DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

John Kerry : intensifier la pression sur la Corée du Nord

Entretien exclusif sur Euronews avec John Kerry l'ancien secrétaire d'Etat américain.

Vous lisez:

John Kerry : intensifier la pression sur la Corée du Nord

Taille du texte Aa Aa

Notre journaliste Sasha Vakulina a rencontré John Kerry en marge du Yalta European Strategy (YES) à Kiev, en Ukraine. Un entretien exclusif.

Point of view

Ce qui m'inquiète le plus c'est de voir l'administration actuelle s'éloigner de toutes ses responsabilités et de son obligation de leadership

John Kerry

Sasha Vakulina : Nous avons assisté à des changements politiques majeurs cette année. Aujourd’hui quelle est la place des Etats-Unis dans le monde. Leur rôle a-t-il changé à l‘échelle mondiale ?

John Kerry : Et bien, j’espère que non ! Les Etats-Unis doivent être très engagés. Je crois au multilatéralisme. Je crois en une diplomatie extensive et il est très important de maintenir un leadership sur des dossiers clés tels que le changement climatique, la non-prolifération ou les initiatives de paix.
J’ai l’espoir que les Etats-Unis continueront à jouer ce rôle important. Je sais qu’il y a des indications qui montrent une direction différente et je trouve cela très inquiétant mais je souhaite que nous restions aussi engagés comme nous l’avons été dans le passé.

A propos de ce changement de direction, dans le cas de la crise nord-coréenne, dans quelle direction les Etats-Unis vont-ils ?

J. K. : Les Etats-Unis demeurent profondément engagés dans le programme de dénucléarisation de la Corée du Nord et nous allons continuer. Et je suis d’accord avec la politique de Trump pour en demander plus à la Chine parce que la Chine peut faire plus. Car l’idée que la Corée du Nord soit au bord de l’effondrement après les mesures prises [par Pékin] est ridicule. La Chine peut faire plus. On le lui a demandé, on a resserré l‘étau et puis on a eu deux nouvelles sanctions supplémentaires émanant de l’administration Trump mais cela n’est toujours pas suffisant. J’espère que la Chine sait que cela n’est pas suffisant. Je pense qu’il est important de renforcer la pression. La Chine fournit 100% du pétrole nécessaire aux avions, aux camions et aux voitures qui circulent en Corée du Nord. Cela peut avoir un impact. Pékin et la Chine founissent près de 100% des facilités bancaires en place en Corée du Nord. Donc la Chine a clairement la possibilité d’avoir un impact et mon espoir est de voir la Chine prendre davantage de responsabilité pour changer la dynamique en Corée du Nord étant donné le rôle de plus en plus important de la Chine dans le monde.

Que pourrait faire la Russie pour contenir la Corée du Nord ?

J. K. : La Russie doit aider la Chine à voir qu’il s’agit d’une étape importante. La Russie peut soutenir cela. Le but n’est pas d’avoir un veto de la Chine et de la Russie au conseil de sécurité des Nations unies.

L’administration américaine actuelle essaye d’inverser quelques unes des politiques de Barack Obama, par exemple l’accord de Paris sur le climat. Je sais que cet accord vous tient particulièrement à coeur…

J. K. : C’est parce que j’ai été très impliqué dans les négociations pour l’accord sur le climat. J‘étais à Paris au moment où il s’est conclu. Je crois que la décision du président Trump de se retirer de l’accord constitue une énorme faute. Sa décision n’est basée ni sur des faits ni [adossée] à la science. Le président Trump a déformé aux yeux du monde un accord raisonnable en disant que l’accord de Paris plaçait le fardeau sur les Etats-Unis. Mais ce n’est pas le cas !
L’accord de Paris n’exige rien de personne. Chaque pays a dessiné son propre plan. Et comme vous le savez, c’est une opportunité pour les Etats-Unis que d‘être parmi les leaders. C’est important pour le monde car des millions d’emplois vont se créer dans le secteur de l‘énergie. Et j’espère que les Etats-Unis vont continuer à être les leaders comme avec l’administration Obama.

Pensez-vous que l’administration Trump puisse revenir sur sa décision ?

J. K. : Aucune chance, en tout cas pas dans un proche avenir. Mais laissez moi vous rire ceci : en Amérique, parmi les Etats qui comptent, les grands Etats comme New York, la Nouvelle Angleterre, la Californie, ces Etats vont continuer à faire ce à quoi nous nous sommes engagés à Paris. Et les Etats-Unis, malgré la décision de M. Trump, vont tenir leurs engagements de Paris.

Maintenant que vous n‘êtes plus aux affaires, qu’est-ce qui vous empêche de dormir la nuit, quelles sont vos plus grandes craintes ?

J. K. : Et bien d’abord, j’ai appris à ne pas rester éveillé la nuit (sourire).
Je pense qu’on a besoin de remettre les choses dans leur perspective. Il y a des sujets qui m’inquiètent beaucoup. L’un d’entre eux c’est le changement climatique. Nous ne répondons pas assez vite aux défis du changement climatique. Autre inquiétude : le radicalisme et l’extrémisme religieux, mais aussi la question de ces deux milliards de jeunes gens de moins de 15 ans à qui il faut donner une éducation et des opportunités. Je pense qu’on pourrait faire beaucoup mieux en matière de modernité, de soins de santé ou d‘éducation dans davantage de pays pauvres dans le monde. Je pense qu’il y a beaucoup de choses qu’on pourrait faire mieux à l‘échelle mondiale. Je crois en un effort multilatéral. Et ce qui m’inquiète le plus c’est de voir l’administration actuelle s‘éloigner de toutes ces responsabilités et de son obligation de leadership.

Vous êtes désormais l‘élève de Yale le plus récompensé en matière d’affaires internationales, c’est bien ça ?

J. K. : Je crois que c’est comme ça qu’ils me nomment (sourire).

Quelle la question récurrente que vous posent vos élèves ?

J. K. : La plupart des étudiants me demandent comment ils peuvent parvenir à ce qu’ils veulent faire, comment je suis entré en politique, comment j’ai démarré au service des affaires étrangères. Ils pensent surtout à leur carrière, à leur futrur.

Quel conseil leur donneriez-vous ?

J. K. : J’essaye de leur dire de ne pas trop s’inquiéter, de ne pas se presser. Les jeunes d’aujourd’hui ont beaucoup plus de temps qu’ils ne le pensent pour choisir leur carrière ou s’impliquer dans quelque chose. Pas besoin de se presser. Dans le monde d’aujourd’hui on peut avoir deux ou trois carrières, donc ils ont du temps pour avoir une réelle expérience, et pour prendre des risques. Je leur dis de ne pas aller trop vite sinon dans dix ou quinze ans ils se diront, ‘mince est-ce que j’ai vraiment testé ça, est-ce que je me suis donné une chance?’ C’est important de se donner une chance.