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En maternelle, le jeu avant tout !

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En maternelle, le jeu avant tout !

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Jouer, c’est essentiel dans la vie d’un enfant. Alors, pourquoi ne pas en faire un ressort pédagogique ? De nombreux chercheurs pensent qu’entre trois et six ans, le jeu permet de développer les facultés cognitives des enfants et d‘établir des bases solides pour leur avenir éducatif. Dans cette édition, nous découvrons deux initiatives novatrices en Chine et aux Etats-Unis où l’on apprend en s’amusant. Pendant que l’une mise sur la créativité, l’autre met l’accent sur des matières réputées complexes.

Chine : “On fait ce qu’on veut comme on veut”

Dans les écoles chinoises, les méthodes traditionnelles où l’on apprend par coeur ont longtemps dominé. Dans la région d’Anji dans l’est du pays, les choses évoluent grâce à l’action de Cheng Xueqin, directrice de l’enseignement en maternelle du comté d’Anji. Elle est à l’origine d’une approche totalement nouvelle qui met le jeu au centre des apprentissages en maternelle.

Nous nous rendons dans un établissement qui applique sa méthode : les enfants passent toutes leurs matinées dans la cour à faire des constructions par exemple. Des fillettes qui manipulent des briques en bois nous indiquent : “On construit un magasin,” dit l’une. “Un salon de thé pour vendre du thé et des gâteaux,” précise une autre. Une troisième précise : “La maîtresse nous a dit de construire ce qu’on voulait comme on voulait.”

Ce concept appelé Anji Play incite les enfants à se montrer créatifs. Il a été inventé il y a quinze ans, par Cheng Xueqin, directrice de l’enseignement en maternelle du comté. Depuis, 130 établissements de cette région l’ont adopté. Ce qui correspond à un effectif de 14.000 enfants de 3 à 6 ans.

“Traditionnellement, dans l’enseignement en Chine, les professeurs font le cours et les élèves écoutent, nous explique Cheng Xueqin. Nous, on a redonné aux enfants le droit de jouer, on les a libérés en les faisant sortir de leur classe pour aller à l’extérieur, indique-t-elle. Ici, les enfants sont contents et je crois que cette joie est très importante dans la vie, ils se concentrent sur une tâche, ils en ont besoin pendant leurs jeux et c’est une faculté qui sera intéressante dans leurs études,” conclut-elle.

Les professeurs qui ont été spécifiquement formés à cette méthode filment les enfants pendant qu’ils jouent. A chaque fois, la séance est suivie d’un débriefing en classe. Cette fois-ci, la maîtresse demande à des garçons ce qu’ils ont construit. L’un d’eux lui répond : “Un vaisseau spatial”, puis l’enseignante invite les autres à expliquer ce que c’est.

“Ce débriefing est une bonne chose pour développer leur capacité d’expression parce que c’est quelque chose qu’ils ont vécu eux-mêmes, donc ils ont envie de partager cela, ils osent parler, souligne la maîtresse Ma Chunjuan. Et puis, pendant l’activité de construction, ils rencontrent des difficultés qui peuvent avoir un rapport avec les mathématiques ou d’autres matières,” ajoute-t-elle.

L‘établissement met l’accent sur l’apprentissage de l’autonomie. Les enfants organisent leur espace pour déjeuner et se servent eux-mêmes. Après le repas, c’est l’heure de la sieste pour les 500 élèves de l‘établissement. En quelques minutes, tout est calme.

Cette idée d’Anji play a été déclinée dans d’autres villes chinoises, mais aussi aux Etats-Unis. “Cette année, je suis allée à San Francisco, Boston et Madison, raconte Cheng Xueqin, initiatrice du projet. A Madison, il y a une école maternelle pour les enfants défavorisés – la plupart sont Afro-Américains – et là-bas, ils veulent vraiment appliquer notre concept,” assure-t-elle.

