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Crise anglophone au Cameroun : au moins 17 morts

En pleine crise séparatiste anglophone, Amnesty International revoit le bilan des violences de dimanche à la hausse

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Crise anglophone au Cameroun : au moins 17 morts

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Ouverte il y a près d’un an, la crise anglophone au Cameroun a connu son épidode le plus sanglant dimanche. Selon Amnesty International, ce ne sont pas quatre personnes qui ont été tuées, mais 17 au moins, par les forces de sécurité camerounaises dans plusieurs villes des régions anglophones.
Il y a deux jours, les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest déclaraient symboliquement leur indépendance. Sur les réseaux sociaux, Sisiku Ayuk se désignait comme président du nouvel Etat, appelé Ambazonie… Et dans la foulée, les séparatistes anglophones tentaient de manifester. Mais le pouvoir central avait envoyé d’importantes forces de sécurité.

Le président Camerounais Paul Biya, qui avait immédiatement condamné ces actes de violences d’où qu’ils viennent et quels qu’en soient les auteurs, appelle au dialogue.
Pour certains analystes, il a totalement perdu le contrôle… Au micro de Radio France Internationale (RFI), le ministre camerounais de la Communication et porte-parole du gouvernement, Issa Bakary Tchiroma, a en tout cas vigoureusement démenti les chiffres d’Amnesty et insisté sur un bilan de 10 morts lors de l’intervention des forces de l’ordre.

Un bilan que le ministre repartit comme suit : cinq prisonniers tués lors d’une mutinerie dans une prison, et cinq autres personnes tuées dans une “agression” contre des militaires qui n’ont fait qu’agir en “riposte légitime”, s’est défendu le ministre.

Les tensions actuelles au Cameroun ont commencé il y a près d’un an, donc, en novembre 2016 avec les revendications des enseignants déplorant la nomination de francophones dans les régions anglophones, et de juristes déplorant la suprématie du droit romain au détriment de la Common Law anglosaxonne.

Les leaders de la contestation demandent en majorité un retour au fédéralisme et, pour une minorité, l’indépendance et la proclamation du nouvel Etat qu’ils appellent l’Ambazonie. Leur influence grandissante est l’une des menaces les plus importante à la stabilité de ce pays producteur de pétrole depuis que Paul Biya a pris le pouvoir il y a 35 ans.

L’exécutif, emmené par le président et son Premier ministre anglophone Philemon Yang opposent une fin de non-recevoir à ces deux revendications.

Pour identifier les racines de cette crise, il faut remonter au partage du Cameroun allemand il y a un siècle.



A la défaite de l’Allemagne en 1918, la Société des nations (SDN, ancêtre de l’ONU) a confié les quatre cinquièmes de l’actuel Cameroun à la tutelle de la France et à la Grande-Bretagne pour sa partie occidentale bordant le Nigeria.

Lors de l’indépendance en 1960, une partie du Cameroun sous tutelle britannique (le Nord majoritairement musulman) se prononce pour son rattachement au Nigeria.

L’autre partie – Southern Cameroon – se prononce pour l’indépendance et son rattachement à l’ex-Cameroun francophone. Les deux entités forment une République fédérale à partir du 1er octobre 1961.

En 1972, un référendum met fin au fédéralisme. Les deux Etats fédérés disparaissent pour faire place à un seul Etat, avec une seule Assemblée nationale.

Dans la structure actuelle, le Cameroun comprend dix régions dont deux majoritairement anglophones, le Nord-Ouest (capitale: Bamenda) et le Sud-Ouest (capitale: Buea). Les anglophones représentent environ 20% des 22 millions d’habitants. Les programmes de la télévision d’Etat CRTV sont parfaitement bilingues et le principal parti d’opposition s’appelle le Social Democratic Front (SDF).


Avec AFP