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Migrants en détresse en Libye : qui est responsable ?

Le chaos qui règne en Libye accentue encore la détresse des migrants candidats au départ en Europe ou détenus dans les centres de rétention libyens.

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Migrants en détresse en Libye : qui est responsable ?

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Depuis la chute de son leader Mouammar Kadhafi il y a cinq ans, le chaos règne en Libye et la paix est encore loin, même dans la capitale Tripoli. Les Libyens paient un lourd tribut, mais ils ne sont pas les seuls : le pays compterait près de 300.000 migrants essentiellement d’origine sub-saharienne.
Candidats au départ vers l’Europe ou non, ils subissent sur place des abus et des violences et font l’objet d’un trafic organisé par les passeurs. Une partie d’entre eux croupissent dans des centres de rétention où les conditions sont souvent indignes et où l’on exige qu’ils paient pour être libérés. Notre reporter Valérie Gauriat a recueilli leurs cris de détresse.
La responsabilité de la situation incombe-t-elle aux passeurs, aux autorités libyennes, à la communauté internationale et notamment à l’Union européenne ? Nous avons interrogé l’un de ses hauts responsables : Pedro Serrano du Service européen pour l’action extérieure reconnaît que le champ d’action de l’UE est limité tout en insistant sur les succès de l’opération Sophia.

La Libye est depuis longtemps, un carrefour de migration pour les Sub-sahariens qui veulent rejoindre l’Europe. Mais aujourd’hui, alors que le pays est en proie à la violence et dirigé par trois gouvernements concurrents, les six frontières que la Libye partage avec des pays africains ne sont plus surveillées. Le nombre de migrants explose avec des centaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes qui fuient la guerre et la pauvreté. Piégés dans l’instabilité et l’anarchie qui règnent dans le pays, les migrants sub-sahariens sont victimes d’abus, de violence et de trafic. L’aide internationale arrive au compte-gouttes et ils croupissent dans des centres de rétention où les conditions sont souvent inhumaines.

Ils sont originaires de l’Erythrée, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Soudan ou de la République démocratique du Congo. Ils sont clandestins car la Libye ne les autorise pas à demander l’asile sur place. Certains rêvent de rejoindre l’Europe, mais le trajet est aussi cher qu’il est dangereux. Les Nations Unies estiment que près de 5000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée depuis le début de l’année.

“Ils vont à la chasse à l’homme noir”

Notre reporter Valérie Gauriat s’est rendue à Tripoli où elle a rencontré des migrants : ils racontent les abus qu’ils ont subis et lancent un cri de détresse. L’une des détenues d’un centre de rétention s’indigne : “Chaque vendredi, ils sortent pour aller à la chasse à l’homme noir, on amène les gens en prison comme ça, pour rien !” Un autre renchérit : “Ils nous traitent d’animaux ! Ils nous frappent.” Des prisonniers nous présentent deux de leurs compagnons au corps décharné et à la peau lésée : on nous dit qu’ils sont là depuis plusieurs mois : “Regardez la vie d’un homme !” crient-ils avant qu’un autre ajoute : “Nous avons compris que nous sommes devenus un business pour eux, ils veulent s’enrichir sur notre dos !” Les conditions sont souvent indignes dans ces structures – ils sont au nombre de 22 à l‘échelle du pays -. Certaines sont saturées et regroupent plus d’un millier de migrants. A l’extérieur, les migrants sont aussi exposés aux violences et à des employeurs peu scrupuleux. Beaucoup gardent en tête un hypothétique départ vers l’Europe.

L’Union européenne pointée du doigt

Y a-t-il une porte de sortie pour ces gens ? Ou sont-ils condamnés à mourir en Libye ou en Méditerranée s’ils tentent la traversée ? Et qui est responsable de tout cela ? Les autorités libyennes, les passeurs, les agences d’aide internationale, l’Europe ?

Nous avons interviewé l’un de ses représentants : Pedro Serrano, secrétaire général adjoint du Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Il fait remarquer que la situation en Libye est complexe : “Vous connaissez les difficultés actuelles du gouvernement d’union nationale à étendre son autorité, ce qui fait que notre champ d’action est forcément limité.” Il explique qu’une aide en termes de formation des gardes-côtes et d‘équipement est prévue, mais qu’il faut “s’assurer que tout sera utilisé à bon escient et mis entre de bonnes mains.”

Quant à l’opération de l’UE baptisée Sophia, “il ne s’agit pas d’une opération qui incite les migrants au départ” d’après lui. “Elle a secouru jusqu‘à présent, quelque 30.000 personnes (…), [elle lutte aussi] contre les bandes criminelles qui sont responsables du trafic de migrants : l’opération a abouti à l’arrestation de plus d’une centaine de passeurs et à la destruction d’un grand nombre de bateaux qu’ils utilisaient.” Des résultats qu’il voit comme des succès.