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Brésil : la police abat un enfant de dix ans

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Brésil : la police abat un enfant de dix ans

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Italo Ferreira fuyait la police dans une voiture qu’il venait de voler à São Paulo : la balle d’un policier, tirée dans sa tête, a interrompu sa course folle. Il n’avait que dix ans.
Le 2 juin dernier, avec un ami de 11 ans, l’enfant avait sauté par dessus le mur d’une résidence du quartier aisé de Morumbi et volé une Daihatsu, avec laquelle les deux compères avaient parcouru… 300 mètres. La balle a atteint Italo Ferreira dans la tête, près de l’œil gauche, selon les experts.

Le policier plaide la légitime défense, affirmant qu’Italo aurait ouvert la fenêtre et lui aurait tiré dessus. Pourtant, les premières expertises, ainsi que la reconstitution menée dimanche 19 juin, ont montré qu’aucun tir n‘était parti de l’intérieur du véhicule. L’enfant avait des traces de poudre sur les deux mains mais un gant qu’il portait n’en n’avait pas : les experts affirment que la scène du crime a été modifiée. En outre, aucune marque des trois balles qu’aurait tirées Italo, selon la police, n’a été trouvée.
L’ami d’Italo avait d’abord témoigné en faveur de la version policière, avant de se rétracter, déclarant que les agents l’avaient menacé. L’enfant, âgé de 11 ans, est resté cinq heures seul avec eux lors de sa déclaration, une pratique illicite. Face à ces nombreux doutes et soupçons d’irrégularités, l’inspection de la police de São Paulo elle-même a ouvert une enquête.

“Pour nous, il n’est pas crédible qu’un enfant de dix ans puisse conduire alors qu’on lui tire dessus, qu’il se serve d’une arme, ouvre la fenêtre pour tirer, puis la referme”, a déclaré à l’AFP le défenseur des droits de São Paulo, Julio Fernandes Neves, ajoutant “Il avait volé la voiture, oui. Mais, même s’il avait tiré, il ne fallait pas le tuer, simplement l’arrêter”. L’avocat en charge du dossier, Ariel de Castro Alves, membre du Conseil des droits de l’homme de São Paulo, va plus loin, avançant que selon lui “tout indique que les policiers ont exécuté l’enfant”.

Italo Ferreira, enfant noir et pauvre, avait déjà été retrouvé abandonné, pieds nus et affamé, selon les registres de la police. A dix ans, il accumulait vols et cambriolages mais “jamais avec violence”, précise Ariel de Castro Alves.

Son cas est semblable à celui de milliers d’enfants pauvres de ce pays de 204 millions d’habitants avec d‘énormes inégalités sociales et où la violence urbaine est endémique. L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International affirmait récemment que les “graves bavures” policières au Brésil touchent principalement les jeunes noirs des favelas et restent le plus souvent impunies.
Selon l’ONG Foro Brasileiro de sécurité publique, les polices des Etats de São Paulo, Rio de Janeiro et Bahia sont celles qui tuent le plus dans leurs opérations contre le crime. Selon le dernier annuaire de Foro, les forces brésiliennes de sécurité ont été responsables en 2014 d’au moins 5,3% des 58 559 homicides commis cette année-là.

Avec AFP

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