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Le film de la semaine : Comancheria

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Le film de la semaine : Comancheria

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Un western, un vrai, même si il se passe de nos jours. Tous les ingrédients sont réunis : les grands espaces de l’ouest américain, des cowboys (fatigués), des indiens (évangélisés), des banques à attaquer, des courses poursuites et des flingues… Et aussi, en filigrane, une critique impitoyable de l’Amérique et du capitalisme sauvage… LE film de la rentrée.

On croyait le western mort et enterré, mais Comancheria vient renouveler le genre, en transposant son action dans un Texas qui évoque plus la poussière et le désert que la liberté et l’aventure. Le film commence sur les chapeaux de roues par un braquage d’une minuscule banque d’un bled perdu qui semble abandonné de tous. Les deux voleurs s’enfuient à bord d’une vieille guimbarde avec leur maigre butin, et enchaînent quelques miles plus loin, en attaquant une deuxième banque de la même enseigne. On comprend très vite que les deux sont frères, et que ce n’est pas l’appât du gain qui les motivent, mais voler la banque pour rembourser la dette de leur mère prise à la gorge par… cette même banque. Des robins des bois moderne en somme.

Le rythme est à couper le souffle, pas un temps mort, et David Mackensie, le réalisateur écossais a eu les moyens d’un blockbuster pour filmer cette histoire qui détourne les codes de la morale et de la bienséance pour s’engouffrer dans une histoire contestataire et fraternelle. Le scénario est signé Taylor Sheridan qui nous avait aussi livré l’année dernière Sicario, l’un des meilleurs thrillers de ces dernières années, sur fond de trafic de drogue et de frontière perméable entre le Mexique et les Etats-Unis. Ici, le territoire joue aussi un grand rôle. Avant d’être la terre du pétrole, le Texas appartenait aux mexicains, et avant aux indiens. Comancheria désigne d’ailleurs l’ancien nom donné aux terres occupées par les indiens comanches. Les plans aériens sont sublimes, rendant l’immensité de ces espaces, où les traces de l’homme (routes, derricks, ranches…) sont autant de scarifications sur une terre autrefois vierge…

Les deux frères Toby et Tanner sont respectivement interprétés par le calme Chris Pine (qui sort enfin de son rôle du Sergent Kirk de la série Star Trek) et le nerveux Ben Foster qui livre une partition sans faute, tendance cocote minute sous pression. A ce duo qui joue sans ambages de ses oppositions de caractère vient s’ajouter une autre paire désaccordée et diablement attachante, Marcus et Alberto, deux Texas Rangers chargés de traquer les pilleurs de banque. Alberto mi indien, mi mexicain, subit à longueur de journée les quolibets racistes de Marcus, vieux bourru proche de la retraite. Jeff Bridges est époustouflant en vieux cowboy fatigué qui ne veut pas lâcher la rampe. L’une des plus belles scènes du film est un dialogue entre les deux hommes, Marcus vantant les mérites de l’Amérique blanche triomphante qui a permis aux autochtones de se « civiliser » alors qu’Alberto, tout en nuance, explique ce que l’Amérique et ses habitants ont perdu avec le progrès et la course à l’argent.

David Mackenzie réalise pour ainsi dire un sans-faute. Ses longs travellings laissent notre regard traîner sur les bas-côtés de la route et ses panneaux publicitaires incitant les gens à rééchelonner leurs dettes. Les longs plans séquences traversent des villes fantômes où seuls subsistent un drugstore, une station-service et… une banque. La banque, symbole du pouvoir exorbitant pris par la finance qui asphyxie les petits propriétaires obligés d’hypothéquer leurs biens. Une situation qui ne peut qu’exacerber une violence latente, où chacun est armé et entend faire sa loi. Enfin, le film est servi par une bande-son country rock à souhait composée par Warren Ellis et Nick Cave et quelques morceaux d’anthologie des maîtres du genre, dont Townes Van Zandt et son « Dollar Bill Blues » qui ouvre le film. Le blues du billet vert, un parfait résumé de ce western moderne, électrique et mélancolique.

Frédéric Ponsard

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