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L'économie européenne entre prévisions optimistes et incertitude


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L'économie européenne entre prévisions optimistes et incertitude

L’Europe peut-elle continuer à se développer dans un climat d’incertitude lié à la nouvelle administration américaine, aux élections en Europe, au Brexit ou encore à la situation économique de la Chine ? Dans cette édition, nous cherchons des réponses auprès d’une économiste de la London Business School Lucrezia Reichlin et d’entrepreneurs français qui malgré le contexte, parviennent à développer leurs activités.

Pour la première fois depuis près de dix ans, il est prévu que tous les pays européens renouent avec la croissance. Mais le feront-ils dès cette année ou l’an prochain ? On ne le sait pas dans le climat actuel d’incertitude lié aux messages contradictoires envoyées par la nouvelle administration américaine, aux prochaines élections en Europe et aux inquiétudes sur le Brexit et la Chine.

Cette année ou l’an prochain, la croissance devrait faire son retour dans tous les pays européens, même les plus touchés par la récession. Dans la zone euro, elle devrait être plus faible en 2017 par rapport à 2016, puis repartir à la hausse en 2018. Ces perspectives ne tiennent pas seulement compte de l’augmentation des exportations. Il faut aussi s’intéresser à l’inflation : très faible ces deux dernières années, elle devrait être plus élevée à l’avenir.

Retour de la croissance et hausse de l’inflation en perspective

Pour y voir clair, prenons l’exemple d’Hélène. Quand elle veut acheter un bien ou un service, elle tient compte de l‘évolution des prix. Ces dernières années, elle reportait ses achats en raison de la chute constante des prix en pensant qu’ils allaient continuer de baisser. Malgré tout, son pouvoir d’achat se réduit parce que comme les entreprises vendent moins, elles investissent moins, embauchent moins et les salaires baissent.

L’un des facteurs qui joue également, c’est la chute des cours du pétrole. Mais depuis peu, ces derniers repartent à la hausse. Du coup, l’inflation se rapproche du niveau que la Banque centrale européenne estime favorable à des prix stables.

Dans la zone euro, on prévoit une inflation de 1,7% cette année, puis de 1,4% l’an prochain. Dans l’Union européenne, elle devrait atteindre 1,8% en 2017, puis se stabiliser.

Les entreprises devraient investir plus, favorisant la croissance grâce à une demande intérieure qui devrait rester forte. Mais en cas de trop forte inflation, la famille d’Hélène pourrait ne pas dépenser plus.

Malgré des fragilités, record d’expansion pour le secteur privé

Mais la reprise est encore fragile et incomplète. C’est ce que l’on constate dans les perspectives économiques pour les quatre grands pays de la zone euro : seules celles de l’Allemagne ont été revues à la hausse tandis que dans le cas de la France, cette reprise et cette croissance devraient être à peine plus fortes que prévu. L’hiver prochain, la croissance en Allemagne devrait ainsi atteindre 1,6% et 1,4% en France.

A quoi s’attendent les entreprises alors qu’en février, l’expansion du secteur privé dans la zone euro a atteint son plus haut niveau depuis six ans ? Guillaume Desjardins est allé leur poser la question en France.

Près de Lyon, nous nous rendons dans les locaux d’une société qui fabrique des portes souples industrielles depuis plus de trois décennies et vend ses produits en France et à travers l’Europe. La santé économique de l’Union a bien sûr une influence sur son développement. En 17 ans, ses effectifs sont passés de 39 à 88 et de nouvelles embauches sont prévues.

“Comparé à 2011, par exemple, on a augmenté à peu près de 30 à 40% notre capacité à produire des portes dans la semaine, explique Laurent Melia, responsable qualité, sécurité et environnement chez Maviflex. On était à peu près à 50 portes par semaine en 2011, aujourd’hui, on est à 85, 90, voire plus en avoisinant les 100 portes par semaine,” poursuit-il.

L’essor de cette entreprise illustre le développement actuel du secteur privé dans la zone euro, en particulier dans l’activité manufacturière. De nouveaux emplois sont créés.

Dans le même temps, le taux de chômage devrait passer dans l’Union européenne, de 8,5% l’an dernier à 7,8% en 2018 sans revenir à son niveau de 2007, avant la crise.

