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Trump, croissance : craintes et espoirs du Forum économique mondial de Davos


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Trump, croissance : craintes et espoirs du Forum économique mondial de Davos

Les personnalités les plus influentes de la planète ont cette année encore, participé au Forum économique mondial de Davos pour dresser le bilan de l’année écoulée et envisager 2017. Aux plans économique et géopolitique, les prochains mois s’annoncent riches en bouleversements, notamment du fait de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Les délégués sont partagés entre optimisme et pessimiste à son sujet, mais aussi concernant les perspectives de croissance de l‘économie mondiale. Le PDG de l’alliance Renault-Nissan estime pour sa part que les constructeurs automobiles “s’adapteront” à la nouvelle donne en cas de renégociation de l’accord Nafta par les Etats-Unis.

La mondialisation est-elle en recul ? La Russie deviendra-t-elle l’alliée privilégiée des Etats-Unis ? L’avenir de l’Union européenne, voire de l’OTAN, est-il menacé ? Ce sont quelques-unes des grandes questions qui ont agité le Forum de Davos cette année. Avec tous ces changements géopolitiques en cours, il est bien difficile d’y répondre et certains se disent très inquiets de ce que 2017 pourrait nous apporter.

Première des inquiétudes d’après le directeur du think tank Chatham House, Robin Niblett : une dégradation des relations américano-chinoises si les Etats-Unis adoptaient une attitude plus stricte à l‘égard des prétentions chinoises dans le sud de la mer de Chine. “Donald Trump a souligné que la Chine est l’une des principales menaces pour l’Amérique, rappelle-t-il. Si l’Amérique agit militairement comme certains l’ont suggéré, la Chine pourrait estimer sa sécurité remise en cause et vouloir riposter. Un incident pourrait alors déclencher un conflit entre les deux. Ce serait désastreux économiquement et géopolitiquement.”

Le Forum économique mondial lui-même voit dans l’avènement actuel d’un monde multipolaire, le plus grand motif de préoccupation et met en garde contre les risques multiples d‘éclatement de conflits. “Les défis mondiaux que sont la non-prolifération nucléaire, la cyber-sécurité, on n’y renoncera pas, estime Lee Howell, directeur général du Forum. Peut-être qu’on n’a pas encore les mécanismes adéquats et qu’il sera encore plus difficile de réunir les gens autour d’une même table dans ce contexte multi-polaire, reconnaît-il avant d’ajouter : Pour autant, il faut faire cet effort parce que ce sont de vrais risques mondiaux.”

Dans un tel climat d’incertitude, les participants au Forum étaient peu nombreux à se risquer à des pronostics sur l’ampleur des bouleversements géopolitiques qui nous attendent en 2017.

Carlos Ghosn : “Un libre-échange différent” avec Trump

Le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn est un habitué de Davos et il fait toujours preuve d’une grande perspicacité quand il envisage l’avenir. Nous lui avons demandé son sentiment sur les conséquences éventuelles de l‘élection de Donald Trump à la présidentielle américaine et sur la santé économique de l’Europe.

Isabelle Kumar, euronews :
“Quelles nouvelles technologies vous semblent les plus intéressantes en ce moment ?”

Carlos Ghosn, PDG de l’alliance Renault-Nissan :
“Il y en a beaucoup… Évidemment, cette année, il sera question de marketing de masse concernant les nouvelles technologies à bord des véhicules électriques qui vont vraiment dominer le parc automobile. Il y a aussi de nombreuses avancées du côté des voitures autonomes et sans chauffeur, mais aussi en termes de connectivité : la connectivité des voitures, des services… Beaucoup de choses vont se passer en 2017. Donc j’anticipe vraiment tout cela parce que c’est une transformation de notre produit à laquelle nous assistons.”

euronews :
“De grands changements se profilent également. Certains pourraient se retirer de la mondialisation, c’est quelque chose que l’on entend beaucoup à Davos. Est-ce que cela vous inquiète ?”

Carlos Ghosn :
“Bien sûr, cela peut être un motif d’inquiétude bien que je ne sois pas très pessimiste à ce sujet, parce que je crois qu’au final, – puisque la mondialisation est dans l’intérêt de tous -, s’il y a une forme de retrait de la mondialisation, cela n’ira pas très loin. Ce sera plutôt une correction de certains excès. Il y aura aussi une meilleure communication sur les avantages de la mondialisation.
Mais honnêtement, je ne crois pas qu’un mouvement de retrait – s’il se produit effectivement – serait dramatique et que la mondialisation disparaîtrait. Elle va continuer, sous différents aspects, sous différentes formes ; on va en limiter les excès, en corriger certains, en tout cas faire évoluer la vision que les gens en ont, mais elle va continuer.”

euronews :
“Parlons de Donald Trump. Pensez-vous qu’il va nuire à l’industrie automobile d’après les propos qu’il a déjà tenus ?”

