DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Chine : Wei Jingsheng s'inquiète de la nouvelle présidence Chinoise d'Interpol


monde

Chine : Wei Jingsheng s'inquiète de la nouvelle présidence Chinoise d'Interpol

Ancien garde rouge, fils de hauts cadres communistes, Wei Jingsheng est un des plus célèbres dissidents chinois. De passage à Lyon, celui qui s’est vu attribuer en 1996 le prix Sakharov du Parlement européen est aujourd’hui inquiet de l’élection du patron de la police politique chinoise à la présidence d’Interpol. Rencontre avec le “père du mouvement démocratique chinois”.

Euronews : Pouvez-vous décrire la vie d’un dissident résident à l‘étranger ? Que faites-vous ? Comment se sent-on lorsqu’on est loin de son pays, depuis si longtemps ?

Wei Jingsheng : Bien sûr que quand on quitte son environnement, sa famille, ses amis et qu’on se retrouve à l‘étranger, c’est vraiment difficile. Mais d’un autre côté, il était nécessaire de fuir pour que je puisse m’exprimer à l‘étranger, faire mon travail. Je n’ai pas de regret, je fais ce que j’ai à faire.

Êtes-vous actif sur les réseaux sociaux ? Quel est votre rapport aux nouvelles technologies, aux nouveaux moyens de communication ?

Je possède bien sûr des comptes sur Facebook, sur Twitter et je m’en sers régulièrement. Mais je ne suis pas sur Wechat et toutes les plateformes chinoises. Cela ne servirait à rien, mes messages seraient immédiatement effacés.

Utilisez-vous pour autant des plateformes cryptées, telles que Telegram ?

Non, tout ce que je dis est public. Je ne me cache pas.

Sur les réseaux sociaux en Chine, de nombreuses personnes ont pour fonction de défendre la position du pouvoir (Pékin appelle cette méthode “préservation de la souveraineté de l’espace public”). Qu’en pensez-vous ?

C’est un gros problème en Chine, nous les surnommons le ‘parti des cinquante centimes’. C’est une appellation ironique parce qu’ils étaient payés 50 centimes par post. Les personnes qui agissent de la sorte sont vraiment méprisées en Chine. Et les Chinois ne sont pas dupes. Ceux qui vendent leur âme au gouvernement chinois ne doivent pas être très à l’aise avec eux-mêmes.

Vous résidez aux Etats-Unis, un pays qui a récemment élu Donald Trump président. En tant que personne étrangère vivant en Amérique, quelle perception avez-vous de ce contexte politique ?

La première chose concernant Donald Trump, c’est que pour les étrangers établis aux Etats-Unis et en règle, cela ne va rien changer. Je pense également que la posture anti-étrangers de Donald Trump répond avant tout à la demande de son électorat ; elle ne reflète pas forcément ce qu’il pense.

Certains géants de de la Silicon Valley seraient prêts à faire des concessions pour toucher le marché chinois, notamment Facebook qui aurait créé un outil de censure des contenus publiés sur son réseau dans certaines zones géographiques. Comment jugez-vous cela ? Qui sont pour vous les bons élèves de la Silicon Valley ?

A peu près toutes les entreprises de la Silicon Valley sont prêtes à faire des concessions pour une raison simple : si elles ne le font pas, elles ne rentrent pas dans le marché chinois. Par exemple, Google n’est pas entré et Baidu marche très bien. Twitter n’est pas rentré et Wechat marche également très bien. S’ils veulent rentrer sur le marché chinois, ils n’ont pas le choix et de toute façon, la plupart le font déjà.

Comment jugez-vous la nomination de Meng Hongwei, vice-ministre de la sécurité publique en Chine à la présidence d’Interpol ? Cette nomination peut-elle peser sur les décisions de l’agence ?

Bien sûr ! Le fait que le président d’Interpol soit chinois va influencer la structure et les décisions de l’organisation, notamment pour les dissidents chinois résidant à l‘étranger. Mais rien que le fait qu’il ait été nommé à la tête d’Interpol prouve l’influence et l’emprise des Chinois sur la communauté internationale.

Que peuvent faire les citoyens européens pour aider les dissidents comme vous ?

Concernant les décisions d’extradition, de ventes d’armes à la Chine, c’est à nous tous, citoyens, de mettre la pression sur nos gouvernements, comme ce qu’il se passe en Australie par exemple. Il ne faut pas oublier que la France a une influence importante sur la communauté internationale.

monde

Embarquement en 360° dans une dameuse