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Turquie : référendum gagné, journalistes, juges peuvent croupir en prison !

Le “Reïs” (le chef), comme l’appellent ses partisans, peut désormais dormir sur ses deux oreilles, les 47 000 personnes environ (le nombre augmente chaque semaine) qu’il a fait arrêter, et pour beauco

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Turquie : référendum gagné, journalistes, juges peuvent croupir en prison !

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Le “Reïs” (le chef), comme l’appellent ses partisans, peut désormais dormir sur ses deux oreilles, les 47 000 personnes environ (le nombre augmente chaque semaine) qu’il a fait arrêter, et pour beaucoup d’entre elles fait jeter en prison, risquent d’y rester longtemps. En donnant au président Recep Tayyip Erdogan la possibilité de rester au pouvoir minimum jusqu’en 2029, plus de 51% des Turcs cautionnent indirectement en effet ses dérives autoritaires, justifiées officiellement par la lutte contre “les terroristes” qui ont orchestré le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016.

Au total, pour ne parler que du “terrorisme médiatique”, autrement dit des médias qui se montrent critiques à l’encontre de l’hyperprésident, 156 journalistes turcs sont actuellement en détention, selon des sources indépendantes et des ONG de défense des droits de l’Homme. Pas moins de 170 organes de presse ont été fermés sans autre forme de procès, indique l’Association des journalistes de Turquie, qui ajoute que 777 cartes de presse ont été invalidées depuis juillet dernier. La Turquie se retrouve ainsi à la 151ème place mondiale des pays où la liberté de la presse est respectée, un classement établi par Reporters sans frontières (RSF).

Le quotidien Cumhuriyet mis à genoux

Bon, cela n’a pas l’air de troubler le pouvoir d’Ankara, la machine répressive continue d’avancer. Purgée de
4 000 procureurs et juges qui ont été limogés (information du journal Hurriyet), la justice a pu requérir plus facilement de lourdes peines d’emprisonnement contre 19 membres du quotidien Cumhuriyet, dont le tort était de sortir régulièrement des enquêtes dénonçant le despotisme islamo-conservateur du président Erdogan. Le directeur du journal, Akin Atalay, le rédacteur en chef, Murat Sabuncu, et son prédécesseur, Can Dündar, réfugié en Allemagne, risquent notamment entre 7 et 43 ans de prison.

Les journalistes étrangers, de la même manière, n’ont qu‘à bien se tenir ! Le Français Olivier Bertrand, qui travaille pour le site Les Jours, a été expulsé alors qu’il venait couvrir le vote au référendum. Dès son arrivée à Istanbul, un comité d’accueil policier l’a arrêté, lui expliquant simplement qu’il était “indésirable”. Notre confrère n’est décidément pas le bienvenu sur le territoire Erdogan; en novembre dernier, il avait déjà été renvoyé comme un malpropre après trois jours de détention. Les autorités turques n’ont pas osé, toutefois, le qualifier de “terroriste”.