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À qui profite le travail détaché ?

Insiders évoque le dossier épineux des travailleurs détachés. Les pays de l'UE se divisent sur la nécessité de modifier la législation.

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À qui profite le travail détaché ?

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Le travail détaché est l’un des chantiers de la rentrée pour l’Union européenne. Plusieurs Etats membres estiment nécessaire de réviser la directive qui encadre cette pratique accusée par certains, de favoriser le dumping social. Mais sur ce thème, les pays européens se divisent selon qu’ils envoient des travailleurs détachés chez les autres Etats membres ou qu’ils les reçoivent.
Malgré tout, nombreux sont ceux qui jugent urgent de trouver un compromis, en particulier lors de la prochaine réunion des ministres européens du Travail prévue le 23 octobre à Luxembourg. Il faut dire que comme l’ont constaté les reporters d’Insiders, les travailleurs détachés endurent parfois des conditions de travail dignes de l’esclavage.

Il était une fois quinze pays européens qui voulaient faciliter le travail temporaire au sein de l’Union qu’ils formaient alors. Ils définirent un cadre pour réglementer le recours aux travailleurs détachés : des salariés envoyés par leur employeur dans un autre Etat membre pour réaliser une mission ponctuelle généralement dans la construction ou les transports.

Les règles furent établies en 1996 quand les Etats membres de l’Union européenne étaient plus ou moins au même niveau économique et social.
21 ans plus tard avec l‘élargissement de l’Europe à l’est et la présence de deux millions de travailleurs détachés dans l’Union, beaucoup estiment que ce cadre juridique est devenu caduque. Pourquoi ? Parce que l’employeur – disons – de Roumanie n’est pas obligé de payer à un travailleur détaché plus que le salaire minimum en vigueur dans le pays de travail, l’Allemagne par exemple. Or un Allemand au même poste peut lui toucher plus que le travailleur roumain détaché. Ce qui peut générer du dumping social, voire pire…

Escroqueries et abus

Notre équipe d’Insiders a découvert que les travailleurs détachés qui souvent, passent par des sous-traitants pour trouver du travail dans un autre pays peuvent être victimes d’escroqueries et d’abus. En Roumanie, notre journaliste Hans von der Brelie a rencontré des travailleurs détachés qui ont fait des missions dans l’Ouest de l’Europe. Ils racontent avoir été exploités.

Besoin de main-d’oeuvre, l’exemple des vignobles français

Notre deuxième reportage a été réalisé ici en France, troisième plus grande destination des travailleurs détachés en Europe. Valérie Gauriat a interrogé des travailleurs bulgares. Beaucoup disent qu’ils bénéficient de meilleures conditions depuis que leur employeur français les a recrutés directement.

“Pas de marchandage entre Etats membres”

Alors que la France et l’Allemagne notamment demandent une révision de la directive européenne sur le travail détaché et que le président de la Commission européenne dans son discours sur l‘état de l’Union européenne il y a quelques semaines se disait favorable à cette évolution, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats Luca Visentini interviewé par Sophie Claudet salue la volonté d’agir de Jean-Claude Juncker. “L’objectif, c’est d’avoir une égalité totale de traitement pour les travailleurs détachés : qu’ils reçoivent le même salaire pour la même tâche au même endroit, c’est ce qu’a dit le président Juncker quand il a plaidé pour une révision de la directive et c’est exactement ce qu’on veut,” souligne-t-il.

Il appelle ainsi les Etats membres à dépasser leurs divisions entre Est et Ouest de l’Europe à ce sujet et à conclure un accord le 23 octobre. “Trouvez un compromis et n’utilisez pas le travail détaché comme un objet de marchandage sur le dos des travailleurs ou comme un moyen de pression dans vos querelles politiques,” lance-t-il.