Carlos Ghosn :
“Je pense qu’on fait preuve de beaucoup d’anticipation et de spéculation sur la position que la prochaine administration américaine aura. Le président élu a dit deux choses qui sont très claires : ‘L’Amérique d’abord, les emplois aux Etats-Unis’. C’est cela, le message : ‘Dès l’instant où vous êtes présents aux Etats-Unis et où vous nous donnez le sentiment que l’Amérique passe avant tout et que vous créez suffisamment d’emplois aux Etats-Unis, cela nous convient’.
Donc, jusqu‘à présent, les constructeurs automobiles ont adapté leur stratégie en fonction de l’accord existant et l’accord existant, c’est le Nafta. Le Nafta va changer. Probablement. On n’en est pas sûr, mais il est probable que les Américains veuillent modifier le Nafta et renégocier certains accords.
Mais je crois que personne ne dira : “C’est fini, le libre-échange !” Non, ce sera un libre-échange qui sera différent, qui tiendra peut-être davantage compte des intérêts de la principale économie du Nafta et cela nous ira, on s’adaptera à la situation."

euronews :
“Pour conclure, où l’Europe se situe-t-elle dans tout cela ? Parce qu’elle entre évidemment dans une période encore plus incertaine.”

Carlos Ghosn :
“L’incertitude qui règne en Europe est plutôt due aux nombreuses élections à venir, d’importants scrutins ont lieu en 2017. C’est de là que vient cette incertitude. Mais d’un point de vue économique, je crois que l’Europe va passer une bonne année. La croissance ne sera pas flamboyante, mais iraisonnable, modérée. On attendra que les élections aient lieu et j’espère que l’année 2018 nous offrira une vision plus claire de la direction que prendra l‘économie.”

Trump : “Le chef d’entreprise des chefs d’entreprise”

Revenons à la situation économique mondiale : 2016 a été une année morose et 2017 s’annonce encore plus incertaine. A quoi devons-nous nous attendre précisèment ?

Le Fonds monétaire international estime la croissance mondiale à 3,1% pour 2016. Ce taux – le plus faible depuis la crise financière de 2008-2009 – devrait atteindre 3,4% en 2017 d’après le FMI qui table notamment sur une accélération de l’activité dans les pays avancés. “Au Forum économique de Davos, souligne notre reporter Sarah Chappell, on espère que 2017 sera l’année où l‘économie mondiale sortira de l’ornière et on s’accorde à dire que les prochaines décisions politiques aux Etats-Unis seront cruciales.”

Le nouveau président américain désormais investi a promis par exemple, de baisser les impôts et de dérèglementer. Jeff Schumacher, PDG de la société d’investissement BCG Digital Ventures, dit ne pas être d’accord avec tout ce que dit Donald Trump, mais voit de bons côtés à son élection. “Il pourrait être le chef d’entreprise des chefs d’entreprise, dit-il. Si on a effectivement une réduction de l’impôt sur les sociétés et une déréglementation, je crois que de nombreux capitaux arriveront aux Etats-Unis et ce flux de capitaux et ce genre de croissance – vu la taille du marché américain et l’ampleur de son économie – bénéficieront à l‘économie mondiale,” assure-t-il.

Mais si les Etats-Unis peuvent accélérer la croissance mondiale, ils peuvent aussi la freiner, notamment si la rhétorique protectionniste de Donald Trump se traduit dans les faits. C’est ce qu’estime Nariman Behravesh, économiste chez IHS Consulting. “Si on assiste à un populisme positif pour la croissance, très bien et je crois que c’est ce qui va se passer, fait-il remarquer. Mais si un populisme protectionniste se met en place, alors ce sera un désastre pour les Etats-Unis, la Chine et de nombreuses régions du monde : le scénario, ce sera la récession,” affirme-t-il. Il est clair que 2017 nous réserve des changements radicaux aux Etats-Unis avec des répercussions dans le monde entier.

“Faire des pronostics à Davos n’est vraiment pas facile”

A Davos, on ne parle que des bouleversements économiques et géopolitiques de l’année qui vient de s‘écouler. Qu’en est-il de 2017 ? Voici ce que nous ont répondu quelques-uns des délégués.

“Dans la vie, les choses fonctionnent de manière cyclique, avec des hauts et des bas, estime Rosan Roeslani, président de la Chambre de commerce indonésienne. Mais je crois qu’il faut toujours être optimiste et regarder vers l’avenir,” souligne-t-il.

Anat Bar-Gera, présidente de Cyverse AG, indique pour sa part : “J’espère vraiment que cette catégorie de la population mondiale – à savoir : les leaders, les privilégiés, les riches – sera capable cette année de tenir compte, de s’occuper et de régler les problèmes de l’autre catégorie que sont les réfugiés, les gens qui traversent les mers et les enfants de Syrie. Tous ces problèmes ne sont pas encore réglés malheureusement,” déplore-t-elle.

Dhruv Sawhney, président de Triveni Turbine Ltd., fait de son côté remarquer : “Chaque année à Davos, on espère que certaines choses vont arriver et elles ne se produisent jamais. Je viens ici depuis 25 ans, raconte-t-il. Il y a deux-trois ans, on n’aurait jamais pu imaginer qu’en Inde, Narendra Modi deviendrait Premier ministre, que le Brexit aurait lieu ou que Donald Trump serait élu : faire des pronostics à Davos n’est vraiment pas facile,” conclut-il dans un sourire.