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L'UE attend un président français « capable d'être une force d'impulsion »


Le bureau de Bruxelles

L'UE attend un président français « capable d'être une force d'impulsion »

A quelques heures du 2nd tour de l‘élection présidentielle française, les institutions européennes ont les yeux tournés vers la France. L’issue du duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen pourrait changer profondément l’avenir de l’Union. Rarement les enjeux européens auront occupé une place aussi importante lors d’une campagne présidentielle. Ils ont révélé de profonds clivages entre les deux finalistes. Euronews a interrogé Charles de Marcilly, responsable du bureau bruxellois de la fondation Robert Schuman, sur le regard que portent les institutions européennes sur ce 2nd tour.

Euronews:
« Quelles sont les attentes des institutions européennes ? »
 
Charles de Marcilly:
« Et bien les attentes sont assez claires et c’est la première fois qu’on observe que les présidents des institutions, par exemple, ont pris parti, ont soutenu un candidat au soir du 1er tour. C’est assez novateur. Normalement on se recule, on évite de prendre position, on évite l’ingérence, et là ils ont clairement affiché leur soutien à Emmanuel Macron parce qu’ il est pro-européen, et puis aussi leur désaccord vis-à-vis de la politique proposée, présentée, par l’autre candidate, Marine Le Pen. »
 
Euronews:
« On l’a bien vu c’est deux visions de l’Europe qui s’opposent au 2e tour? »
 
Charles de Marcilly:
« Oui, on a un retour à l’État-nation où en fait on va négocier entre États, on ne sait pas vraiment autour de quelle table. C’est la vision de Marine Le Pen, de revenir à l’ECU (Unité de compte européenne,ndlr), au franc, on ne sait pas trop. Et puis de l’autre côté on a une vision qui est quand même très poussée, très prononcée, pro-européenne. Quand vous avez la candidate du Front national qui demande à retirer le drapeau européen des plateaux de télévision, vous avez Emmanuel Macron qui au contraire a pris presque un risque en agitant le drapeau européen lors de ses meetings. Et donc il y a un conflit de génération, il y a un conflit de vision du monde, de perception de l’Union européenne et la vision qui est aujourd’hui proposée par Emmanuel Macron c’est de montrer qu’on est plus fort grâce à l’Europe et donc on est plus fort ensemble. »
 
Euronews:
« On a vu ces derniers jours que Marine Le Pen a quand même adouci son discours sur l’Europe. Elle a adouci son discours sur cette sortie de l’euro, sur cette sortie de l’Union européenne. C’est pour plaire à un électorat de droite? »
 
Charles de Marcilly:
« C’est pour plaire à plus d‘électeurs. Qu’ils viennent de l’extrême gauche, qu’ils viennent de la droite, qu’ils viennent de l’extrême droite classique, à la limite ce n’est pas la question. Elle sait juste que désormais ce message : “on va arrêter avec l’euro, on va retourner à une monnaie nationale”, fait peur. Fait peur pourquoi? Parce que c’est incertain. Les propositions alternatives sont très floues. On n’arrive pas vraiment à comprendre. Et puis il y a un attachement à l’euro. Un attachement qui est très trivial, c’est que cet argent vous l’avez gagné, vous l’avez économisé, c’est votre salaire, vous savez où il est: à la banque, et vous n’avez pas envie que cela se transforme en monnaie de singe. Alors que la contrepartie de revenir au franc c’est un peu incertain. Et quand les lieutenants de Marine Le Pen disent que vous pourrez payer votre baguette de pain en franc mais on gardera l’euro sur les marchés, on comprend bien que là, il y a un loup. »
 

Transmettre un message européen

Euronews:
« Emmanuel Macron fait naître beaucoup d’espoir au sein de la classe politique européenne. Est-ce qu’il n’en fait pas naître beaucoup trop? »
 
Charles de Marcilly:
« Alors c’est là où il y a tout l’enjeu. Bruxelles se réveillera lundi matin soit avec une gueule de bois, soit avec un sourire. Mais ce sourire peut être éphémère parce que si lors de la législative Emmanuel Macron et son mouvement ne réussissent pas à obtenir une majorité soit de fait, soit une coalition, et bien ce sera très difficile de pouvoir entamer des réformes. Donc oui il y a une attente qui est certaine. Il s’est engagé à pouvoir donner confiance à ses partenaires européens et à Bruxelles, mais Bruxelles représente ces partenaires européens. Il l’a promis sur les réformes du marché du travail, notamment, sur les réformes économiques et il est aussi en faveur du libre-échange. Donc il y a beaucoup de dimensions européennes dans son approche. Mais si derrière il a une Assemblée nationale qui est fermée ou au contraire qui est très divisée ce sera compliqué de gouverner et donc là ce sera plutôt l’incertitude qui pèse. »
 
Euronews:
« Est-ce que le regard des institutions européennes à l‘égard de la France a changé avec un candidat qui porte le drapeau européen et qui a fait une campagne ouvertement pro-européenne? »
 
Charles de Marcilly:
« Dans ce cas de figure on attend en fait d’avoir un président qui va porter aussi le message de la France, pas seulement qui va le subir, ce qui était un petit peu le cas de François Hollande, mais qui va être capable d‘être une force d’impulsion. Et on l’a vu par exemple sur son message face au gouvernement polonais en disant que l’Union européenne c‘était pas seulement un grand marché c‘était aussi des valeurs. »