Les entreprises hésitent encore à investir

“Ces derniers mois, la faiblesse de l’euro a permis de faciliter les exportations des produits européens, en augmentant leur compétitivité, indique notre reporter Guillaume Desjardins. Mais cet effet s’estompe peu à peu : du coup, un regain de la demande domestique du fait de la baisse du chômage arriverait à point nommé,” ajoute-t-il. Une demande qui sera forte seulement si l’inflation reste contenue.

Pour garantir cette embellie, les entrepreneurs attendent aussi des politiques, une stratégie économique claire : leur développement en dépend. Anne-Sophie Panseri, PDG de Maviflex, confirme : “On va chercher la croissance en priorité à l’international, un peu en France, mais surtout à l’international, et de façon prioritaire en Europe.”

Dans un contexte de baisse des investissements qui a débuté avant la crise en Europe, les sociétés comme celle-ci hésitent à investir comme elles le voudraient dans un climat politique incertain. Anne-Sophie Panseri renchérit : “C’est un peu inquiétant parce que cette instabilité nous enlève un peu la perspective de notre développement et puis on sait aussi qu’en France, les années électorales ne sont pas des années très favorables aux investissements parce que tout est un peu gelé.”

Lucrezia Reichlin : “La reprise en Europe est convaincante”

Pour analyser ces prévisions, nous avons interrogé l’une des plus éminentes économistes mondiales qui est aussi professeure à la London Business School, Lucrezia Reichlin.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
“Evoquons d’abord ce climat d’incertitude. On peut parler des élections à venir en Europe, de la nouvelle administration américaine, de la Chine, du Brexit… Quelle importance faut-il donner à tout cela ?”

Lucrezia Reichlin, économiste de la London Business School :
“Quand on regarde les Etats-Unis, l’incertitude, c’est évidemment le facteur Trump et elle porte plus globalement sur la manière dont l‘économie américaine va évoluer car nous sommes nombreux à penser qu’en réalité, elle a atteint un pic.
L’Europe a ses propres problèmes. Bien sûr, si l‘économie américaine commençait à ralentir et prenait des mesures protectionnistes, l’Europe serait touchée.
D’un autre côté, la reprise en Europe est aujourd’hui tout-à-fait convaincante.”

Maithreyi Seetharaman :
“Comment relancer l’investissement quand il y a ces inquiétudes sur les Etats-Unis et sur la situation en Europe ?”

Lucrezia Reichlin :
“C’est effectivement ce à quoi nous devons nous atteler. Il faut s’assurer que même les entreprises les plus faibles – la partie la plus fragile du secteur privé -bénéficient des technologies qui sont disponibles aujourd’hui. Mais je crois que le secteur privé doit aussi être certain que les perspectives de croissance existent et je pense qu’une fois que cette incertitude politique sera levée, l’optimisme l’emportera.”

Maithreyi Seetharaman :
“Il faut rappeler qu’en Europe, seule l’Allemagne semble résister.”

Lucrezia Reichlin :
“L’Allemagne connaît la croissance, mais l’Espagne aussi. En réalité, le seul pays qui a affiché des résultats décevants, c’est l’Italie. Je crois que maintenant, l’Italie doit travailler à s’assurer que ses régions les plus fragiles agissent pour atteindre des taux de croissance plus élevés.”

“Il faut conserver les mesures de relance”

Maithreyi Seetharaman :
“Considérons les bons chiffres sur l’emploi et le salaire nominal à travers l’Europe. De quoi a-t-on besoin pour maintenir cette dynamique et même l’amplifier ?”

Lucrezia Reichlin :
“L’ inflation sous-jacente qui donc, exclut les denrées alimentaires et l‘énergie dont les prix sont volatils reste faible. Donc la Banque centrale européenne a l’opportunité de conserver les mesures de relance. Les interrompre serait néfaste pour l‘économie réelle et pour la stabilité financière parce que cela voudrait dire que les taux d’intérêt à long terme commenceraient à augmenter et pour les pays très endettés, ce serait un problème. D’un point de vue général, la zone euro doit aussi travailler sur sa propre gouvernance et prendre des mesures globales de relance budgétaire.”

Maithreyi Seetharaman :
“Que peut-elle faire ?”

Lucrezia Reichlin :
“Je crois que nous devrions interpeller nos politiques, les institutions économiques, le gouvernement économique de la zone euro et les responsables européens en général pour qu’ils lancent des plans d’action qui favorisent l’adoption des technologies, qui renforcent les entreprises. Je pense que notre économie a besoin d’une nouvelle impulsion.”

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