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Turquie : "La marche d'Izmir" devenue l'hymne de l'opposition

Cette ancienne chanson populaire rend hommage à Atatürk, le fondateur de la République de Turquie.

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Turquie : "La marche d'Izmir" devenue l'hymne de l'opposition

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Nous sommes à Izmir, devant la statue d’Atatürk, le fondateur de la République de Turquie. Ces derniers mois, une ancienne chanson populaire, qui a pris racine dans la région, et dont l’origine remonte à la guerre d’indépendance, est entonnée régulièrement. Son nom “La marche d’Izmir”. Elle se veut un hymne au sécularisme, aux libertés et au système parlementaire introduits par Atatürk. Chanter “La Marche d’Izmir” est devenue une façon détournée d’exprimer son opposition au président Erdogan, en particulier à l’approche du référendum constitutionnel qui vise à étendre ses pouvoirs.

“Atatürk a dit : l’artiste voit en premier la lumière. Pour nous, Atatürk était aussi un artiste. Et il a vu que la lumière était née à Izmir. Tout le monde comprend ce que nous voulons exprimer dans cette chanson’‘, explique le chanteur Ersin Kuskanat.

Ce restaurant est fréquenté également par des députés du CHP, le principal parti d’opposition en Turquie, qui croit fermement dans les valeurs et principes fondamentaux instaurés par Atatürk. “Izmir est républicaine, laïque. C’est une ville où personne ne prête attention à votre apparence, à votre manière de vous habiller. Ici, les clients chantent la marche d’Izmir, au nom de la démocratie et de la liberté. Ils chantent ce qu’ils veulent”, souligne Tacettin Bayir, député du CHP.

“La marche d’Izmir” est même devenue virale sur Internet. Le célèbre pianiste turc Fazil Say, connu pour son opposition au pouvoir en place, a publié sur son compte Instagram, trois différentes versions de cette mélodie.

Il y a ceux qui jouent, qui chantent, et ceux qui manifestent ouvertement dans la rue pour dire non au projet de nouvelle Constitution du président Erdogan, qui menace selon eux la démocratie. “La marche d’Izmir s’est transformée en protestation silencieuse, c’est une façon de montrer de quel bord politique on se situe. Elle est entonnée dans les rues, les salles de concert, les stades, des dizaines de milliers de personnes chantent cette chanson. Ce front du non n’appartient pas seulement au CHP, le Parti républicain du peuple. Tous ceux qui croient au système parlementaire, à l’indépendance de la justice, à la République fondée par Atatürk, appartiennent à ce front du non”, souligne Ekrem Onal, représentant du CHP à Cesme.

De notre correspondante à Izmir, Senada Sokollu : “La marche d’Izmir est un hommage à Atatürk, le fondateur de la République qui a instauré le système parlementaire, la modernité et le sécularisme dans le pays. Pour de nombreux Turcs, le référendum menace son héritage.”