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Abdullah Abdullah: "le gouvernement afghan garde ouvrte la porte de la paix"


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Abdullah Abdullah: "le gouvernement afghan garde ouvrte la porte de la paix"

Quinze ans après la chute des talibans, l’Afghanistan est toujours à la recherche de paix et stabilité. Nous avons rencontré Abdullah Abdullah, le chef de l’exécutif afghan, lors de la conférence internationale sur l’aide en Afghanistan, qui se tenait à Bruxelles les 4 et 5 octobre dernier.

Maria Sarsalari, euronews :

“Dr Abdullah, merci d’avoir accepté notre invitation.
Dans le passé et aujourd’hui encore, beaucoup critiquent la façon dont l’aide internationale est dépensée en Afghanistan. Certains considèrent que cet argent est gaspillé, mal géré.
Quelles garanties peuvent désormais être apportées à la communauté internationale pour que les cas qui ont pu exister dans le passé ne se reproduisent pas ?”

Abdullah Abdullah, chef de l’exécutif d’Afghanistan :

“Merci de me recevoir. Effectivement, quinze ans en arrière, quand le soutien de la communauté internationale a débuté en Afghanistan, les temps étaient différents. Les ministères en Afghanistan n‘étaient pas assez solides, les priorités n‘étaient pas clairement établies, ce n‘était pas évident de planifier des projets. Les premières années, des centaines de milliers de dollars ont probablement été dépensés pour de l’aide dite technique, afin de recruter des consultants dans les différents ministères. Une partie du problème était lié à la corruption, ce qui est généralement en lien avec les contrats. Récemment, il y a eu des réformes structurelles et le travail se poursuit. Les gens ont le droit de demander des garanties à ce sujet, ils attendent de nous des actes et nous nous engageons à le faire.
Que l’on parle de recettes intérieures ou d’aide internationale, le peuple d’Afghanistan souhaite que ces montants soient dépensés de façon transparente et en suivant une comptabilité claire, à la fois pour les personnes ou pour les bailleurs de fonds. Des mesures positives ont été prises et ont été acceptées par la communauté internationale.”

Maria Sarsalari :

“La présence de chefs de guerre dans la gouvernance, leur influence, le fait que certains d’entre eux agissent au-delà de l‘état de droit, tout cela a été source constante de préoccupation et de discussion. Comment peut-on imaginer que, dans un avenir proche, tout le monde dans la République islamique d’Afghanistan soit soumis à la règle de droit ?”

Abdullah Abdullah :

“Nous y travaillons. Par rapport aux années précédentes, la situation s’est améliorée. Toute personne qui utilise la force ou agit illégalement, doit être arrêtée. Les plaintes des gens devraient être examinées. Cependant, généraliser et enfermer les gens dans des catégories en fonction de leur passé, ça, je ne suis pas d’accord.”

Maria Sarsalari :

“Après l’annonce du résultat de l‘élection présidentielle, ce qui a pris un certain temps, un gouvernement d’union nationale a été mis en place, ce qui a donné de l’espoir à beaucoup.
En attendant, nous entendons dire que le président et le chef de l’exécutif travaillent avec deux équipes distinctes. Si tel est le cas, expliquez-nous en clairement la raison ? Sinon, s’il n’y a pas de ressentiment entre les deux, expliquez-le nous afin que ce soit clair pour tout le monde.”

Abdullah Abdullah :

“Donc vous me demandez de vous dire si c’est le cas ou si ce n’est pas le cas !”

Maria Sarsalari :

“Oui.”

Abdullah Abdullah :

“Bien, tout le monde attend du gouvernement d’union nationale de fonctionner correctement. Aussi, aujourd’hui, nous avons des discussions sur les différents sujets. Tout le monde souligne l’importance de l’unité au sein du gouvernement d’union nationale. La base du travail de ce gouvernement est l’accord qui a été signé avant le transfert de pouvoir et il n’y a pas d’alternatives pour le gouvernement d’union nationale.
Bien sûr, il ne peut être remplacé que lorsque la prochaine élection présidentielle se tiendra et tout le monde aura alors sa chance. Ce chemin reste toujours ouvert au peuple. La bonne chose dans un processus démocratique c’est que le peuple peut juger les gouvernements. Nous espérons que nous pouvons tous utiliser cette chance existante de la meilleure façon possible.”

Maria Sarsalari :

“Nous avons pu entendre qu’une part de l’aide apportée au gouvernement afghan a été accordée en échange du retour d’un grand nombre, plus de dix mille, de réfugiés afghans venus d’Europe .
Est-ce le cas ? Un tel accord existe t-il ?”

Abdullah Abdullah :

“Absolument pas !… Absolument pas ! Il n’y a aucun doute que la question des immigrants et des demandeurs d’asile en Europe est devenue un vrai problème pour l’Europe. Cela a été un sujet de discussion entre l’Afghanistan et l’Union Européenne. Mais ces discussions ont été menées séparément du calendrier ou des préparatifs de cette conférence de Bruxelles.”

Maria Sarsalari :

“La récente attaque des talibans à Kunduz inquiète à nouveau et a presque éclipsé la conférence. Où en sont les discussions de paix avec les talibans ? Un accord peut-il être trouvé avec eux comme il l’a été récemment avec le Hezb-i-Islami ?”

Abdullah Abdullah :

“Malheureusement, les talibans croient toujours en une victoire militaire alors que le gouvernement d’Afghanistan a laissé la porte ouverte à la paix et au dialogue. Mais, le principe de résoudre la question à travers le dialogue reste la position de base du gouvernement afghan.

Comme lors des négociations avec Gulbuddin Hekmatyar, qui a accepté la Constitution d’Afghanistan, abandonner la violence et couper les relations avec les groupes terroristes restent les mesures sans lesquelles la paix ne pourra se matérialiser.”

Maria Sarsalari :

“Dernière question: par rapport à la popularité qui est la votre, êtes-vous intéressé par une candidature aux prochaines élections ?”

Abdullah Abdullah :

“A ce stade, toute mon attention et mon énergie doivent être mis au service du peuple dans le cadre du gouvernement d’union nationale. Si l’on prend en considération le fait que les gens ont voté à la fois pour le président et pour moi, que les circonstances étaient telles que les votes ont été mis ensemble, par conséquent, nos efforts doivent être concentrés pour servir le peuple. Après, qui sait.”

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