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Agnès Varda: la jeunesse éternelle

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Agnès Varda: la jeunesse éternelle

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C’est une délicieuse jeune fille de… 88 ans ! Agnès Varda est pétillante comme une adolescente, gourmande de la vie, amoureuse des rencontres, et une inlassable curieuse. L’Institut Lumière lui rend hommage à Lyon à travers une exposition photographique et une rétrospective à ne manquer sous aucun prétexte.

On l’avait croisé au printemps dernier sur le tapis rouge du Festival de Cannes au bras d’un des artistes français les plus prometteurs, JR. Drôle de couple, entre la petite Agnès et sa chevelure en bol doré, et JR, le grand escogriffe au chapeau et lunettes noires. 50 ans d’écart, mais la même joie de jouer aux stars le temps d’une montée… En fait, ils préparaient ensemble un film documentaire qui mêle photographie et cinéma. Ils sont partis ensemble sur les routes de France à raison de 4 jours par mois (Agnès confesse que c’est suffisant pour son âge !) avec le camion photographique de JR (voir photo ci-dessus) qui lui avait servi notamment lors de la COP 21. Leur objectif ? Aller à la rencontre des gens dans des lieux insolites comme dans cette commune du Pirou dans la Manche où un projet immobilier les pieds dans l’eau a capoté, laissant les habitants dans le désarroi. L’idée est simple : une rencontre, un lieu, un témoignage et une trace, grâce aux photos géantes de JR et à la caméra de Varda. Le résultat –on a hâte- sera visible en 2017.

Agnès Varda semble avoir une actualité qui ne s’arrête jamais. En tout cas les lyonnais sont gâtés en ce moment avec la très belle exposition Une barrière ouverte qui regroupe une magnifique série de clichés réalisés par Agnès Varda au fil de ses voyages et de ses rencontres depuis… plus de 50 ans. Pour elle, “Entre la photographie et le cinéma, entre ces deux champs de vision, il y a une barrière que je laisse ouverte” : on y trouve à la fois des photos d’une série « Les gens qui marchent » dont certains personnages pris sur le vif en marchant ressemblent, comme ces gitans du sud de la France, à des figures de Giacometti, mais aussi des clichés de gens de cinéma qu’Agnès Varda a côtoyé au cours de sa longue carrière, de Fellini (elle nous a raconté comment elle l’avait « kidnappé » à son hôtel pour faire une photo Porte de Vanves où se trouvait encore un cirque – c’était en 1955 et le Maestro venait présenter à Paris La Strada) à Jacques Demy, bien sûr, en passant par Catherine Deneuve ou… Harrison Ford ! A découvrir à la Galerie Lumière, rue de l’arbre-sec dans le 1er arrondissement de Lyon

Et puis, il y a bien sûr la rétrospective concocté par les soins de l’Institut Lumière, qui n’a pas son pareil pour découvrir des pépites en pellicule. Documentaires et fictions à foison, avec notamment un incunable devenu un classique, La Pointe courte, tourné à Sète avec des bouts de ficelle et Philippe Noiret encore jeune homme. Un film que l’on peut qualifier de néo-réaliste, chronique d’un village de pêcheurs doublé de l’histoire d’un couple qui fait le point. Varda avait mis en germe La Nouvelle Vague dans ce petit opus, monté par… Alain Resnais.

En tout cas, Agnès Varda trace depuis plus de 60 ans un sillon qu’elle ne cesse de labourer pour notre plus grand bonheur, en toute modestie, avec l’aide de sa fille Rosalie qui gère sa société de production Ciné-Tamaris. Une artisante et militante de l’image comme il en reste peu. Big up pour Agnès V. !