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Ce que peut obtenir (ou pas) Theresa May à Washington


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Ce que peut obtenir (ou pas) Theresa May à Washington

Pour certains observateurs, le couple May/Trump rappelle déjà le mythique Thatcher/Reagan des années 1980. Le Brexit et l‘élection de Donald Trump sont souvent mis en parallèle d’un même phénomène. Mais les visions des deux leaders sont-elles compatibles ? La Première ministre britannique veut y croire :

“Je suis ravie de pouvoir rencontrer le Président Trump aussi tôt dans son mandat. C’est le signe de la force du lien particulier qui unit le Royaume-Uni aux Etats-Unis d’Amérique, une relation spéciale sur laquelle lui et moi avons l’intention de bâtir. Nous voulons parvenir à un arrangement qui fasse en sorte que les intérêts du Royaume-Uni soient pris en compte, qu’ils soient prioritaires, et c’est ce que je ferai.”

Mais ce bel enthousiasme, de celle qui se veut la championne du libre-échange pourrait bien se heurter au protectionnisme, maintes fois clamé, du nouveau président américain.

Et même si Donald Trump a exprimé à plusieurs reprises son soutien au Brexit, ce n’est pas pour cela que Theresa May aura carte blanche. Par ailleurs, celle-ci a beau vouloir, en vue d’une sortie de l’Union européenne, négocier un accord commercial bilatéral avec les Etats-Unis, elle est encore liée à l’Union. Et Bruxelles n’a pas manqué de préciser qu’elle pourrait “discuter” certes, mais pas encore “négocier”.

Theresa May devra défendre ses intérêts stratégiques face à un président américain qui déclarait récemment : “Je l’ai dit il y a longtemps déjà, l’OTAN a des problèmes. Primo, l’organisation est obsolète parce qu’elle a été créée il y a de nombreuses années. Secondo, les pays membres n’ont pas payé ce qu’ils étaient censés payer.”

Londres, qui est l’un des pilliers de l’Alliance atlantique, devra souligner l’importance de l’organisation. Theresa May s’est dite certaine que Donald Trump la comprenait.
Elle devra cependant jouer aussi une partition délicate sur la question du nucléaire iranien ou de la Russie.

Au final, les deux leaders pourraient se retrouver sur le terrain de l’isolement qu’ils vivent chacun de leur côté. Mais leurs intérêts et leurs conceptions du monde sont bien différentes de ce qui pouvait rapprocher Thatcher et Reagan en leur temps.

Entretien avec notre correspondant à Washington

Nial O’Reilly, journaliste, euronews : *Pour en savoir plus sur la visite de Theresa May aux Etats-Unis, nous discutons avec Stefan Grobe, notre correspondant à Washington.
Stefan, la Première ministre tente de négocier un accord commercial avec les Etats-Unis mais il a aussi été question de la gestion non-interventionniste des conflits dans le monde et Theresa s’est montrée très ferme avec la Russie. Comment tout cela a-t-il été perçu par l’administration de Donald Trump ?*

Stefan Grobe : Theresa May est en train de jouer une partition très dangereuse en voulant négocier avec Trump et son administration. C’est un défi diplomatique. Vous avez parlé d’accord commercial, mais cela prendra des années et rien ne sera peut-être conclu lorsque May et Trump quitteront le pouvoir. Donc c’est un défi en soi.
Quant aux positions politiques que Washington et Londres ont chacun mises en avant, il y a pas mal de différences à ce stade…concernant la Russie, le rôle de l’OTAN, l’usage de la torture, ou l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Autant de sujets sur lesquels Theresa May et Donald Trump ne sont pas forcément sur la même ligne.

N.O. : A propos du Brexit, d’un point de vue européen, comment voyez-vous les efforts britanniques du Royaume-Uni visant à approfondir ses relations avec l’Amérique de Donald Trump ?

S.G. : A dire vrai, les Européens sont assez effrayés. J’ai eu l’opportunité de rencontrer un haut responsable européen cette semaine, un ancien Premier ministre qui m’a dit que les Européens observent ce rapprochement entre le gouvernement britannique et l’administration de Trump avec beaucoup de prudence.
Selon cet ancien Premier ministre, les Européens savent que les partisans du Brexit ont fait un lobbying intense dans les milieux républicains et ces derniers ont fini par adopter une vision et une attitude antieuropéenne. Cela est perçu comme un développement dangereux par les leaders européens. Et ils ne savent vraiment pas ce qui va se passer.

N.O. : Ce que l’on constate en ce moment c’est que Donald Trump est en train de mettre en pratique sa ligne dure contre le Mexique. Comment tout cela peut-il finir ?

S.G. : En public, Donald Trump joue les durs à cuire, mais politiquement rien n’a été décidé, rien n’a été négocié et les républicains au Congrès ne savent pas non plus ce qui va se passer. Dire qu’il va y avoir un mur ne fait pas une politique. Ce que risque Trump c’est une guerre des mots avec le Mexique et sa suggestion de taxer les importations à 20% ne va pas vraiment se concrétiser. Il y a ici de nombreux économistes qui soulignent qu’en fait cette taxe à l’importation, ce sont les consommateurs américains qui risquent de la payer. Ce n’est peut-être pas la solution et les républicains au congrès l’ont déjà reconnue.