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Comment l'argent sale russe est arrivé en Europe, via la Moldavie


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Comment l'argent sale russe est arrivé en Europe, via la Moldavie

Quelles sont les accusations ?

L’affaire dite de la “laverie russe“ porte sur le blanchiment supposé de 19,5 milliards d’euros d’argent sale provenant de Russie entre 2011 et 2014, avec la complicité de juges moldaves.

Elle a été révélée par the Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), un collectif de journalistes d’investigation est-européen soutenu notamment par le département d’Etat américain.

Quel parcours suivait l’argent ?

L’OCCRP parle d’un montage ingénieux impliquant des sociétés écran qui servaient de véhicule aux transactions commerciales, sans avoir ni activité, ni actifs propres.

Une société A accordait un prêt fictif à une société B, laquelle se déclarait insolvable et se mettait en faillite. La société A engageait une action en justice en Moldavie pour être remboursée par des sociétés russes, ce qu’autorisaient des juges moldaves corrompus. Selon l’OCCRP, les sociétés russes pouvaient alors rembourser la fausse dette en monnaie sonnante et trébuchante.

L’argent déposé sur des comptes moldaves était ensuite transféré vers la Lettonie et vers d’autres pays de l’Union européenne. D’après des enquêteurs moldaves et lettons cités par the Guardian, les fonds incriminés ont été disséminés dans 96 pays différents, via quelque 70.000 transactions bancaires.

Du réchauffé ?

Oui, en partie. L’affaire a été révélée en 2013. Mais un réseau élargi de journalistes affiliés au collectif OCCRP a creusé plus loin, pour déterminer où l’argent s’en est allé.

Et donc, quoi de neuf?

Le vaste réseau de blanchiment a vu près de 685 millions d’euros transiter par les banques britanniques, selon the Guardian.

Les enquêteurs estiment qu’au moins 500 personnes sont impliquées, y compris des oligarques russes, des banquiers moscovites ou des individus liés au FSB, les services secrets russes. Les autorités britanniques, notamment de régulation financière, se sont engagées à ouvrir une enquête.

Selon les chiffres réunis par l’OCCRP et publiés par the Guardian, HSBC a vu transiter 505 millions d’euros dans ses succursales, au Royaume-Uni et à l‘étranger. En 2012, la banque avait passé un accord de poursuites différées sur cinq ans avec la justice américaine pour les lacunes de son système de contrôle anti-blanchiment.

HSBC est fortement engagée dans la lutte contre le crime financier,“ a déclaré la banque dans un communiqué. “La banque a mis en place des systèmes et des procédures pour identifier toute activité suspecte et la signaler aux autorités gouvernementales concernées. Cette affaire met en évidence la nécessité d’un plus grand échange d’informations entre les secteurs privé et public, chacun détenant d’importantes informations dont l’autre ne dispose pas.

Les autres banques mentionnées par the Guardian sont la Royal Bank of Scotland, Lloyds, Barclays et Coutts. Toutes ont assuré au journal disposer de systèmes anti-blanchiment solides.

D’autres enquêtes sont-elles en cours ?

La justice moldave a ouvert des enquêtes criminelles sur 16 juges ainsi que sur 10 cadres de banque, des membres de la banque centrale et quatre huissiers de justice.

La Moldavie dit avoir demandé à maintes reprises ces six dernières à la Russie de l’aider à démanteler le réseau.

Le Ministère russe de l’Intérieur leur a opposé une fin de non recevoir et s’est refusé à commenter l’affaire du fait de l’enquête en cours en Russie.

La semaine dernière, le Premier ministre et le Président du parlement moldaves ont rencontré l’ambassadeur de Russie à Chisinau pour transmettre une plainte à Moscou sur la façon dont les envoyés moldaves avaient été traités.