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Six défenseurs des droits de l'Homme maintenus en détention

La justice turque les accuse de collusion avec une organisation terroriste. Parmi eux, Idil Eser, la directrice de Amnesty International Turquie.

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Six défenseurs des droits de l'Homme maintenus en détention

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Six des dix défenseurs des droits de l’Homme, arrêtés en Turquie, restent en prison, dont Idil Eser, la directrice turque d’Amnesty International, un Suédois et un Allemand.

Ils avaient été arrêtés le 5 juillet dernier. Ce mardi, la justice turque a décidé de leur maintien en détention, les accusant d’avoir “commis un crime au nom d’une organisation terroriste”, sans plus de précision.
L’expression “organisation terroriste” désigne le plus souvent pour les autorités turques les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d’avoir fomenté le putsch manqué du 15 juillet 2016, ou les séparatistes kurdes du PKK.

Berlin juge ces arrestations "injustifiées"

Ces accusations sont “injustifiées” pour Berlin.
Angela Merkel a fermement condamné leur incarcération, estimant “qu’une nouvelle fois, des personnes innocentes” étaient “prises dans l’engrenage de la justice” et finissaient “en détention”. “Il y a des raisons d‘être très inquiets et nous ferons tout ce que nous pourrons pour aider ces personnes et en particulier le ressortissant allemand Peter Steudtner”, a déclaré la chancelière allemande.

Peter Steudtner travaille pour divers projets et organisations dans le monde. “Accuser Peter Steudtner, un symbole et porte-parole des droits de l’Homme et de la démocratie d‘être un partisan du terrorisme est absurde”, a renchéri une porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, appelant à la “libération rapide” de Peter Steudtner.

L’arrestation de Peter Steudtner durcit le climat de tension qui règne entre Ankara et Berlin. La Turquie vient ainsi de refuser dans l’immédiat le droit pour des députés allemands de rendre visite à des soldats de leur pays déployés sur une base turque de l’Otan, dans le cadre d’une mission contre l’organisation Etat islamique en Syrie et en Irak.

Par ailleurs, un journaliste turco-allemand, Deniz Yücel correspondant du quotidien Die Welt, est emprisonné en Turquie depuis 155 jours dans l’attente d’une mise en accusation. Berlin ne cesse de réclamer sa remise en liberté, en vain jusqu’ici.


Pas de place pour la critique en Turquie

A Londres, des employés d’Amnesty International sont descendus dans la rue ce mardi pour demander la libération de leurs collègues en Turquie. Ils ont appelé Ankara à stopper “la répression”.

“Il n’y a pas de place dans la Turquie d’aujourd’hui pour une société civile critique et indépendante”, estime John Dalhuisen, le directeur de l’ONG en Europe et en Asie centrale. “On cherche à éliminer toute critique dans la Turquie d’Erdogan. La Turquie est sur une pente dangereuse et très sombre”, renchérit-il.

Ces arrestations sont “une honte” pour notre pays a déclaré, de son côté, l’opposition turque.

Depuis le coup d’Etat avorté de juillet 2016, 150 000 personnes ont été limogées ou suspendues dans l’administration, l’armée, les médias ou le secteur privé. 50 000 ont été arrêtées.

Cécile Mathy avec AFP et Reuters.