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Turquie : les enfants syriens, forçats de la survie

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Turquie : les enfants syriens, forçats de la survie

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La Turquie est le “premier pays vers lequel se sont tournés les Syriens”: http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/migrants/20160208.OBS4195/cartes-turquie-liban-europe-ou-vont-les-refugies-syriens.html , obligés de fuir la guerre. Le pays, qui accueille plus de 90 % des ces réfugiés, en compte plus de 2,7 millions sur l’ensemble de son territoire. Mais sur place, les enfants sont souvent obligés de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. La Turquie est l’un des principaux exportateurs de vêtements vers l’Europe, et de nombreuses usines tirent profit de ce filon juteux.

Dans ce reportage signé Ahmed Deeb, Euronews suit le quotidien de plusieurs de ces enfants exploités, contraints à de longues journées de labeur pour assurer leur survie et celle de leurs proches.

Au sud-est de la Turquie, Gaziantep est l’une des villes qui compte le plus de réfugiés syriens dans le pays.
La famille de Hamza Menbeji, treize ans, a quitté la province d’Alep il y a deux ans, après la mort de leur père, lorsque le groupe Etat Islamique a pris le contrôle de la zone. Les trois enfants ont pris la fuite avec leur mère. Aujourd’hui, ils travaillent dans une usine de chaussures pour faire face au coût de la vie en Turquie, malgré leur jeune âge. ““Quand on était en Syrie, un obus de mortier est tombé sur notre maison, et ça a tué mon père”, se souvient Hamza, jeune réfugié syrien. “Et il n’y a pas de travail là-bas, c’est pour ça qu’on est venus en Turquie”. “Nous sommes quatre dans la famille avec ma mère”, poursuit-il. “Je suis l’aîné, j’ai treize ans, un frère de onze ans, et le plus jeune a neuf ans. Je n’aime pas travailler, je préfère aller à l‘école et jouer, j’aurais aimé travailler mais quand je serai grand. Ici, personne ne nous aide”.

Abu Shihab, un homme d’affaires venu d’Alep, est le propriétaire de l’usine. Il affirme qu’en embauchant ces enfants, il essaie de les aider pour leur éviter de mendier dans la rue, même s’il sait que le travail n’est autorisé en Turquie qu‘à partir de quinze ans. “Chaque enfant ne gagne pas plus de 15 euros par semaine en échange de son travail, et pour aider sa famille”, indique Abu Shihab, le patron de l’usine. “Certains employeurs n’hésitent pas à exploiter ces enfants, surtout lorsqu’ils viennent de Syrie. Il est facile de les exploiter économiquement, sexuellement, voire de ne pas leur donner d’argent du tout. Et comme ils n’ont pas l‘âge de travailler, ils ne peuvent rien réclamer”.

Hamza et son frère travaillent douze heures par jour, six jours sur sept. Leur mère, malade, est invalide. Elle regrette le sacrifice de ses enfants, mais n’a pas d’autre solution.
“La vie est dure, ici”, explique la mère de famille, Um Hamza. “Mes enfants ne vont pas à l‘école, vous croyez que ça me fait plaisir ? Mais on n’a pas le choix. Ce sont les seuls à s’occuper de moi et de la maison. Il n’y a pas d’aide, ni d’association qui nous soutienne. Mes enfants se sacrifient, mais on ne survivrait pas sans eux”.

La ville de Reyhanli, à la frontière syrienne, compte près de 50 % de réfugiés. Ici, de nombreux enfants ont fui la guerre, et ramassent du plastique, de la ferraille ou du carton dans les rues. Le jeune Abdullah récupère des déchets, pour une usine de recyclage turque.
“Je ramasse du plastique et je le revends pour nourrir mes petits frères, qui ne travaillent pas”, lance Abdullah, réfugié syrien de 14 ans. “Je commence le travail à 6 h du matin, je prends le chariot du propriétaire, et il me dit: “si tu ramasses 50 à 60 kilos, je te l’achète et je te prête le chariot en échange”.
Nous avons suivi Abdullah pendant 4 heures, avant de l’accompagner à la pesée de sa collecte à l’usine de recyclage. Il en a retiré six livres turques, à peine deux euros. Sur place, trois enfants syriens, âgés de 10 à 15 ans, travaillent au même endroit. L’usine est dirigée par un Turc qui nous a laissés filmer, mais a refusé de s’exprimer.

Abdullah vit dans un garage vétuste avec les huit membres de sa famille. Ils ont fui Hamah il y a un an et demi, après l’intensification des frappes par le régime. “Quand on était en Syrie, on jouait dehors, dans les arbres”, se souvient Abdullah. “On allait l‘école avec nos amis, en sécurité. C‘était mieux avant. Depuis qu’on est ici, on doit assumer le loyer, l’eau et l‘électricité”.
Le centre de soutien psychologique et de protection des enfants ACT est une ONG syrienne basée à Reyhanli. Elle tente de freiner l’exploitation des enfants syriens, en coopération avec la police turque. Par exemple, un garçon qui travaillait 18 heures par jour à ramasser du plastique est aujourd’hui scolarisé dans la structure.
“J’ai vu beaucoup d’enfants, à Reyhanli, qui travaillaient quatorze ou dix-huit heures par jour pour cinq ou six dollars”, développe Mohammed Bader Eddin, directeur du centre ACT. “C’est très peu. Ici, de nombreuses usines font appel à des enfants et les incitent à travailler en leur fournissant des cartons, des sacs et même des charrettes tirées par des chevaux pour lesquelles ils font payer les enfants. Les adultes gagnent plus d’argent, mais pas les enfants, qui gagnent moins et travaillent plus longtemps. Dans la rue, ils sont la cible de tous les abus, et même de viols. Et des fillettes d‘à peine 10 ans font l’objet de harcèlement sexuel”.

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