passé commun au sein de l’ancien bloc soviétique, au sein de l’ex-URSS ou de la Russie elle-même.

Evidemment, lorsque un pays membre aussi important, à la culture européenne aussi importante que la Grande-Bretagne quittent l’Union européenne, cela amoindrit le prestige de cette Union, son autorité, son aura, si vous voulez.

Et, en conséquence, cela amoindrit l’autorité, le prestige et l’attraction de cette grande idée nationale qui éloigne les pays d’Europe de l’Est de la Russie.

Bien, supposons que le Brexit se produise, que les Britanniques votent pour le retrait de l’Union européenne le 23 juin. La Russie devra construire une sorte de relation avec ce nouveau Royaume-Uni. A quoi ressemblerait-elle ?

Alexander Baunov :

A proprement parler, c’est exactement ce dont rêve la diplomatie russe, d‘établir des relations bilatérales avec chaque grand Etat européen, séparément.

Le Kremlin et les diplomates russes aspirent à une situation qui rappelle le 19e siècle ou peut-être le tout début du 20e lorsque l’Europe était le théâtre d’alliances et de coalitions puissantes, où des puissances égales pouvaient conclure des accords, se soutenir, ou a contrario, contenir l’autre.

Et, en ce sens, une Grande-Bretagne séparée du reste de l’Union européenne, c’est une étape vers ce passé européen qui, je pense, peut être considérée comme l’avenir rêvé pour les diplomates russes.”

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