Au début, Cheng Xueqin a eu du mal à convaincre les parents qui avaient peur que leurs enfants se salissent ou se blessent. Mais au bout d’un moment, ils ont réalisé les avantages de cet apprentissage par le jeu, en particulier pour cette génération d’enfants uniques. “Mon fils n’a pas d’autre choix que de jouer avec d’autres enfants, de coopérer avec eux pour pouvoir finir la construction, raconte un parent, Jin Zhichang. Il avait mauvais caractère et il était parfois violent ; mais grâce à ces jeux, petit à petit, son comportement s’est amélioré,” se réjouit-il.

Qu’en est-il lorsque ces enfants passent en primaire et doivent rester en classe toute la journée ? On assure ici que le choc est évité par les élèves eux-mêmes car ils ont appris à s’adapter.

Etats-Unis : Shakespeare et les échecs à trois ans

Est-ce possible de préparer les enfants à l’université dès leur plus jeune âge ? Cela a-t-il du sens d’enseigner Shakespeare ou les échecs à des élèves de quatre ans ? Si ces questions vous paraissent étranges, elles ne le sont pas du tout au sein de la Goddard School à New York.

Dans cette mégalopole, le temps semble filer à toute allure. Alors, pour certains parents, pas question d’en perdre dans l‘éducation de leurs enfants. Pour son plus jeune fils, Juliet Weissman a choisi une école maternelle un peu spéciale située dans le secteur chic de Manhattan. Jonas n’a pas encore 4 ans, mais sa mère a déjà pour lui, un objectif en tête. “J’espère qu’il ira à l’université et qu’il réussira, pas forcément à Harvard ou Yale, mais dans l’université qui l’intéressera et qui sera bien pour lui, indique la mère de famille. J’espère qu’il pourra accéder au meilleur enseignement universitaire et qu’il s’appuiera sur ce qu’il aura appris dans cette école,” poursuit-elle.

Et quand il s’agit de s’amuser, rien n’est laissé au hasard : nous découvrons dans l’une des classes que le spectacle de marionettes est inspiré par Shakespeare et sa pièce “Roméo et Juliette”. Un texte étudié au lycée en général. “Il y a ce cliché quand au lycée ou à l’université, les élèves doivent se confronter à Shakespeare et qu’ils disent : ‘Oh non, je n’ai pas envie d’apprendre cela, je n’aime pas Shakespeare’ et même s’ils n’ont jamais lu ou vu ses pièces sur scène, ils ont quand même cette aversion, explique David Andrew Laws, acteur professionnel et membre de Hamlet is not dead, l’un des interprètes du spectacle. Mais en associant Shakespeare à quelque chose de positif le plus tôt possible, ils se diront par la suite : ‘Oh, je connais, je me souviens que c‘était sympa’ et l’histoire qu’on leur raconte, c’est l’originale, on ne l’a pas adaptée, on ne s’en est pas inspiré, il y a même des extraits du texte original,” insiste-t-il.

La littérature, mais aussi les échecs sont au programme, sur un mode amusant. L’association “Les échecs à trois ans” intervient souvent dans l‘école. L’activité vise à stimuler les aptitudes des enfants en mathématiques et logique. “On a constaté que leurs compétences en lecture et écriture sont par la suite, améliorées de 10 à 15% parce qu’ils découvrent des histoires beaucoup plus complexes qu‘à l’habitude, explique Tyler Schwartz, fondateur de l’association. Cette activité a l’avantage de leur apprendre à jouer aux échecs, d’entraîner leur mémoire, d’améliorer leurs fonctions exécutives [capacités à s’adapter à des situations nouvelles], de les rendre meilleurs en calcul, mais aussi en lecture et écriture.”

Les frais de scolarité à la Goddard School s‘élèvent à près de 20.000 dollars par an contre 10.000 dans les écoles maternelles publiques aux Etats-Unis. Un prix que certains sont prêts à payer dans l’espoir de donner les meilleures chances de réussite à leurs enfants.

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